Incendie à Minto: l’heure est à l’inspection

Le champ de pneus de l’entreprise TRACC tire recycling, à Minto, a brûlé pendant une semaine. L’entreprise et le gouvernement s’activent maintenant à évaluer les dégâts et à trouver des solutions pour éviter que cela ne se reproduise.

Depuis le début de l’incendie, le 20 décembre, les pompiers ont lutté contre le brasier qui s’étendait sur un champ où étaient entreposés des milliers de pneus empilés jusqu’à une hauteur d’environ cinq mètres par endroits.

Les pompiers ont finalement eu raison des flammes le 28 décembre.

La Tire Recycling Atlantic Canada Corporation (TRACC) est une entreprise privée qui fabrique des produits de caoutchouc à partir de pneus déchiquetés en partenariat avec Recycle NB, un organisme à but non lucratif.

Curtis Richardson, responsable des communications de TRACC, explique que l’entreprise récolte des pneus de 1300 entreprises dans la province, souvent des garages qui se débarrassent des vieux rejetons de leurs clients. TRACC reçoit environ un million de pneus par année.

Comme l’entreprise déchiquète 6000 pneus par jour, le nombre d’objets dans la pile extérieure varie au cours d’une année. Les périodes les plus occupées sont en automne et au printemps, lorsque la plupart des gens changent de pneus en fonction de la météo.

C’est en partie pour cela qu’il y avait tant de pneus dans l’entrepôt extérieur au moment de l’incendie, selon M. Richardson.

«Les gens faisaient installer leurs pneus d’hiver et se débarrassaient de leurs pneus d’été, et cette période dure jusqu’en hiver, surtout cette année puisqu’on a eu une neige tardive. Les derniers mois ont été très occupés.»

Il estime qu’environ 170 000 pneus étaient entreposés à l’usine, lors de l’incendie (à l’extérieur et à l’intérieur). Ceux qui étaient à l’intérieur du bâtiment sont intacts et seront recyclés. Les autres ont brûlé.

Mais Curtis Richardson explique que l’entreprise a toujours besoin de l’approbation du gouvernement pour recommencer à produire.

Or, pour obtenir cette autorisation, l’entreprise a besoin d’un endroit où entreposer ses pneus – un endroit qui est maintenant enseveli sous des tonnes de sable, le résultat de la dernière mesure des pompiers pour éteindre le brasier.

«Il a fallu qu’on établisse un nouveau plan, et on a envoyé une demande pour avoir un nouveau permis», dit Curtis Richardson.

Ce nouveau plan serait d’entreposer les pneus dans des bennes de camion. Au besoin, ces conteneurs seraient déplacés pour nourrir le déchiqueteur.

Comme les pneus seraient emmagasinés en chargements séparés, cela permettrait d’éviter qu’un incendie décime à nouveau la totalité des matières premières de l’entreprise.

L’incendie a endommagé de l’équipement de recyclage, mais l’entreprise peut tout de même déchiqueter des pneus avec ce qui a été épargné par les flammes.

M. Richardson estime que l’entreprise pourrait reprendre les opérations dès la mi-janvier, mais tout dépend de l’autorisation du gouvernement.

On ne sait toujours pas exactement quels seront les impacts environnementaux de cet incident. Le tout est sous évaluation par le ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux ainsi que par GHD, une firme d’ingénierie qui offre des services de gestion d’incidents environnementaux, d’après Erika Jutras, porte-parole du ministère.

Le gouvernement a retenu les services de cette firme le 26 décembre, deux jours avant la fin de l’incendie. Selon la porte-parole, cette décision témoigne de la complexité logistique de l’incident.

Le ministère attend toujours les résultats d’échantillons prélevés dans le sol et dans l’eau, et les citoyens seront avisés des résultats, d’après Erika Jutras.

Nous avons aussi demandé au gouvernement s’ils comptaient adopter des réglementations plus strictes sur l’entreposage de pneus.
«Comme l’enquête est toujours en cours, il serait prématuré de discuter d’hypothétiques changements de règlements», nous a-t-on répondu par courriel.

Curtis Richardson explique que certaines mesures de sécurité sont déjà prévues dans le formulaire d’autorisation d’exploitation, comme de l’espace désigné pour les camions de pompier et une clôture entourant le site.

Des recommandations

En 1990, à Saint-Amable, au Québec, un incendie similaire avait mené à l’adoption d’un règlement provincial sur l’entreposage extérieur de pneus usagés.

En 1999, dans un rapport, le bureau du vérificateur général du N.-B. formulait des recommandations pour la réglementation de TRACC et d’autres entrepôts extérieurs de pneus. Ce rapport mentionnait un incendie de pneus à Hagersville, en Ontario, qui avait brûlé pendant 17 jours en 1990.

«On a immédiatement compris que l’entreposage de déchets de pneus en grande quantité représente un risque d’incendie potentiellement catastrophique», peut-on lire dans l’introduction.

Dans les réponses du ministère de l’Environnement incluses dans le rapport, on retrouve le passage suivant:

«Le niveau de risque est directement proportionnel au nombre de pneus entreposés dans le parc; le risque diminuera au fur et à mesure que les tas de pneus diminuent.»

Certaines des recommandations du vérificateur semblent avoir été enchâssées dans un règlement de 2008, établi en vertu de la Loi sur l’assainissement de l’environnement.

Le gouvernement n’a pas encore levé l’avis d’interdiction de boire de l’eau dans le secteur industriel de Minto.

La cause de l’incendie est toujours inconnue.

L’entreprise TRACC produit des bases de poteaux délinéateurs (des balises utilisées lors de travaux routiers), un matériau de surfaçage utilisé dans des aires de jeux pour enfants ainsi que du paillis en caoutchouc pour décorer des jardins. Elle vend ces produits au Canada et ailleurs, selon Curtis Richardson.