Journée sombre à Caraquet

Journée sombre à Caraquet. Visages longs, pleurs, incrédulité, incompréhension. Autant du côté des employés de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus que de celui de la Ville ou encore de la communauté, la vision du Réseau Vitalité de fermer l’urgence de nuit à Caraquet ne passe pas du tout.

Pendant une heure en après-midi, le PDG Gilles Lanteigne et son équipe – sous haute mesure de sécurité pour éloigner la presse – ont expliqué aux employés touchés les raisons de cette transformation de services.

Quand tout a été terminé, les travailleurs de la santé avaient tous la mine déconfite, mais personne n’a voulu exprimer son point de vue devant les journalistes présents. Une jeune employée, qui va perdre son poste avec cette réforme, s’est jetée en pleurs dans les bras de sa mère.

«C’est ridicule!», a fulminé une employée en colère en tournant le coin d’un corridor en quatrième vitesse.

«C’est dur…», a laissé échapper, à mi-voix, une autre avant de s’engouffrer dans l’ascenseur.

Plusieurs membres du Comité action H et du conseil municipal ont fait le pied de grue à l’entrée de l’établissement, dans l’espoir de pouvoir parler avec M. Lanteigne. Il est passé par des sorties secondaires.

Par la suite, la délégation de Vitalité a discuté pendant près d’une heure avec le conseil municipal à portes fermées. Le ton a monté à quelques reprises. À la fin, M. Lanteigne et le maire Kevin Haché ont échangé une poignée de main. Mais cela ne veut pas dire que tout est au beau fixe, loin de là…

Des manifestants avaient préparé des affiches pour bien accueillir la délégation du Réseau Vitalité à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Caraquet, mercredi. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«Nous sommes très déçus, a admis le maire. La seule chose que je peux dire d’intéressant à propos de la régie est qu’elle a accepté de nous rencontrer. La seule chose que M. Lanteigne a dite est que Vitalité ne veut pas bouger. On a proposé de travailler avec eux pour recruter des médecins. On nous a répondu qu’il ne reculerait pas. On va continuer de se battre. On n’a pas le choix. La population s’attend à ça, je m’attends à ça et ma mère (Gina) s’attend à ça.»

M. Haché participera à une téléconférence avec les cinq autres maires touchés par les fermetures d’urgence de huit dans les hôpitaux en milieu rural, vendredi matin. Il est possible qu’une action d’éclat d’envergure provinciale ait lieu lundi, le jour de la Famille.

«On va nous voir et on va nous entendre jusqu’à ce que ça change. Nous ne sommes pas seuls à vivre ce cauchemar», a promis l’élu, tout en étant prêts à aller en élections provinciales sur cette question qui a été abordée, puis mis sur les tablettes en 2015 par le gouvernement Gallant.

Louise Blanchard, du Comité action H, s’est dite fière des arguments forts des membres du conseil municipal. Mais elle n’a pas la même opinion concernant les représentants du Réseau Vitalité.

«Comment peut-on réduire une urgence dans un hôpital qui fonctionne bien, avec des médecins qui travaillent ensemble avec Tracadie? La paix était revenue dans la Péninsule acadienne. On a demandé des réponses dans leur plan de transformation et elles n’étaient pas claires. On leur offre une solution de recruter un médecin. On est même prêt à le payer. On nous a dit non. C’est vraiment de la mauvaise volonté», a-t-elle évalué à la suite de cette discussion.

Des employés de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Caraquet vont assister à la réunion avec le Réseau Vitalité. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Gilles Lanteigne: «Les gens sont tristes, on le reconnaît»

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, a dressé un bilan positif de sa journée à Caraquet, même s’il admet que cela n’a pas été facile, notamment en face des employés de l’hôpital.

«C’est bon d’avoir une discussion, d’expliquer pourquoi on fait ce qu’on fait et pourquoi c’est la bonne chose à faire. Nous sommes toujours là pour appuyer et travailler avec les communautés acadiennes», a-t-il commenté au terme de la rencontre avec le conseil municipal et quelques intervenants du milieu.

Au-delà des enjeux actuels, M. Lanteigne a rappelé que Vitalité rencontre les élus de Caraquet sur une base régulière depuis plusieurs années.

«Aujourd’hui, il y a une divergence d’opinions, mais on se parle. Ce qu’on a fait depuis trois ans, c’est de leur parler de nos défis. La Ville a offert son appui sur plusieurs dossiers», a-t-il signifié.

Devant la réaction des employés, Gilles Lanteigne a admis que ce ne sont pas des situations faciles pour personne.

«Les gens sont tristes et on le reconnaît. Ce n’est pas facile, le changement. On se place pour améliorer les choses. Les gens qui sont partis tristes ne partagent pas toutes nos solutions, mais ils reconnaissent que le système et les employés sont sous pression. C’est ce que vous avez vu aujourd’hui.»

«Quand on fait 23 interruptions de services, je peux vous garantir qu’on ne fait pas ça de gaieté de coeur, même s’il n’y en a pas eu à Caraquet. Nous avons 450 postes à pourvoir. Nous faisons des efforts extraordinaires pour recruter, mais l’avenir ne s’annonce pas meilleur. Nous avons plus de personnes qui sortent du système que nous pouvons en entrer. Il faut entreprendre des changements, car le statu quo est inacceptable», a-t-il insisté avant de quitter la salle de réunion en passant devant quelques manifestants qui brandissaient des pancartes.

L’entrée de l’urgence et du service d’ambulance à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Caraquet. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette