Les députés regagnent le pouvoir de déterminer à qui seront attribués les stages étudiants

Le gouvernement provincial exclut l’entreprise privée du programme d’emplois d’été pour les étudiants et réinstaure en partie le rôle des députés dans l’attribution des stages.

À partir de cet été, les entreprises ne seront plus admissibles aux subventions du programme de Stage d’emploi étudiant pour demain (SEED).

Fredericton veut ainsi favoriser les organismes sans but lucratif, les municipalités et les Premières Nations.

Le gouvernement Higgs change du même coup le processus d’attribution de ces subventions très convoitées pour accorder aux députés la tâche de décider quels groupes pourront embaucher un étudiant aux frais des contribuables.

Depuis 2016, ce rôle était réservé aux fonctionnaires pour mettre fin aux allégations de favoritisme dont faisaient l’objet les gouvernements successifs à cause de ce programme.

Le ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Trevor Holder, a annoncé ces changements, mardi, à Fredericton.

La province offrira 200 stages de moins cette année même si le financement global du programme demeure le même puisque les stages dans les organismes sans but lucratif et les Premières Nations coûtent plus cher que ceux en entreprise.

Fredericton finance 100% du salaire minimum des étudiants dans les organismes sans but lucratif et les Premières Nations, mais seulement 50% du salaire de ceux dans les municipalités et dans les entreprises.

«Ce changement nous permet de continuer à offrir des emplois d’été aux étudiants tout en donnant un coup de main à ceux qui gèrent le type de programmes et de services dont nous avons besoin dans nos communautés», a déclaré M. Holder.

Le ministre a donné en exemple les centres récréatifs communautaires et les camps d’été pour les jeunes.

«Soyons honnêtes, dans certains cas, le type de services dont nous parlons pourrait ne pas exister s’ils n’étaient pas fournis par ces groupes.»

Les groupes qui souhaitent obtenir un stage financé par le gouvernement devront soumettre leur candidature au ministère de l’Éducation postsecondaire pour un processus de vérification.

La liste des employeurs éligibles dans chaque circonscription sera par la suite transmise au député local qui devra choisir 22 gagnants.

La liste des employeurs choisis sera affichée en ligne pour permettre aux étudiants de postuler directement à ces emplois sans avoir à s’inscrire au tirage au sort dans l’espoir d’obtenir un billet pour le programme.

Le ministre Holder s’est défendu en conférence de presse de vouloir ramener le népotisme dans un programme qui était autrefois très politisé.

«Je fais confiance aux députés, quelle que soit leur affiliation politique, qui sont actifs dans leurs communautés et qui comprennent leurs besoins et la meilleure façon de les soutenir», a-t-il dit.

Avant 2016, les députés du parti au pouvoir recevaient davantage de stages à distribuer dans leurs circonscriptions que les députés de l’opposition. Les ministres en avaient encore plus que leurs collègues députés du même parti.

Le précédent gouvernement libéral du premier ministre Brian Gallant avait mis fin à cette pratique en plus de permettre aux entreprises de profiter du programme SEED pour la première fois.

Trevor Holder estime que le nouveau processus est adéquat puisque chaque député pourra distribuer le même nombre de stages, peu importe son parti.

Le directeur général du Conseil économique du Nouveau-Brunswick, Thomas Raffy, remet toutefois en question la pertinence de confier aux élus le soin de distribuer ces subventions gouvernementales.

«Est-ce que c’est vraiment une bonne utilisation du temps et des ressources des députés? Est-ce que c’est vraiment leur rôle de déterminer qui sont les candidats du programme SEED?», s’interroge-t-il.

M. Raffy craint aussi la façon dont le public percevra ce retour du politique dans un programme gouvernemental.

«Il y a une question de perception et dans le passé nous avons vu ce qui arrivait. Il va falloir faire attention.»

Malgré l’aspect politique, les changements au programme SEED plaisent à la Fédération des étudiantes et des étudiants du Campus universitaire de Moncton (FÉÉCUM).

«C’est sûr que le fait que le processus soit politisé ce n’est peut-être pas nécessairement la meilleure chose», indique la présidente de la fédération, Pascale Rioux.

Les étudiants saluent cependant la décision du gouvernement de mettre l’accent sur les stages dans les organismes sans but lucratif et d’éliminer le système de tirage au sort des stagiaires.

«Ça va enlever un élément de hasard dans le processus de sélection pour miser sur la qualité des personnes qui seront choisies», affirme Mme Rioux.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) ne voit pas trop d’un mauvais oeil l’exclusion des PME du programme SEED, à condition que la province réalise ses autres promesses dans ce domaine.

Fredericton a annoncé en novembre la refonte de l’ensemble de ses programmes de soutien à l’emploi pour mieux répondre aux besoins des employeurs et de ceux qui sont à la recherche d’un emploi.

«Le gouvernement dit qu’il va prendre une approche plus flexible aux besoins des entreprises. Peut-être que cette nouvelle approche mènera dans une meilleure direction pour les entreprises. Il faudra voir avec le temps comment les entreprises vont s’adapter», affirme le directeur des affaires provinciales de la FCEI, Louis-Philippe Gauthier.

Depuis l’arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs en 2018, le nombre total de stages du programme SEED est passé de 2000 à 1200, ce que dénonce le député libéral Guy Arseneault.

«Ce n’est pas une bonne nouvelle. Nous espérions voir plus d’emplois cette année, ou un rétablissement d’une partie du financement qui a été coupé. Malheureusement, ce n’est pas le cas et les étudiants et étudiantes en souffriront.»

L’an dernier, le gouvernement Higgs a réduit le financement du programme de 4 millions $ pour le ramener à son niveau d’avant les élections à 5,4 millions $.