«Les francophones hors Québec sont en voie de fragilisation extrême»

La survie des communautés francophones en milieu minoritaire est vouée à l’échec. Du moins c’est l’opinion du Franco-ontarien Jacques Houle, auteur du livre paru en 2019 Disparaître? qui dresse un sombre portrait de la francophonie à l’échelle nationale.

Une chronique de Mathieu Bock-Côté est d’ailleurs parue dans le Journal de Montréal à ce sujet dimanche dernier, dans laquelle il pose une série de questions à Jacques Houle.

Dans son livre, M. Houle expose le recul de langue française au Québec et hors-Québec à l’aide de données démographiques de Statistique Canada.

Dans la même lignée que le documentaire de Denise Bombardier Denise au pays des Francos, le livre Disparaître? en choque plus d’un. Il ne présente pas sous un angle rayonnant l’avenir du français au Canada, en particulier celui en milieu linguistique minoritaire.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, M. Houle explique qu’en 1951, 10% de la population hors-Québec était francophone. Le taux serait maintenant de 3,5%.

Le pourcentage de francophones en dehors du Québec atteindra 2,7% en 2036, ajoute-t-il.

«Collectivement, les francophones hors Québec sont en voie de fragilisation extrême. À 2,7%, on n’a plus de poids politique ni de poids démographique.»

Il est d’avis que les communautés ne sont pas en mesure de survivre avec une base démographique qui s’écroule au fil des années. En Saskatchewan, le nombre de francophones avait atteint le 1,8% en 2006.

Il y a peu d’espoir pour l’avenir de la langue de Molière dans l’Ouest canadien.

«Il peut y en avoir pour les individus, mais la masse critique n’est pas là.»

L’Acadie du Nouveau-Brunswick serait une exception à la règle, d’après l’auteur. Il considère leur situation comme étant unique au Canada.
«Les Acadiens représentent 32% de la population de leur province, c’est énorme.»

Dans les zones où la concentration de francophones est plus importante, par exemple dans le nord de l’Ontario et dans la Péninsule acadienne, le français aurait un avenir.

«Ils peuvent échapper à l’anéantissement démographique.»

Démystifier des mythes

Trois francophones de l’extérieur du Québec ont dénoncé les propos de Denise Bombardier sur le plateau de Tout le monde en parle l’automne dernier.

Stéphanie Chouinard, professeure en science politique au Collège militaire royal du Canada et à l’Université Queen’s, y était.

«Étant politologue, je sais que les statistiques, on peut leur faire dire plein de choses», avait-elle dit d’emblée à l’animateur à l’attention de ceux qui dressent un portrait pessimiste de la francophonie basé sur les statistiques.

«Mais on le sait que dans certaines provinces, il y a des taux d’assimilation qui sont alarmants», concède-t-elle.

Mme Chouinard en appelle quand même à la prudence quant à l’interprétation des statistiques.

Le français perd du terrain en Ontario en termes de proportion de la population dans l’ensemble de la province, en raison de l’immigration, entre autres. Pourtant, la communauté franco-ontarienne est en croissance.

La réalité des francophones hors-Québec serait donc loin de se résumer à des statistiques en déclin.

Alain Dupuis, directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), reproche à l’article de Mathieu Bock-Côté de citer seulement des données basées sur la langue maternelle. Il fait référence aux gens exclusivement d’origine française.

«Je ne suis pas trop sûr c’est quoi être d’origine française. Est-ce que c’est une définition de Canadien-français issu de la France?»

La société francophone a vécu plusieurs transformations au cours des dernières années lui donnant une multitude de visages.

«Être francophone aujourd’hui, ça ne veut pas nécessairement dire être descendant d’Acadien ou du peuple canadien-français.»

M. Dupuis cite l’exemple des individus issus de l’immigration francophone dont le français est la deuxième ou la troisième langue.

«Ce que je trouve désolant, c’est qu’on exclut parfois les immigrants de langue française de cette francophonie-là.»

Il n’en reste pas moins que l’assimilation en milieu francophone minoritaire demeure une source d’inquiétude.

«Tout le monde dans nos communautés connait des amis et des membres de la famille qui se sont fait assimiler et qui ont perdu leur langue. Ça, c’est une réalité quotidienne», explique le directeur général de la FCFA d’origine franco-ontarienne.

Dominique Pépin Filion, chercheur à l’institut de recherche sur les minorités linguistiques estime qu’il faut plutôt parler d’anglicisation que d’assimilation au Nouveau-Brunswick.

«Il y a encore beaucoup de francophones qui vivent en français à la maison. Certains vont aussi parler l’anglais à travers ça.»

L’assimilation se traduit par une perte de l’usage de la langue française au bénéfice unique de l’anglais.

«On l’observe, ça se passe tranquillement, mais ce n’est pas suffisant pour crier à l’assimilation au Nouveau-Brunswick», poursuit le chercheur.

La proportion de francophones dans la province a connu une baisse lente et progressive au cours des dernières années.

«Ce n’est pas parce qu’il y a des anglophones qui deviennent francophones. C’est plutôt parce qu’il y a des immigrants qui arrivent dans la population. L’immigration n’est pas équitable envers les francophones.»

Dans le but de contrer cette assimilation, la FCFA milite pour un accès aux études postsecondaires dans les provinces francophones minoritaires.

«Un francophone garde sa langue s’il voit que cette langue-là est vivante et valorisée, s’il y a une histoire et une culture qu’il faut retransmettre.»