Maurice Johnson n’a pas écrasé Brady Francis, selon un expert 

La position du corps de Brady Francis, retrouvé dans la voie en direction est de la route Saint-Charles-Sud, ne correspond pas avec les dommages sur le véhicule de l’accusé, selon Mike W. Reade, expert reconstitutionniste chez Forensic Reconstruction Specialists.

Brady Francis, un jeune autochtone âgé de 22 ans, de la Première nation d’Elsipogtog, a été happé mortellement alors qu’il était sur le chemin Saint-Charles-Sud, le 24 février 2018.

Maurice Johnson a plaidé non coupable à des accusations d’avoir omis de s’arrêter sur la scène d’un accident mortel.

Mike W. Reade a travaillé pendant plus de 25 ans pour la GRC. Il s’est spécialisé en reconstitution en fin de carrière. À sa retraite, il a fondé son entreprise Forensic Reconstruction Specialists.

M. Reade a été l’uns des témoins de la défense, lundi, lors du dixième jour du procès.

Selon les vidéos de surveillance du Dépanneur Saint-Charles présentées par le gendarme Mathieu Richard, Brady Francis marchait en direction est le 24 février 2018 sur la route Saint-Charles-Sud.

Le véhicule de l’accusé, Maurice Johnson, roulait aussi vers l’est.

Le GMC Sierra de l’accusé avait été saisi et analysé par la GRC du détachement de Richibucto, le 26 février 2018. Les dommages correspondent à celui d’un véhicule qui aurait heurté un piéton d’après les propos du reconstitutionniste de la GRC, Michel Lanteigne, du détachement de Caraquet.

L’analyse de Mike W. Reade suggère une tout autre possibilité. La position de Brady Francis sur la route Saint-Charles-Sud ne concorde pas avec les dommages sur le véhicule de Maurice Johnson.

Son camion était endommagé en avant sur le capot et le grillage, du côté passager. S’il roulait vers l’est et qu’il avait frappé Brady par le côté passager, son corps aurait été projeté vers l’avant ou dans le fossé, du côté droit. Or, il a été retrouvé dans la voie en direction ouest, à la gauche du conducteur.

«Lorsqu’il y a des impacts sur le côté passager, le corps du piéton se dirige droit devant ou du côté passager.»

Autrement dit, Brady Francis a été projeté dans la voie inverse, soit plus près du côté conducteur.

Le côté conducteur du GMC Sierra de l’accusé n’a pas été endommagé.

De plus, l’analyse de M. Reade stipule que le véhicule impliqué dans le délit de fuite n’a pas roulé sur le corps de Brady Francis.

«Après avoir regardé les photos du corps, il n’y a aucune preuve que le camion a roulé dessus.»

Durant le contre-interrogatoire, Pierre Gionet, procureur de la Couronne, a demandé à M.. Reade si le véhicule n’avait pas changé sa trajectoire. Il a fait référence à l’interrogatoire de Maurice Johnson lors de son arrestation, le 15 mars 2018. Le vidéo a été présenté lundi dernier en cour.

«M. Johnson a changé sa direction. Il a fait un geste de contournement avec ses mains, pour représenter le volant. Il a essayé d’éviter quelque chose.»

Dans le cas énoncé par la Couronne, M. Reade répond que le véhicule aurait roulé sur le corps de Brady Francis. Selon l’expert, il n’y a aucune preuve que le véhicule aurait roulé sur le corps.

«Est-ce possible de faire gauche et droite avec le volant, sans rouler sur le corps?», insiste Me Gionet.

Mais Mike W. Read est ferme. «Ce n’est pas possible», répond-il.

Le pare-brise intact 

Kimberly Kenny, une experte en chimie médico-légale de la GRC, avait témoigné vendredi dernier. Elle est aussi témoin de la défense.

Elle avait trouvé des fragments de verre et de plastique sur les vêtements de Brady Francis, mais n’a pas pu lier les éclats de vitre retrouvés sur la victime au camion de l’accusé.

«Dans les rapports que j’ai lus, on disait qu’il y avait de verre sur le corps, je me serai entendu qu’on voit des morceaux de verre dans le camion», souligne M. Reade.

Pourtant, M. Reade affirme que le pare-brise de l’accusé n’a pas été endommagé. Il n’y avait pas de morceaux de verre dans le camion.

«Il n’y a pas eu de contact avec le pare-brise du camion. Il n’y a pas eu de dommages sur la vitre.»

La Couronne et la défense ont terminé d’appeler les témoins. Le procès est ajourné jusqu’au 7 février, date à laquelle les deux parties présenteront leurs arguments finaux.