Mort de Brady Francis: «Pour moi, c’était un chevreuil»

Maurice Johnson et sa femme pensaient avoir frappé un chevreuil le 24 février 2018 sur la route Saint-Charles-Sud. Or, ils ne sont pas sortis de leur camion pour voir ce qu’ils venaient de percuter. Le couple a découvert le lendemain sur les réseaux sociaux qu’un jeune autochtone est mort après s’être fait happer par un véhicule la veille, sur la route Saint-Charles-Sud.

Brady Francis, de la Première nation d’Elsipogtog, a été victime d’un délit de fuite mortel survenu le 24 février 2018.

M. Johnson est accusé d’avoir omis de s’arrêter sur la scène d’un accident ayant causé la mort. Il a plaidé non coupable à un procès devant juge seul.

La constable Natasha Grimard-Bélisle de la GRC est montée lundi à la barre des témoins.

Elle a répondu à un appel le 25 février 2018. Un homme de Saint-Charles avait frappé un chevreuil la veille et son camion était endommagé. L’appel provenait de l’épouse de l’accusé.

L’agente s’est rendue chez l’homme en question: Maurice Johnson. Ce dernier explique à la policière l’incident de la veille.

Lui et sa femme ont voulu aller dans un camp, situé à 30 minutes de leur résidence. C’est un endroit où ils ont l’habitude d’y rencontrer des amis. C’était aussi une bonne occasion de faire une balade en voiture.

Ils ont roulé jusqu’au camp. Là-bas, il n’y avait personne. Le couple a donc rebroussé chemin à 21h. Ils en avaient pour une bonne trentaine de minutes avant de revenir à la maison.

Sur la route Saint-Charles-Sud, M. Johnson et sa femme discutaient de projets de rénovation pour leur maison. Tout à coup, quelque chose de vivant est apparu devant eux.

«Quand j’ai tourné ma tête, c’était quatre pieds de haut, au top du capot. C’était flou. J’ai vu un chevreuil», a écrit Maurice Johnson sur sa déclaration.

Ils ont continué jusqu’à cinq mètres après le point d’impact avant de s’arrêter. Les deux ont regardé dans les miroirs et n’ont rien vu. M. Johnson a dit à la policière que sa femme avait peur de sortir. Ils sont donc repartis sans inspecter les possibles dommages sur le véhicule.

Le couple est arrivé au bercail à 21h30, trois ou quatre minutes après avoir frappé quelque chose, selon les propos de l’accusé durant son interrogatoire.

Le reconstitutionniste a évalué que Brady Francis avait été frappé à 21h27.

L’accusé a dit qu’il n’avait pas bu d’alcool la veille.

La constable Grimard-Bélisle a pris les déclarations écrites de M et Mme Johnson. Au même moment, le constable Ricky Leblond est arrivé chez Maurice Johnson.

Il cherchait des témoins ou des indices qui auraient pu l’aider dans le délit de fuite ayant enlevé la vie de Brady Francis.

Devant la résidence de l’accusé, le policier a trouvé un camion de marque GMC Sierra.

M. Leblond a inspecté le camion. Il a remarqué que le GMC était endommagé sur le devant, juste en bas du capot. Des pièces étaient manquantes.

Le camion a été saisi le jour même par la GRC. Le reconstitutionniste Michel Lanteigne a procédé à une analyse du camion. Il a conclu les dommages sur le camion de l’accusé correspondent à celui d’un véhicule qui aurait frappé un piéton.

Maurice Johnson a été arrêté le 15 mars 2018 à sa résidence de Saint-Charles. Il a été menotté, fouillé et placé dans un véhicule de police à 16h04.

Il a ensuite été transporté au détachement de Richibucto de la GRC. Le caporal Nicolas Potvin, enquêteur aux crimes majeurs du détachement de Moncton, a été envoyé à Richibucto pour interroger Maurice Johnson.

L’interrogatoire de ce dernier a débuté à 17h15. Dans le coin de la salle, il avoue qu’il trouve difficile d’avoir frappé un homme en pensant que c’était un chevreuil.

«Pour moi, c’était un chevreuil.»

«J’ai regardé des deux bords du chemin et j’ai rien vu pantoute.»

L’enquêteur lui demande s’il n’a pas quitté la scène après avoir vu que c’était quelqu’un parce qu’il avait peur d’être dans le trouble.

«J’ai pas peur parce que je sais que j’ai rien fait de mal. C’est la même chose que j’ai dite par papier», a répondu M. Johnson.

Il a raconté sa version des faits durant cet interrogatoire qui a duré plusieurs heures. Dès le départ, M. Johnson se frotte les yeux et a le visage vers le bas.

«Je sais pas comment c’est arrivé. C’est arrivé vite. Avoir su que c’était un homme, j’aurai arrêté.»

Le lendemain, l’épouse de Maurice Johnson apprenait sur Facebook qu’un jeune autochtone nommé Brady Francis est décédé après avoir été happé par un véhicule sur le chemin Saint-Charles-Sud. On cherchait un GMC.

Le couple a acheté de l’alcool le 24 février

Un des témoins de la sixième journée de procès, Bernard Cormier, gérant de La Coopérative de Saint-Louis limitée en 2018 et aujourd’hui à la retraite, a répondu aux questions de la cour.

Le 15 mars 2018, le caporal Guillaume Larose a demandé à M. Cormier les enregistrements vidéo du 24 février 2018. Il a confirmé avoir identifié Maurice Johnson et son épouse lors de son témoignage.

Le caporal Guillaume Larose (à gauche) a identifié Maurice Johnson et son épouse sur les enregistrements de vidéosurveillance de La Coopérative de St Louis limitée, le 24 février 2018.

Sur les vidéos, on y voit Maurice Johnson et sa femme entrer dans le magasin à 14h55. Son épouse est vue plus tard dans le réfrigérateur des bières. Elle a pris au passage une caisse de 24 bières.

Sur une autre vidéo, M. Johnson se situe devant une étagère, le bras tendu vers un produit quelconque.

«Il prend une pinte de hard stuff», souligne M. Cormier.

Il précise qu’il s’agit de la section des alcools forts tels que la vodka, le gin ou le whiskey.

À la sortie du magasin, M. Johnson marche avec un sac en plastique dans les mains tandis que sa femme transporte la caisse de bières.

Puisque La Coopérative ne contient pas seulement des alcools, l’avocat de la défense, Gilles Lemieux demande à l’ancien gérant du magasin: «Quelqu’un qui sort avec un sac, ça peut être avec une tomate ou de la boisson dedans.»

M. Cormier acquiesce: il est impossible de déterminer ce qui se trouve dans le sac en plastique.

«On s’entend qu’il n’y a pas de date limite sur l’alcool? On peut l’acheter aujourd’hui et la boire dans six mois. On peut l’acheter et en faire cadeau?», a demandé l’avocat de la défense au caporal Larose.

La diffusion de l’interrogatoire de l’accusé se poursuivra mardi matin au palais de justice de Moncton.