Pas facile de se trouver un logement au Nouveau-Brunswick

Selon les plus récents chiffres de la Société des hypothèques et des logements du Canada (SCHL), la proportion de logements locatifs disponibles dans le pays est en baisse pour une troisième année consécutive. Un constat qui n’épargne pas le Nouveau-Brunswick.

Le taux d’inoccupation des logements locatifs a en effet chuté au Nouveau-Brunswick, passant de 3,2% en 2018 à 2,6% en 2019, selon les derniers résultats de de l’Enquête sur les logements locatifs (ELL) de la SCHL de 2019, menée en octobre.

La SCHL parle de logement locatif pour tout immeuble comprenant au moins trois logements offerts en location. Les habitations occupées par les propriétaires n’entrent pas dans le nombre total de logements locatifs.

Ce taux d’inoccupation a baissé dans plusieurs villes du Nouveau-Brunswick depuis l’an passé, ayant pour conséquence directe la réduction du nombre de logements proposés à la location.

Ainsi, dans la capitale Fredericton, le taux a chuté de 2,1% à 1,4% en 2019, tandis qu’à Saint-Jean, il a reculé de 3,7% à 3,3%.

C’est à Bathurst que l’on observe la dégringolade la plus spectaculaire, avec un taux passant de 6,7% à 4,2%.

Moncton n’échappe pas au recul, et son taux de logements vacants passe en dessous de la moyenne provinciale, atteignant 2,2% (2,7% en 2018).

«Nous sommes au courant de la situation, et nous travaillons sur ce dossier, assure Richard Dunn, agent de développement économique pour la Ville de Moncton. Nous avons conclu des contrats pour la construction de 16 édifices, ce qui représente plus de 700 appartements supplémentaires à louer. Ils sont déjà bien entamés pour certains, et devraient être prêts dans le courant de l’année.»

Demandes énormes

La construction de logements supplémentaires semble d’ailleurs être l’une des solutions préconisées par la Société canadienne des hypothèques et du logement.

«Ce qui est clair, c’est qu’il faut augmenter l’offre de logements proposés en location, explique Aled Ab Iorwerth, économiste en chef adjoint pour la SCHL. Il faut un marché stable, afin que le coût des loyers n’augmente pas. Il y a des demandes énormes dans beaucoup de grandes régions urbaines du Canada.»

Le Nouveau-Brunswick n’est en effet pas la seule province touchée par le problème. Le taux d’inoccupation national des appartements locatifs a diminué en 2019 pour une troisième année consécutive. Il s’établit désormais à 2,2%, soit son plus bas niveau depuis 2002. Montréal a atteint son taux d’inoccupation le plus bas en 15 ans.

À Charlottetown, le taux avait atteint un seuil critique de 0,3% en 2018, soit le pire du pays. Il est remonté à 1,2% en 2019. Greg Rivard, président du comité de l’urbanisme et du patrimoine de la Ville, explique que des politiques municipales efficaces peuvent servir à inverser la tendance.

«Nous avons supprimé les frais de construction pour les investisseurs qui voudraient construire des logements abordables à Charlottetown, en plus de les exempter de taxes municipales pendant 20 ans, détaille-t-il. Nous avons également construits plusieurs unités au cours de l’année et 428 nouveaux logements devraient voir le jour d’ici le printemps. Nous avançons dans la bonne direction.»

Airbnb dans le viseur

Les services de location à court terme, type Airbnb, sont pointés du doigt par certaines municipalités canadiennes, qui y voient une concurrence déloyale au marché locatif à long terme.

Plusieurs villes ont d’ailleurs adopté des mesures restrictives à l’égard des locations à court terme. À Toronto, désormais, seules les résidences principales pourront être mises en location par un hôte, qui devra en outre obtenir un permis auprès de la Ville, ainsi que se s’acquitter de la taxe municipale d’hébergement de 4%. Vancouver avait déjà adopté un règlement municipal similaire en avril 2018.

«C’est une question que nous étudions, explique Richard Dunn. Pour l’instant, nous n’avons pas de données concernant l’impact d’Airbnb sur notre marché locatif. Notre département d’urbanisme a prévu de se pencher sur le sujet au cours des prochaines semaines.»

Le site web Insight Airbnb regroupe et compile plusieurs données, en se basant sur les informations accessibles au public sur le d’Airbnb. Actuellement, il y aurait plus de 2160 logements affichés sur le site du géant américain pour l’ensemble du Nouveau-Brunswick. À Moncton, 210 maisons et appartements seraient mis en location dans leur entièreté par des hôtes.

«La concentration d’Airbnb semble être relativement haute à Moncton, ce qui pourrait potentiellement avoir un impact sur le marché résidentiel local, assure Murray Cox. Les propriétaires de ces biens les louent en effet 206 jours en moyenne dans l’année, soit quatre mois et demi. Durant ces mois, ces logements ne sont plus disponible sur le marché locatif à long terme.»

Pour Greg Rivard, Airbnb ne serait toutefois pas le seul responsable de la baisse du taux de logements vacants dans sa ville.

«Je ne pense pas que cela en soit la cause majeure, explique le président du comité de l’urbanisme et du patrimoine de Charlottetown. C’est l’un des facteurs, mais ce n’est pas le seul. Les locations à court terme représentent moins d’1% de notre marché. Nous étudions malgré tout des stratégies pour les réguler, car cela pourrait être l’une des solutions pour faire remonter notre taux d’inoccupation des logements locatifs.»