La privatisation à venir de Cannabis NB nuit aux efforts de syndicalisation

La volonté du gouvernement Higgs de privatiser Cannabis NB complique les efforts pour syndiquer les employés de la société de la Couronne.

Deux syndicats sont en compétition depuis de la création de Cannabis NB pour attirer dans leur giron les 250 personnes qui y travaillent.

Le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) et le Syndicat du Nouveau-Brunswick (SNB) multiplient les opérations de séduction depuis l’ouverture de la chaîne en 2018 en vue de devenir le représentant officiel des travailleurs et négocier leur première convention collective.

Le SNB est même allé jusqu’à déposer l’an dernier une demande d’accréditation auprès de la Commission du travail et de l’emploi pour 3 des 20 succursales de la société de la Couronne.

La commission a refusé la demande du syndicat parce qu’à son avis, les 20 succursales devraient faire partie de la même unité syndicale.

En novembre, Fredericton a annoncé son intention de mettre fin aux activités de Cannabis NB pour remplacer la société de la Couronne par un monopole privé d’ici la fin de l’année 2020.

Huit entreprises ont répondu à la demande de propositions pour obtenir le droit exclusif de distribuer et de vendre du cannabis à des fins récréatives dans la province.

Devant l’avenir incertain de Cannabis NB, SNB a mis ses efforts de syndicalisation en pause, indique sa présidente, Susie Proulx-Daigle.

«La porte n’est pas fermée, mais là nous sommes en période d’attente parce que nous voulons voir où ça va aller et comment ça sera structuré», dit-elle.

Même si le syndicat réussissait à obtenir l’accréditation pour l’ensemble des 20 magasins avant la privatisation, il n’est pas certain qu’elle soit encore reconnue lorsque la vente du cannabis sera entre les mains du privé, constate Mme Proulx-Daigle.

«Dépendamment de la structure, ça se pourrait que (la syndicalisation) se fasse pour rien.»

Qu’à cela ne tienne, le SCFP continue quant à lui ses efforts comme si de rien n’était, indique la représentante syndicale Stacy Delaney.

«Notre statut n’a pas changé. Même si ça pourrait s’en aller au privé, nous discutons toujours avec les employés. Nous continuons la conversion et nous faisons toujours signer des cartes de membre.»

La privatisation nuit cependant aux efforts de syndicalisation parce les employés ont peur pour leur avenir, confie-t-elle.

«Ça avance lentement. Il y a beaucoup d’inconnu pour eux. Ils sont ici aujourd’hui, mais le seront-ils demain? Nos discussions se font donc plutôt sur une base individuelle parce que les gens sont craintifs», témoigne Mme Delaney.

Puisque les employés de Cannabis NB ne sont pas syndiqués, ils peuvent être renvoyés à tout moment. La société de la Couronne a déjà effectué deux rondes de mises à pied depuis son ouverture officielle.

Selon une porte-parole du ministère des Finances, le gouvernement est «sensible aux craintes et aux préoccupations des employés» de la société lorsqu’un partenaire privé aura été sélectionné, Fredericton a l’intention de collaborer avec lui pour «organiser la transition du personnel actuellement affecté à la vente au détail», affirme Vicky Deschênes.

Les entreprises qui ont répondu à la demande de propositions du gouvernement «prévoient embaucher le personnel de Cannabis NB», mentionne-t-elle, même si «elles ne sont pas forcées de le faire».

L’entreprise qui sera choisie pourrait décider de reprendre l’ensemble des 20 magasins de la chaîne. Elle pourrait aussi décider d’en opérer seulement quelques-uns ou de recommencer complètement à neuf avec de tout nouveaux locaux.

La syndicalisation est peu répandue dans l’industrie du cannabis au pays, mais ce n’est pas le cas partout en Amérique du Nord, avance le représentant national des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce du Canada (TUAC), Kevin Shimmines.

«Nous avons beaucoup de travailleurs syndiqués dans les magasins et chez les producteurs (aux États-Unis). Parce qu’il y a beaucoup d’argent dans ce secteur, nous avons réussi à obtenir de très bonne conventions collectives.»

Au Canada, les employés d’une quinzaine de succursales de la Société québécoise du cannabis sont représentés par deux syndicats différents.

Le TUAC représente quant à lui le personnel du centre d’appel de la Société ontarienne du Cannabis. Il aussi dans l’attente d’une décision de la Commission des relations de travail de la Colombie-Britannique en vue de représenter les premiers travailleurs d’un producteur de cannabis .

«Si nous obtenons gain de cause, ça sera la première usine de production de cannabis syndiquée au pays», affirme M. Shimmines.

Les efforts de syndicalisation dans les magasins de cannabis à l’extérieur du Québec n’ont cependant pas encore porté ses fruits.

«Le facteur de peur (vis à vis de la syndicalisation), en particulier dans les magasins, est très élevé, car les gens aiment travailler dans ce secteur et la dernière chose qu’ils veulent, c’est d’être mis sur la liste noire. Ils ne veulent pas être reconnus comme des organisateurs syndicaux.»

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick prévoit annoncer ce printemps l’entreprise choisie succéder à Cannabis NB.