Y a-t-il trop de festivals dans la Péninsule acadienne?

Les festivals et événements se pilent sur les pieds dans la Péninsule acadienne pendant l’été. Pour le moment, ça ne fait pas encore trop mal. Mais en regardant comment certaines activités parviennent difficilement à s’en tirer – il suffit de penser au Festival acadien de Caraquet – , il est clair que la douleur est de plus en plus forte.

Et avant que ça ne devienne insupportable, l’Office du tourisme de la Péninsule acadienne a choisi d’intervenir, en organisant une première rencontre de concertation, mercredi, à Caraquet.

Une trentaine d’intervenants du milieu événementiel de la région ont discuté des défis, mais ont aussi apporté des solutions pour que tout le monde puisse survivre dans cette compétition féroce pour s’arracher les quelques dollars de loisir disponibles.

On a beaucoup parlé de partenariats entre événements, de créer des expériences uniques, de s’adapter aux besoins des nouvelles générations de consommateurs, de présenter des programmations axées sur la qualité et non la quantité, de réduire le nombre de jours des festivals et d’offrir un meilleur encadrement des bénévoles.

Étant donné que la Péninsule acadienne dépend beaucoup du tourisme, avec des revenus annuels estimés à 13 millions $, chaque citoyen – et en particulier les commerçants – devient un ambassadeur, a-t-on signifié à quelques reprises.

En fait, le portrait a considérablement changé dans la Péninsule acadienne. Dans les années 1990, il y avait quelques gros festivals et c’était tout. Durant la seule année de 2019, il y a eu 99 événements. Dans les 22 week-ends de l’été, soit du FestiVin du début juin au Festival de la peur à la fin octobre, on parle de 71.

En fait, il y en a tellement – le dernier samedi de juillet a proposé neuf spectacles et 11 événements à lui seul – qu’il est permis de se demander comment et combien de temps vont survivre tous ces festivals.

Cette explosion d’événements dans la dernière décennie a fait apparaître les premiers signes de douleur: la vente des billets diminue, les revenus sont à la baisse, les commanditaires sont tellement sollicités qu’ils doivent faire un tri et les subventions disparaissent ou sont réduites à peau de chagrin, sans oublier l’essoufflement des bénévoles.

Pendant trois heures, les personnes présentes ont échangé sur leur vécu en tant qu’organisateurs. Étonnamment, peu d’interventions ont fait part du point de vue des consommateurs, aujourd’hui déchirés devant l’offre éclatée et obligés de faire des choix qui vont assurément avoir un impact financier sur ces événements.

Cependant, tout n’est pas noir, a-t-on pris soin de faire remarquer. On sent encore un désir d’offrir aux citoyens un savant mélange de festivals aux intérêts locaux, d’autres avec des niches particulières et de grands rendez-vous classiques.

Marie-Claude Gagnon, présidente du Festival des pêches et de l’aquaculture de Shippagan, peut-être le plus ancien festival de la région, était heureuse de participer à l’exercice commandé par l’OTPA.

«Ça faisait longtemps que je demandais une telle rencontre. Nous faisons partie de beaucoup de comités et on organise des événements qui se tirent dans les jambes. On trouve de bons trucs, mais on ne les partage pas tout le temps. Au moins, on commence à se dire qu’on peut travailler ensemble. Nos festivals vont quand même bien. À Shippagan, ça fait 59 ans et nous avons créé une tradition. Mais les gens dans les comités commencent à s’essouffler», fait-elle remarquer.

Stéphanie Sonier, coordinatrice de mieux-être et de vie active à la Municipalité régionale de Tracadie, a aussi apprécié cette expérience.

«On était dûs pour nous rencontrer. J’ai adoré cette réunion, car c’est rare que nous ayons la chance de nous parler ensemble. On en avait besoin. On sait tous que nous n’avons que tant de semaines dans l’été et que nous sommes souvent un par-dessus l’autre.», rappelle-t-elle.

Stéphane Levesque, président du festival d’humour Rien de Caraquet, a compris qu’il y avait beaucoup d’événements dans la Péninsule acadienne. Trop?

«Trop peut-être pour la population, mais ce sont des rencontres comme ça qui vont nous permettre de nous entraider entre événements. Je ne pense pas qu’il y en a trop; il y en a pour tous les goûts. On n’a pas fait le tour de tous des défis cet après-midi (mercredi), mais c’est avec ce genre de rencontres que nous allons pouvoir nous aider», a-t-il noté.

Directeur de l’OTPA, Yannick Mainville a précisé qu’il s’agissait d’une première rencontre et que d’autres seront bientôt programmés pour gratter le bobo.

«On voit qu’il y a un désir de collaboration. Ces gens veulent se rencontrer de nouveau et on remarque une ouverture», s’est-il réjoui.