Quitter un centre urbain pour s’établir dans la région Chaleur

Quitter un centre urbain pour s’établir dans la région Chaleur. Des jeunes professionnels l’ont fait et ils nous expliquent pourquoi.

Jeudi après-midi, Miguel Bryar sirotait un café en attendant l’arrivée d’un client.

Maintenant kinésiologue à la clinique Physio Max de Bathurst, il a confié au journal ce qui l’a ramené au bercail après plus de cinq ans à Moncton et à Montréal.

«Après avoir complété mon baccalauréat en kinésiologie, à l’Université de Moncton, je suivais un cours d’ostéopathie à Montréal, mais j’ai réalisé que ce n’était pas pour moi», a-t-il débuté.

«J’ai donc décidé de mettre ça de côté et de postuler pour des emplois, ici, à Bathurst.»

M. Bryar a vite fait ses valises après s’être décroché un des rares postes de kinésiologue dans la région.

«À Montréal, ce n’était pas vraiment ce que je voulais; je ne me voyais pas vivre là toute ma vie, donc je me suis dit: “Pourquoi ne pas revenir à mes sources, à mes amis d’enfance et à tout le reste.”»

Depuis son arrivée à Bathurst, en septembre, l’homme de 24 ans souligne qu’il a dû s’adapter à un nouveau quotidien.

«Honnêtement, ce fut un gros choc. C’est sûr que tu n’as pas les mêmes options à Bathurst qu’à Montréal. Là-bas, si tu veux sortir dans les bars, les boîtes de nuit ou aller au magasin, il y en a des milliers. Ici, par contre, je peux aller passer du temps en nature, à la plage ou à mon camp quand je veux.»

Tout bien considéré, ce dernier est convaincu qu’il a pris la bonne décision.

«Je ne dis pas que la qualité de vie est meilleure ici ou là-bas, je crois juste que c’est différent (…)», a-t-il précisé.

M. Bryar estime qu’il peut davantage socialiser.

«Là-bas, j’étais une personne parmi tant d’autres tandis qu’ici j’ai des liens avec plusieurs personnes. Quand je vais à l’épicerie, je rencontre toujours des gens que je connais, alors je parle, je jase et je “catch-up”.»

Au travail, il se sent aussi épanoui. Les avantages de débuter sa carrière dans un endroit où il se sent «chez-lui» sont nombreux, a-t-il avancé.

«Les gens sont plus pressés»

Plus tôt en avant-midi, le journal a aussi discuté avec Isabelle Albert, une jeune travailleuse sociale qui oeuvre dans le domaine de la santé mentale à Bathurst.

Mme Albert, qui a habité la région du Grand Moncton pendant cinq ans avant de retourner à Beresford, en 2018, a indiqué que c’est le rythme de la vie en région rurale qui l’a inspirée à revenir s’y installer.

«Je trouve que les gens sont beaucoup plus pressés dans les grandes villes. Je m’y suis habituée après un moment, mais il fallait toujours que je planifie mes journées bien à l’avance», a-t-elle raconté.

La travailleuse sociale relève qu’à Bathurst, par exemple, les routes sont beaucoup moins achalandées, ce qui permet un style de vie «plus spontané».

«Ici, que tu ailles au centre d’achat à 14h ou à 21h, ça n’a pas d’importance puisque tu n’as pas besoin de prendre en considération la circulation.»

Mme Albert a aussi choisi la région Chaleur pour être près de ses proches et de la nature.

«Je voulais revenir à mes sources», a-t-elle mentionné.

Une fois son diplôme en main, la jeune femme s’est procuré sa maison d’enfance où elle vit maintenant avec son copain et leur petit chien, Laika.

«Je ressens un grand sentiment d’appartenance à ma région, mais il a fallu que je parte pour en prendre conscience.»

Mme Albert affirme qu’elle n’a jamais regretté pour une seconde son choix de retourner dans le nord de la province. Cela dit, elle ne cache pas qu’elle s’ennuie parfois des options végétariennes qu’offrent les grandes villes ainsi que la diversité des salles d’entraînement.

«Il faut être partant pour essayer de nouvelles choses lorsqu’on vit dans de petites villes.»

Il faut surtout apprendre à se contenter de ce qu’on a, dit-elle.

«Nous n’avons peut-être pas 50 bars, mais nous en avons quelques-uns et nous nous sentons tellement bien là que nous n’en avons pas besoin de plus.»

«Ici, les gens sont tellement amicaux»

L’Acadie Nouvelle s’est aussi entretenu avec Jérémie McGraw, un jeune diplômé de l’Université Laval à Québec.

M. McGraw a récemment quitté la province voisine pour entreprendre sa carrière dans l’entreprise familiale Chaussures Orthèses McGraw.

Il souligne qu’il a toujours eu l’intention de revenir au bercail un jour ou l’autre.

«C’est sûr que les deux villes sont énormément différentes, a-t-il affirmé. Ici, les gens sont tellement amicaux. On fait des sourires à tout le monde dans la rue même si on ne se connait pas vraiment.»

Le jeune homme précise que la grande ville avait aussi ses atouts.

«À Québec, il y a tous les restaurants et magasins que tu peux imaginer et le système d’autobus peut t’emmener n’importe où en quelques minutes.»

Ce qui a fait pencher la balance, pour M. McGraw, c’est la famille, les amis et les opportunités professionnelles.

«Je suis le genre de personne qui s’adapte assez bien n’importe où», a-t-il témoigné.

À Bathurst, il prend plaisir à passer du temps avec ses proches, se retrouver entre amis pour «la soirée des ailes» du jeudi ou passer du temps avec sa copine la fin de semaine.

«Chaussure McGraw ou pas, j’ai toujours voulu m’établir à Bathurst», a-t-il déclaré.

Se sentir soi-même

Karine Roy entame actuellement la dernière phase d’un parcours universitaire qui aura duré neuf ans.

Bientôt, elle aura un doctorat en main et oeuvrera en tant que psychologue au Centre Mieux-Être de Bathurst.

«On manque de psychologue dans le nord de la province, et surtout à Bathurst, donc j’ai voulu redonner à ma communauté», a-t-elle commenté en entrevue.

En 2011, Mme Roy a quitté son le village de Petit-Rocher pour poursuivre ses études à l’Université de Moncton.

Elle se dit impatiente d’y retourner pour de bon.

«Je crois que c’est un bel endroit pour développer ma carrière. Selon moi, c’est un stress de moins puisque je me sens déjà à l’aise dans la région. Si j’adoptais une autre ville, il faudrait que je m’habitue à une différente atmosphère, et peut-être même une différente culture en même temps.»

Mme Roy mentionne que c’est dans son village natal qu’elle se sent plus libre et en sécurité.

«C’est là que je me sens le plus moi-même.»