La nouvelle commissaire aux langues officielles ne craint pas d’être critiquée

NDLR: l’Acadie Nouvelle a rencontré la nouvelle commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley C. MacLean, pour discuter de son parcours et des défis qui l’attendent dans son nouveau rôle. Cette entrevue réalisée par le journaliste Mathieu Roy-Comeau a été éditée afin d’en faciliter la lecture.

Vous avez appris le français à l’âge adulte. Racontez-nous cette expérience.

J’ai été élevée en sachant que c’était important d’essayer d’apprendre l’autre langue même si personne ne parlait le français dans ma famille. Je viens de Baddeck qui est un village touristique au Cap-Breton en Nouvelle-Écosse. J’ai souvent travaillé dans le tourisme l’été et il y avait beaucoup de Québécois en visite et je n’étais pas capable de leur répondre en français. J’avais ça en tête et une fois que j’ai fini mes études en science politique à l’Université Saint Francis Xavier, j’ai décidé d’essayer d’apprendre le français. J’ai été à l’Université Laval pour apprendre le français et je suis resté là un bout de temps après. C’est très difficile d’apprendre le français comme adulte. Il ne faut pas être gêné de pratiquer.

Pourquoi avez-vous décidé de vivre au Nouveau-Brunswick?

J’avais postulé en droit un peu partout et j’ai reçu une petite bourse pour l’Université du Nouveau-Brunswick. Pour moi, c’était un signe que je devais me rendre à Fredericton. Il y avait d’autres gens dans mes classes qui parlaient français alors nous pouvions pratiquer ensemble. Après ça, ça allait de mieux en mieux avec mon français. J’ai appris le vocabulaire du droit en français et je voulais continuer à faire ça. Je me suis dit que si je retournais chez nous en Nouvelle-Écosse je n’aurais probablement pas l’occasion de pratiquer.

Vous êtes entrée officiellement en fonction le 2 janvier. Comment se déroule la période d’acclimatation. Est-ce que le travail correspond à vos attentes?

Je commence tranquillement pas vite. J’ai beaucoup de choses à apprendre. C’est un autre domaine pour moi. Les droits linguistiques me tiennent à coeur, mais mon expérience est plutôt dans le droit administratif. Je fais beaucoup de lecture et je m’informe. C’est ce que je vais faire durant les prochaines semaines. C’est très intéressant. J’ai révisé des dossiers de plaintes pour savoir comment le bureau fonctionne.

Que pensez-vous du fait d’être la première personne de langue maternelle anglaise à occuper ce poste?

Ça ne devrait pas faire une grande différence.cLe respect de la Loi sur les langues officielles est très important pour moi. Du côté de la promotion du bilinguisme, parce que j’ai été nommée commissaire après avoir appris le français plus tard dans la vie, j’espère que les gens vont comprendre qu’il est possible d’apprendre une autre langue à n’importe quel moment, mais il faut continuer à l’utiliser.

Comment comptez-vous faire l’équilibre entre les deux missions du commissariat, le traitement des plaintes du public et la promotion du bilinguisme?

Je pense que l’on peut faire les deux. J’ai un mandat que je dois remplir. En ce qui concerne le traitement des plaintes, je suis une personne pragmatique. J’ai déjà travaillé dans le domaine des plaintes avec succès. Pour la promotion, je me vois visiter les écoles et faire de l’éducation puisque  je peux partager mon expérience. Il faut aussi faire de la promotion dans mon travail avec le gouvernement pour assurer que les recommandations qui vont êtres faites soient suivies de près. Je vais essayer d’avoir la collaboration des gens dans ce sens-là.

Le premier ministre Blaine Higgs parle souvent de l’importance de faires des élèves anglophones des citoyens bilingues. Pensez-vous avoir un rôle à jouer dans ce dossier même si le système d’éducation ne figure pas dans votre mandat?

Je trouve que l’immersion française est très importante. Ce n’est pas quelque chose qui est couvert par notre rôle, mais dans le contexte de l’apprentissage des deux langues, nous pouvons faire beaucoup de promotion.

Votre prédécesseure, Katherine d’Entremont, a fait l’objet de plusieurs attaques virulentes durant son mandat, notamment sur les réseaux sociaux. Craignez-vous de subir le même sort?

Je n’ai pas peur d’être critiquée. J’ai appris assez tôt dans la vie que tu ne peux pas plaire à tout le monde. Je pense que les commissaires précédents ont fait leur possible pour remplir le mandat qu’ils avaient et je vais faire la même chose. Il faut que les droits linguistiques soient respectés. Ce sont des droits constitutionnels que nous avons. C’est sûr que je serai critiquée, mais on ne peut pas plaire à tout le monde.

Sur une note plus personnelle, avez-vous un passe-temps que vous aimez particulièrement pratiquer dans votre temps libre?

Je fais de la course depuis 1983. Ma mère était malade et nous passions beaucoup de temps à l’hôpital avec elle. Quand je sortais, je voulais bouger après avoir été assise pour de longues périodes à l’hôpital alors j’ai commencé à courir et j’ai juste continué. Je le fais juste pour le plaisir. Je ne fais pas de compétition.