Rencontre éditoriale: les défis de la SANB

Robert Melanson sera le dernier président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick élu lors d’une assemblée générale annuelle. Afin de renforcer la démocratie au sein de l’organisme, d’importants changements annoncés récemment permettront, entre autres, aux membres de se prononcer sur des questions référendaires et de participer aux élections à la présidence via internet.

La SANB vient de dévoiler un nouveau site web, qui comprend une plateforme exclusive pour les membres. Sur cette plateforme, les membres pourront se prononcer sur certains enjeux et participer aux élections. Les résultats des élections seront dévoilés aux AGA, dont le prochain doit avoir lieu dans le Nord-Ouest.

«C’est pour nous rapprocher des membres. Nous n’avons plus de sections locales. Dans certaines régions, comme à Bathurst, Caraquet et à Moncton, elles fonctionnaient très bien, mais ailleurs, c’était plus difficile. Pour moi, ces changements sont un moyen de démocratiser notre organisme. À part aux AGA, il n’y a pas beaucoup d’endroits où les membres peuvent nous parler de problématiques», a dit Robert Melanson, lors d’une rencontre éditoriale avec l’Acadie Nouvelle.

Robert Melanson a été nommé à la tête de la SANB en juin 2018 lors de l’AGA, à Caraquet. Quelques centaines de membres se sont déplacés dans la Péninsule acadienne pour élire l’un des quatre candidats, soit M. Melanson, Lizon Thériault, Nathan Dimitroff et René Éphestion.

«C’est rêver en couleurs un peu, mais si on pouvait parvenir à avoir de 2000 à 3000 membres qui participent au vote, ce serait extraordinaire. À ce moment, on pourrait dire que la présidence aurait en quelque sorte autant de légitimité qu’un député. On sait que dans certaines régions, les députés peuvent être élus avec moins de 2000 votes.»

Ces changements font suite à une réflexion profonde à l’interne en cours depuis quelques années. Un rapport préparé en 2016 par un groupe de travail et présidé par l’ancien ombudsman du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard recommandait de simplifier la structure de la SANB, dont l’élimination des sections locales et du Forum de concertation des organismes acadiens. Rappelons qu’à cette époque, l’organisme traversait une importante crise.

«Surtout après l’abolition des sections, il était de difficile de savoir ce que les membres à la base pensaient. Est-ce qu’ils nous appuient dans nos trucs? Il n’y avait pas vraiment de moyen de les consulter. On voulait augmenter notre statut, car on sait que la SANB reçoit de l’argent des contribuables. Elle est vue par le gouvernement fédéral comme étant l’organisme porte-parole des francophones du Nouveau-Brunswick. À ce point de vue, s’il y a un leader, ça prend plus de gens derrière lui.»

L’organisme a aussi aboli les frais d’inscription pour devenir membre.

«On ne veut pas qu’il ait de frein pour devenir membre, que vous soyez sur l’assistance sociale ou riche. Pour moi la SANB reçoit des fonds publics, donc elle devrait une association accessible à tous.»

Robert Melanson, président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick. – Acadie Nouvelle: David Caron

L’attitude de Blaine Higgs évolue

Robert Melanson est catégorique. L’alliance entre les progressistes-conservateurs de Blaine Higgs et la People’s Alliance de Kris Austin, un parti reconnu pour ses positions anti-bilinguisme et anti-dualité, est à dénoncer. L’absence d’égalité réelle entre les francophones et les anglophones à l’échelle provinciale aussi.

«Tant que nous ne serons pas rendus là, nous serons – et excusez-moi de le dire – des citoyens de deuxième classe.»

Malgré tout, le président de la SANB constate une évolution «tranquillement pas vite» de l’attitude de Blaine Higgs, ancien candidat à la direction du Parti COR, envers les affaires francophones.

«Je suis convaincu que sa façon de voir les francophones a changé depuis son élection à la tête de la province. Il ne connaissait pas la réalité des francophones. Aujourd’hui, il commence à mieux la comprendre.»

Le retrait de Fredericton dans un cas opposant des groupes francophones de la Colombie-Britannique à leur gouvernement provincial en est un exemple, croit M. Melanson. Ces groupes francophones reprochent à leur gouvernement de sous-financer l’éducation en français.

Le Nouveau-Brunswick devait présenter un mémoire devant la Cour suprême du Canada pour expliquer les particularités de la dualité linguistique en éducation dans la province. Le gouvernement provincial s’était cependant attiré les critiques, car il refusait de préciser clairement la position qu’elle entendait défendre devant le plus haut tribunal du pays.

Les intérêts du Nouveau-Brunswick ont finalement été défendus par des organismes francophones, dont la SANB et la Fédération des conseils d’éducation du Nouveau-Brunswick.

Les représentants de la SANB sont persuadés que le gouvernement Higgs a décidé de prendre du recul dans ce dossier à la suite d’une rencontre en août.

«C’était quand même dans le contexte du Congrès mondial acadien. Il y avait 20 000 personnes dans les rues de Dieppe. C’était probablement la première fois que Blaine Higgs se trouvait dans un tel bain de foule francophone, alors ç’a sans doute eu une influence. Mais pour nous, le timing était bon et il a été très réceptif à nos demandes.»

Immigration: «Pensez-vous que la survie des Acadiens motive les fonctionnaires anglophones de Fredericton?»

L’immigration francophone demeure également un enjeu de grande importance pour la SANB.

La province n’atteint jamais sa propre cible de 33% de nouveaux arrivants francophones. En 2018, seulement 21% des immigrants qui sont arrivés au Nouveau-Brunswick étaient des francophones.

«Ils n’atteignent jamais les cibles, donc on prend du retard. Si ça continue comme ça, nous serons 20% de francophones dans la province dans une vingtaine d’années», craint M. Melanson.

Au cours des 50 dernières années, le nombre absolu de francophones au Nouveau-Brunswick est resté sensiblement le même, mais le poids démographique face à la majorité anglophone continue de diminuer. Dans les années 1960, la province était environ 38% francophone. Aujourd’hui, environ 32% de la province l’est.

M. Melanson estime que le gouvernement provincial ne prend pas le dossier de l’immigration francophone au sérieux.

«Pensez-vous que la survie des Acadiens motive les fonctionnaires anglophones de Fredericton? En fait, ils ne prennent pas ça au sérieux. Atteindre les cibles, ce serait prendre ça au sérieux. Le fait qu’on ne les atteint pas depuis des années démontre le manque de volonté du gouvernement. Pour moi, c’est une façon subtile et sournoise d’assimiler les Acadiens et de diminuer leur nombre.»