Gare aux faux diététistes

Alors que le web regorge de «coachs santé», d’entraîneurs personnels et d’influenceurs diffusants des conseils nutritionnels à portée de clic, des diététistes professionnelles mettent en garde contre les régimes et les plans alimentaires «prescrits» par les individus non immatriculés.

Régime après régime, Chloé n’arrive toujours pas à perdre les dix livres qui lui ont été promises. En quête du corps «parfait» depuis l’âge de 10 ans, elle n’a pas l’intention d’abandonner. Elle décide donc de se tourner vers un nouvel entraîneur personnel qu’elle a déniché en ligne. Celui-ci lui prescrit un régime «zéro glucides, zéro gras».

Lundi matin, Chloé avale ses oeufs blancs avec détermination. Elle rêve déjà des résultats miracles qui devraient apparaître bientôt.

Quelques semaines plus tard, par contre, cette dernière aboutit dans le bureau d’une diététiste. Affamée, mais surtout honteuse d’avoir «échoué» son dernier régime, elle confie à la professionnelle de récentes tendances hyperphagiques, boulimiques et une nouvelle peur de certains aliments.

Ce scénario, bien que fictif, n’est pas étranger aux diététistes qui côtoient souvent des personnes qui ont été mal conseillées.

Anna Léger, Jennyfer Bezeau et Josée Violette ont dû suivre une formation universitaire de quatre ans, compléter un internat en diététique et réussir un examen national avant d’obtenir le titre de diététiste, un terme protégé par la loi au Nouveau-Brunswick.

Les jeunes femmes expliquent que les nutritionnistes, les coachs santé et les experts en nutrition, eux, ne sont pas tenus de détenir une formation ou des connaissances en nutrition pour porter leur titre.

C’est pourquoi, selon elles, il faudrait toujours prêter attention aux sources et faire preuve d’un esprit critique face aux conseils qu’ils offrent.

«Une personne non certifiée risque de ne pas être au courant de l’état de santé complet de l’individu, de sa prise de médicament, de la relation qu’il entretient avec la nourriture, avec son image corporelle, et j’en passe», a soulevé Mme Léger.

Les trois diététistes sont d’accord sur ce point.

Mme Bezeau ajoute que le client qui suit un régime restrictif prescrit par son «mentor» risque de faire face à des carences et même de brimer sa relation avec la nourriture.

«Par exemple, si la personne recommande d’éviter tout ce qui est gras, cela pourrait engendrer des déficiences en vitamines puisque le gras est nécessaire à l’absorption», souligne-t-elle.

«Ça pourrait aussi créer une peur de certains aliments; une peur qui pourrait ensuite se développer en trouble alimentaire. Ça ne va pas arriver à tout le monde, c’est sûr, mais ça reste un facteur de risque.»

Selon cette dernière, il faudrait également prendre garde des suppléments suggérés par ces non-professionnels.

«Parfois, ils disent: “Suis une telle diète et prends un tel supplément”, mais il faut se demander: ont-ils évalué les conditions préexistantes qui pourraient causer des effets secondaires?»

La question des coûts survient aussi lorsqu’on parle de suppléments.

«Je crois que plusieurs veulent se faire de l’argent vite là-dessus et n’ont pas toujours de bonnes intentions», constate Mme Violette.

La diététiste raconte qu’elle reçoit régulièrement des clients qui se sont fait prendre au piège.

«Je vois des clients qui, à la suite de conseils, prennent une tonne de vitamines, de suppléments et de minéraux. Parfois je leur demande: Pourquoi prends-tu ça? et ils ne savent même pas la réponse.»

De son côté, Mme Léger avance que les diététistes sont spécialement formés pour résoudre les problèmes alimentaires à la racine.

«Une diététiste ne fait pas que prescrire des diètes ou des plans alimentaires. Elle se concentre sur les raisons qui expliquent pourquoi un individu s’alimente d’une telle façon.»

Dans ses propres mots, la jeune femme explique que les régimes qui visent à changer un comportement sans le comprendre peuvent être à la fois néfastes et inefficaces.

«Imposer un cadre alimentaire peut faire en sorte que l’alimentation devienne culpabilisante, démotivante, restrictive et non réaliste à long terme. De plus, il peut entraîner des répercussions négatives sur la relation que nous entretenons avec les aliments, notre image corporelle et nous-mêmes.»

Mme Bezeau relève de son côté que les diététistes sont éduquées sur un aspect important de la nutrition qui pourrait ne pas être ancré chez les autres «experts».

«Il s’agit de tout le côté éthique. C’est-à-dire, comment interagir avec les gens. Que faut-il dire et ne pas dire, faire et ne pas faire. C’est super important», a-t-elle avancé.

Enfin, les diététistes seraient plus aptes à soutirer les preuves scientifiques pour corroborer leurs affirmations.

Ma santé, ma responsabilité

Mme Bezeau reconnaît que les passionnés de l’alimentation ne diffusent typiquement pas leurs conseils de mauvaise foi.

Elle les incite toutefois à valider leurs informations avec un professionnel avant de les partager avec la population.

Mme Léger, elle, considère que chacun est libre d’encourager son entourage à bouger, à cuisiner davantage à la maison ou à partager des idées de recettes, par exemple.

«Lorsque vient le temps d’amener des changements à notre alimentation, par contre, c’est notre responsabilité de questionner», a-t-elle avancé.

«Nous sommes les seuls responsables de notre propre santé. Je suggère donc à chacun de choisir les professionnels de la santé adéquats pour les accompagner dans leurs démarches.»

Donner le bon exemple

Face aux influenceurs qui prêchent les jus detox sur les réseaux sociaux, Mme Violette ne le cache pas: elle a déjà ressenti sa dose de frustration.

Aujourd’hui, par contre, elle mise plutôt à submerger les mauvaises informations par des bonnes.

«Au début, ça me frustrait beaucoup. Je commençais même des petites batailles en ligne», a-t-elle lancé en riant.

«Mais j’ai réalisé que ça ne valait pas la peine. Ce que j’aimerais faire, maintenant, c’est donner l’exemple au lieu de critiquer.»

La diététiste reconnaît qu’elle ne pourra pas faire avancer les mentalités du jour au lendemain.

Pour l’instant, elle utilise ses connaissances pour éduquer ses clients, son entourage, ses collègues de travail et ses abonnés à l’aide d’un compte Instagram.

«Ça commence par des petites conversations ici est là. Par exemple, à l’heure de dîner, mes collègues me posent des questions et transmettent ensuite la bonne information à leur famille.»

Mme Violette espère que dans le futur, les diététistes deviendront le premier point de contact, mais ce n’est pas chose faite.

«S’il y a un problème avec ta toilette, tu appelles un plombier. Si tu veux te construire une maison, tu joins un charpentier. Mais si tu as un problème en nutrition, tu vas probablement passer par mille chemins avant de voir une diététiste», a-t-elle souligné.