Une pénurie d’enseignants sévit dans nos écoles

La semaine dernière, le ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge, a souligné que la pénurie d’enseignants sera son plus grand défi en 2020. Cette déclaration a incité l’Acadie Nouvelle à faire le point sur les difficultés rencontrées par le système scolaire francophone, ici, au Nouveau-Brunswick.

Pourquoi la pénurie d’enseignants et de suppléants qui frappe la province perdure-t-elle? Quelles régions sont les plus touchées et quelles répercussions a ce manque de main-d’œuvre sur les élèves et les enseignants?

Pour répondre à ces questions, nous avons discuté avec les représentants des Districts scolaires francophones Sud et Nord-Est, la doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’Université de Moncton (U de M), le président de l’Association des enseignants et enseignantes du Nouveau-Brunswick et le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy.

Recruter au coeur d’une situation critique

Une chose est claire. Le Nouveau-Brunswick ne fait pas exception à la pénurie d’enseignants qui sévit dans les écoles un peu partout au Canada et même à l’échelle internationale.

«Il y a déjà plusieurs années que l’Association des enseignants du Nouveau-Brunswick chante au gouvernement qu’il y a une pénurie majeure qui s’en vient», a indiqué le président, Gérald Arsenault.

«Nous sommes maintenant rendus là.»

Le manque de main-d’oeuvre engendrerait des conséquences importantes sur le bien-être des enseignants, l’apprentissage des élèves, mais aussi sur les efforts de recrutement.

«Si les élèves de la 9e à la 12e année voient leurs enseignants à bout de souffle, ce ne sera pas très alléchant pour eux de se lancer en éducation», a-t-il soulevé.

C’est pourquoi le président redouble d’efforts pour promouvoir la profession.

De son côté, Marianne Cormier, la doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation à l’U de M, fait pareille de manière à valoriser les nombreux postes qui sont actuellement vacants.

«Il y a deux choses très importantes qui influent sur nos taux d’inscription. La première est la disponibilité des postes (…). L’autre est le message transmis par les médias, c’est-à-dire s’ils annoncent une pénurie.»

Pour ces raisons, la doyenne prévoit une hausse des inscriptions lors des prochaines années.

En avril 2019, l’U de M couronnait une trentaine de finissants formés en éducation, comparativement à une centaine en 2013.

Il faut noter que le baccalauréat en éducation est d’une durée de cinq ans et que les diplômés 2018-2019 ont débuté leur parcours universitaire en 2014-2015, une période où la pénurie n’était pas aussi critique qu’aujourd’hui.

«Nos inscriptions sont typiquement cycliques, donc lors d’une pénurie elles augmentent et lors d’un surplus elles diminuent.»

Si Mme Cormier a raison, cela pourrait être une bonne nouvelle pour les districts francophones du Nouveau-Brunswick, mais la partie n’est pas gagnée pour autant. Il faut toujours pouvoir recruter les étudiants une fois leur diplôme en main.

Une compétition féroce

Puisque la plupart des provinces vivent les mêmes défis, elles sont souvent amenées à compétitionner une contre l’autre dans leurs efforts d’embaucher du personnel enseignant.

M. Arseneault explique qu’il est souvent difficile de faire concurrence aux tactiques agressives employées par les autorités scolaires de l’Ouest canadien.

«Les provinces de l’Ouest viennent chercher nos étudiants avant même qu’ils finissent leur baccalauréat.

C’est le cas à l’Université de Moncton, mais aussi aux universités anglophones…», a-t-il débuté.

Le président ajoute que même si la collation des diplômes n’est qu’en avril, plusieurs d’entre eux offrent déjà des contrats permanents.
Mme Cormier a elle aussi observé ceci de ses propres yeux à maintes reprises.

«Lorsqu’on organise des salons carrière, les districts de l’Ontario et de l’Ouest sont très agressifs», a-t-elle raconté. «Ils parlent à nos finissants et leur offrent très facilement des contrats sur place.»

On a demandé au président de l’Association des enseignants et enseignantes pourquoi, selon lui, les districts du Nouveau-Brunswick sont plus hésitants à offrir des contrats permanents.

Il a répliqué que c’est une question de volonté.

«Ça fait partie des suggestions que nous faisons au gouvernement», a-t-il ajouté.

Selon lui, les diplômés qui terminent un baccalauréat avec une dette d’études seront naturellement à la recherche d’un emploi stable.

Il propose donc d’embaucher plus de suppléants à temps plein afin de retenir le personnel qualifié dans le système francophone et aider les régions rurales qui ont de la difficulté à recruter.

Les régions les plus touchées

Est-ce les régions rurales, les grands centres ou les régions anglo-dominantes qui sont les plus touchés par la pénurie?

Le journal a posé la question à Marc Pelletier, directeur général du District scolaire francophone Nord-Est (DSFNE), ainsi qu’à Monique Boudreau, directrice générale du District francophone Sud.

«Les régions les plus touchées sont celles qui sont anglo-dominantes et plus éloignées», a indiqué Mme Boudreau.

«Par exemple, Fredericton, Saint-Jean (…) et même les régions plus au nord du district comme Miramichi.»

Le secteur du Grand Moncton connaît lui aussi ses difficultés, a soulevé la directrice.

«Parfois nous croyons avoir un nombre suffisant d’enseignants, mais pour des raisons de croissance démographique, il y a de nouveaux élèves qui s’ajoutent aux salles de classe pendant l’été et on se retrouve avec des débordements.»

Le personnel serait aussi en moyenne plus jeune dans le Grand Moncton, chose qui entraîne plus de congés de maternité, a avancé Mme Boudreau.

Du côté du District Nord-Est, M. Pelletier soulève que bien qu’elles éprouvent des défis de main-d’œuvre, les régions rurales du Nord se portent pour l’instant mieux que celles du Sud.

«Je trouve qu’on s’en sort quand même relativement bien, étant donné que nous avons perdu beaucoup de gens qui ont migré vers le Sud», a-t-il noté.

Richard Gallant, vice-président du DSFNE, ajoute cependant que les régions du Nord sont désavantagées.

«Il n’y a pas d’université dans le Nord, alors les gens d’ici qui complètent un baccalauréat à Montréal ou à Moncton, par exemple, ne reviennent pas. C’est difficile de garder notre monde(…).»