Le sort d’Edmond Vautour entre les mains d’un arbitre du travail

Après deux jours d’audiences d’arbitrage tenues cette semaine, à Edmundston, le sort du travailleur Edmond Vautour repose désormais entre les mains d’un arbitre de griefs.

L’arbitre James Connely a la délicate tâche de décider si le congédiement, en novembre 2018, du travailleur de l’Hôpital général de Grand-Sault, était justifié ou non au sens des règles qui régissent le monde du travail.

Le fils du célèbre activiste de Kouchibouguac, Jackie Vautour, conteste son renvoi de l’établissement de santé où il occupait un poste de coordonnateur des installations matérielles.

Le Réseau de santé Vitalité avait justifié son congédiement à l’époque en évoquant que l’employé avait fait preuve de négligence et s’était rendu coupable de vol et de fraude.

Concrètement, l’employeur a estimé qu’Edmond Vautour avait volontairement falsifié ses relevés d’heures travaillées en plus d’avoir indûment prolongé ses heures de repas au travail.

On lui reprochait également d’avoir mis les patients, ses collègues et les installations de l’hôpital en danger lors d’interventions, en août 2017, visant à réparer le bris d’une pompe de la bouilloire de l’établissement.

Une dizaine de témoins ont défilé devant l’arbitre pendant les deux jours d’audience, dans une salle d’un hôtel du centre-ville d’Edmundston, et ont dû répondre aux nombreuses questions des représentants du Réseau Vitalité et du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente Edmond Vautour dans sa requête.

Une vingtaine de documents et des enregistrements vidéos ont aussi été remis en tant qu’éléments de preuve à l’arbitre James Connely durant les procédures.

Serge Martin, le chef du Service de gestion des installations et supérieur immédiat du travailleur, a été le témoin le plus longuement interrogé.

Ce dernier a défendu la décision de l’employeur de congédier le travailleur en citant les relations parfois difficiles avec le plaignant et en décrivant durant un long moment le contenu d’enregistrements vidéos de surveillance de l’hôpital qui montrent les allées et venues d’Edmond Vautour sur son lieu de travail à des moments bien précis.

Ces enregistrements tendaient entre autres à démontrer que les périodes de repas allouées à l’employé s’étendaient parfois au-delà de la durée normale de 30 minutes allouée en vertu de la convention collective.

Les témoins questionnés mardi par le représentant de Vitalité, Me Daniel Standing, qui sont tous gestionnaires dans le réseau de santé, ont pour la plupart indiqué que le lien de confiance entre l’employeur et le travailleur avait été rompu.

Mercredi, la représentante du SCFP, Jeannik Gallant, a questionné un inspecteur des systèmes de chaudières et appareils à pression du gouvernement provincial au sujet des présumés actes de négligence commis par Edmond Vautour.

Bernard Martin a expliqué que les travaux menés par ce dernier, entre le 17 et le 20 août 2017, ne pouvaient en aucun temps avoir constitué un danger pour les gens qui se trouvaient à l’intérieur de l’Hôpital général de Grand-Sault à ce moment et pour les installations sur place.

D’autres témoins présents lors du deuxième jour d’audience ont affirmé avoir entretenu d’excellentes relations de travail avec l’employé congédié et ont soulevé le fait qu’il arrive souvent que des travailleurs de l’hôpital prolongent leurs périodes de repas en raison de pause-santé n’ayant pas été prises plus tôt.

«claire, nette et convaincante»

Dernier à y aller d’un témoignage sous serment, Edmond Vautour a indiqué que l’impact de son congédiement a été très difficile pour sa santé, sa famille et la recherche d’un emploi.

«C’est ma vie et ma carrière qui sont en jeu», a affirmé l’homme de 61 ans qui réside maintenant à Tide Head.

Celui-ci a affirmé n’avoir jamais eu l’intention de voler des heures de travail à son employeur et d’avoir prolongé ses heures de repas sans raison valable.

Dans sa plaidoirie finale, Me Daniel Standing a qualifié la preuve déposée de «claire, nette et convaincante», en ajoutant qu’il n’y avait pas matière à modifier la mesure disciplinaire imposée à M. Vautour.

La représentante du SCFP a quant à elle souligné que l’employé avait reconnu certains torts et que les fausses accusations de négligence avaient causé un grave préjudice au plaignant.

Jeannik Gallant a demandé à l’arbitre de veiller à la réintégration d’Edmond Vautour dans ses fonctions ainsi que l’octroi d’un montant d’argent à ce dernier en guise dommages punitifs.

M. Vautour a qualifié l’expérience devant un arbitre du travail «d’éprouvante».

«Je ne dis pas non à un retour au travail. J’espère qu’une décision juste sera rendue.»

L’arbitre James Connely devrait rendre une décision au cours du mois prochain.

L’expert peut à sa guise confirmer le congédiement de l’employé, ordonner au contraire son retour au travail avec pleine compensation ou encore imposer une sanction disciplinaire moindre que celle décrétée par l’employeur en 2018.