Assister à la mort de son fils

Personne au sein de la Première nation d’Elsipogtog n’a oublié la mort tragique de Brady Francis, décédé après avoir été happé par un véhicule le 24 février 2018. Les parents de Brady, Dana Francis et Jessica Perley, ont raconté le soir du drame lors de la première journée du procès de Maurice Johnson, accusé de délit de fuite.

Une quarantaine de personnes de la Première Nation d’Elsipogtog ont assisté à la première journée du procès de Maurice Johnson, devant juge seul. Ce dernier est accusé d’avoir omis de s’arrêter sur la scène d’un accident dont les lésions corporelles ont causé la mort d’une personne.

M. Johnson a plaidé non coupable après que la juge Denise LeBlanc a lu l’acte d’accusation.

M. Johnson est assis dans le box des accusés. Ses yeux pointent vers le sol. Il jette des regards furtifs de temps à autre aux membres de la famille et amis de Brady Francis, installés dans la section gauche de la salle d’audience.

Maurice Johnson est accusé d’avoir omis de s’arrêter sur la scène d’un accident mortel.

Les gens d’Elsipogtog veulent des réponses. Ils se sont déplacés en grand nombre pour soutenir les parents d’un jeune autochtone mort dans de tragiques circonstances.

La première personne appelée à témoigner a été Jessica Perley, mère de Brady.

Elle n’a pas reçu une visite de la GRC cette nuit-là pour lui annoncer que son fils était mort dans un délit de fuite. En fait, elle et son mari sont arrivés sur la scène du crime bien avant les services d’urgence.

Jessica Perley a eu une journée normale le 24 février 2018. Elle et son mari, Dana Francis, avaient prévu sortir pour aller prendre un verre en soirée.

Ils ont été dans un premier bar avant de se rendre ensuite au CC’s Entertainment Center à Elsipogtog. Le couple a discuté pendant près de deux heures avant de plier bagage vers la maison.

Ils ont reçu un appel à 21h24 de leur fils leur demandant de venir le chercher. Il se trouvait quelque part à Saint-Charles, dans le comté de Kent, mais ne savait pas où exactement.

Les parents ont demandé à leur fils un signe quelconque qui aurait pu indiquer son emplacement. Le père a envoyé un texto à une amie de Brady afin d’obtenir un indice.

Alors que M. Francis était toujours au téléphone avec Brady, il a tout à coup entendu un bruit de moteur et de roues dans le combiné. Un silence radio s’en est suivi. Brady ne parlait plus.

«Ça semblait tellement proche. On aurait dit le bruit d’une voiture», a déduit M. Francis devant la cour.

Inquiets, ils ont roulé sur la route St-Charles Sud. Cinq minutes plus tard, des lumières au loin semblaient indiquer que des véhicules étaient arrêtés en plein milieu du chemin.

On a fait signe au couple de ralentir. À la fenêtre, une jeune femme s’est approchée et a demandé à Mme Perley de rebrousser chemin. Un piéton venait d’être renversé et les secours étaient en route. À cet instant, elle était convaincue que la victime était Brady.

«C’est mon fils, c’est mon fils», a crié Jessica Perley en courant vers le corps inanimé.

Brady est étendu sur la route, la tête près de la ligne jaune. Il y avait du sang et le jeune homme ne respirait plus.

Jenna Betts, Krista Betts et Brett Bernard sont trois amis du jeune autochtone. Ils ont trouvé le corps de Brady sur le bord de la route. Rosaire et Krista Daigle sont arrivés sur la scène ensuite à bord de leur VTT, un peu avant les parents.

Krista Betts a exécuté des techniques de réanimation sur Brady. Elle était au téléphone avec le service 911.

Dana Francis s’est lancé sur Brady et a dit à Mme Betts qu’il pouvait poursuivre la réanimation cardio-pulmonaire.

«C’était avant que les ambulanciers et la GRC arrivent. Pour moi, il allait être okay. Mon fils est fort.»

«J’ai regardé mon fils mourir», se remémore-t-il avec une boule dans la gorge.

Des images qui ont aussi marqué au fer rouge les autres personnes présentes sur la scène.

«Voir Jessica crier à pleins poumons pour que son fils reste en vie, demeurera dans ma tête pour toujours», a dit Mme Daigle lors de son témoignage.

Les ambulanciers sur place ont continué d’exécuter du RCR pendant 25 minutes. Après avoir parlé à un médecin, ils ont déclaré que c’était fini. Brady Francis était mort.

«On va dire au revoir à notre fils», a soufflé Dana Francis à sa femme.

Ils ont ainsi mis une couverture sur son visage et prié pour Brady.

À un certain point durant son témoignage, M. Francis s’est arrêté et a dit: «Je vais prier pour tout le monde ici, même pour toi», dit-il alors qu’il se retourne vers Maurice Johnson en le regardant droit dans les yeux.

L’intoxication de Brady Francis

Gilles Lemieux, avocat de M. Johnson, a demandé à Dana Francis si son fils semblait intoxiqué lorsqu’il lui a parlé au téléphone. M. Francis a indiqué que oui. La défense a demandé s’il s’agissait d’une habitude.

«Définissez ce que vous appelez une habitude», a répondu le père de la victime visiblement contrarié.

«Il buvait parfois avec des amis», ajoute-t-il.

Le taux d’intoxication du jeune Brady est un aspect qui a pris une bonne place à la fin de la première journée de procès.

Noël Doucet, Jacob Girouard et Sébastien Hébert ont tous croisé Brady Francis sur la route St-Charles Sud alors qu’il était en vie.

M. Doucet a vu le jeune Brady sur la route après 21h. Il n’a pas pu dire s’il s’agit d’un homme ou une femme sur le coup, mais il se rappelle que la personne vacillait de façon hasardeuse.

«Ça ressemblait à quelqu’un qui avait bu», dit-il.

M. Girouard et M. Hébert ont assisté à une soirée communautaire dans le comté de Kent. Sur le chemin du retour, Sébastien Hébert rapporte avoir vu quelqu’un sortir d’une entrée privée et sauter devant la voiture.

Le conducteur a dû freiner sec afin d’éviter de frapper le piéton.

«Tu pouvais dire qu’il avait bu [Brady], par la way qui courait.»

Jacob Girouard a expliqué à la Couronne avoir aussi vu Brady sur le bord de la route. Il a dû contourner le jeune homme pour éviter de le frapper.

Brady Francis avait participé à la célébration de l’anniversaire de Brett Bernard le 24 février 2018 dans une maison près du lieu du délit de fuite.

A la fin de la première journée du procès, M. Francis a déclaré que son fils ne doit pas être remémoré comme un buveur.