«Des anges» en aide à un couple qui a tout perdu dans un incendie

Lorette et Jean-Claude Thériault parviennent difficilement à retomber sur leurs pattes, une dizaine de jours après avoir tout perdus dans l’incendie de leur demeure à Saint-Léolin. Heureusement, la générosité sans borne des Acadiens vient mettre un baume réconfortant à leur malheur.

«Des anges! Des anges! Ce sont des anges! Vous pouvez écrire ça!»

Assise à la table de la petite salle à manger de la maison où le couple habite depuis quelques jours, Lorette peine à retenir ses larmes. Les dernières journées ont été épuisantes, en raison d’un flot immense d’émotions vécues depuis les tristes événements du dimanche 12 janvier.

À ses côtés, Jean-Claude est tout aussi à fleur de peau. Ç’a été des émotions en montagnes russes dans son cas. Surtout qu’il aurait très bien pu y passer si son frère Christian n’était pas intervenu à la dernière minute pour le réveiller alors que les flammes se nourrissaient de cette demeure.

«Il m’a sauvé la vie. Je dormais et quand il a vu le feu (Christian habite derrière les Thériault), il est venu cogner à ma porte. Il est entré et il m’a crié. C’est ce qui m’a réveillé», raconte-t-il.

Cette maison, c’est 45 ans de leur vie, partie en fumées. Il ne reste plus rien de ce qui a été leur petit paradis depuis leur mariage. C’est dur à encaisser.

Heureusement, les Acadiens ne laissent jamais quelqu’un dans le pétrin, c’est bien connu. Georgette Lanteigne, de Bas-Caraquet, a prêté gracieusement sa demeure au couple. Avec un toit sur la tête et bien au chaud en cette période glaciale de janvier, c’est déjà ça de pris.

Sans le demander, les dons divers ont afflué de partout. De la Péninsule acadienne, de Chaleur et du Restigouche. Même du Madawaska et du Sud-Est. L’argent est mis dans un compte géré par le gendre de sa fille, qui demeure à Grande-Digue. Les vêtements seront vérifiés dans les prochains jours.

Car Lorette et Jean-Claude ont pu quitter les lieux avec seulement le linge qu’ils portaient.

«On ne pourra jamais assez remercier le monde, déclare l’homme âgé de 72 ans, au bord des larmes. Sans ça, je ne sais pas si on passerait au travers…»

Le monde est bon, disent-ils à l’unisson. Et ils n’en reviennent pas de l’ampleur de cette aide.

«On reçoit de l’argent de gens qui l’ont gagné à la sueur de leur front. Et ils nous le donnent! C’est incroyable!», souligne l’homme, quasiment sans mots.

Ils remercient également les pompiers de Saint-Léolin, de Grande-Anse, de Bertrand et de Maisonnette appelés à éteindre l’incendie, malgré l’ampleur des dommages. Ils ont fait un travail remarquable dans la tempête, évaluent-ils.

«On en est sortis sains et saufs. Nous ne sommes pas la seule famille qui est malchanceuse. Je pense aux familles avec des enfants malades… Il y en a des pires que nous! Mais les gens nous donnent. Je vous le répète: ce sont des anges!», poursuit Lorette en essuyant une larme sur sa joue.

La maison n’était pas assurée, concède son propriétaire. Il mentionne qu’il lui aurait coûté près de 50 000$ en rénovations pour la mettre au goût des assureurs. Ça prenait une fondation, une nouvelle couverture, une cheminée neuve et il aurait fallu détacher du bâtiment principal sa remise qui lui servait d’atelier pour son loisir d’ébéniste.

«On a été tellement surpris que je suis parti avec la paire de pantalons que je portais et un chandail. J’ai pu sortir les deux voitures du garage. Je me suis fermé les yeux, j’ai pris une grande respiration. Je ne voyais presque rien à cause de la fumée. Mais pour le reste, plus rien… Je suis retourné voir les ruines et ça m’a pincé le coeur», confesse M. Thériault, alors Lorette n’a pas encore été capable de s’y rendre.

«C’est drôle, la vie… Le samedi, nous sommes allés déblayer la cour d’une amie qui avait mal à une hanche. On s’est dit que s’il y avait le feu, ce serait plus facile pour elle de sortir de sa cour. Le lendemain, c’est nous qui passions au feu…», nous apprend Lorette en guise d’anecdote.

Pour l’instant, le couple n’a pas encore pris de décision sur ce que sera leur avenir. Mais reconstruire semble pour le moment loin de leurs priorités. À 72 ans, Jean-Claude doit encore faire attention à sa santé, lui qui se remet des séquelles sévères d’un AVC subi il y a deux ans.

«On va prendre le temps d’en parler en famille. Chose certaine, on ne souhaite pas ça à personne. Pour moi, c’est beaucoup à vivre. J’y vais un jour à la fois. On était tellement bien dans notre petite maison; c’était notre paradis. J’avais mes fleurs, mon jardin… Un pareil beau coin…», admet Lorette, encore visiblement sonnée par les derniers jours.

Lundi, les Thériault ont effectué une première sortie. Ils sont allés rencontrer leurs amis du groupe de danse sociale dans laquelle ils sont inscrits. Cela leur a fait le plus grand bien, admettent-ils.

«Ils nous ont accueillis chaudement à la porte. Ils ont été incroyables», remercie Jean-Claude.

Au moins, les Thériault sont rassurés sur une chose. Les Acadiens ne les laisseront pas tomber.