Blaine Higgs dit ignorer les intentions de Robert Gauvin

En attente de l’annonce mystère de son vice-premier ministre, Blaine Higgs n’écarte pas la possibilité d’avoir à défendre la réforme de la santé lors d’une élection générale précipitée.

Le premier ministre a confié jeudi après-midi qu’il n’était pas au courant de ce que Robert Gauvin compte annoncer en conférence de presse, vendredi.

«Je ne sais vraiment pas ce qu’il va dire. Je n’ai pas discuté avec lui. Mes collègues dans le bureau l’ont fait hier. Peut-être que Robert me contactera plus tard aujourd’hui.»

Le vice-premier ministre et ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture, a convoqué les médias dans sa circonscription en matinée pour faire le point sur son avenir politique.

M. Gauvin a confié plus tôt cette semaine être contre la fermeture partielle des urgences de six hôpitaux ruraux et il n’est pas le seul à avoir du mal à avaler la nouvelle.

Le député de Sussex-Fundy-St-Martins, Bruce Northrup, refuse d’endosser la fermeture partielle de l’urgence de sa communauté.

Il a annoncé jeudi matin sur Facebook qu’il ne soutiendrait pas la réforme.

M. Northrup a cependant l’intention de demeurer député de son parti et continue d’appuyer le gouvernement Higgs.

«J’ai téléphoné au premier ministre et au ministre de la Santé hier soir pour leur faire part de ma décision. Je ne peux pas soutenir ce qu’Horizon veut faire», a-t-il expliqué en entrevue.

À son avis, la fermeture des urgences de Sussex et de Sackville de minuit à 8h va faire déborder encore plus les urgences de Saint-Jean et de Moncton où les citoyens de sa circonscription devront se rendre durant la nuit.

«Ça ne règlera pas les problèmes aux urgences et ça va empirer», a-t-il dit.

Les autres hôpitaux qui fermeront leurs portes la nuit à compter du 11 mars sont ceux de Caraquet, de Sainte-Anne-de-Kent, de Perth-Andover et de Grand-Sault.

Malgré ce désaccord, M. Northrup n’a pas l’intention de quitter son parti pour siéger à titre de député indépendant.

«Je serai un député progressiste-conservateur de la circonscription Sussex-Fundy-St-Martins aussi longtemps que les gens voudront de moi ici.»

«Je soutiens le premier ministre», a-t-il ajouté.

Blaine Higgs estime que le député Northrup a toujours sa place dans le caucus progressiste-conservateur malgré son opposition à la fermeture des urgences.

«Bruce est prêt à rester et à soutenir le gouvernement sur d’autres questions, c’est très clair. Pour moi, ça en dit long sur la qualité de l’individu. Il comprend que sa voix sera mieux entendue au sein de notre caucus et de notre gouvernement», a indiqué M. Higgs.

À titre de ministre, Robert Gauvin ne disposera peut-être pas de la même marge de manoeuvre.

Interrogé sur la possibilité que M. Gauvin puisse demeurer au cabinet s’il adoptait une position similaire à celle de Bruce Northrup, Blaine Higgs se fait très prudent.

«C’est une bonne question et je ne veux pas y répondre de façon hypothétique. J’ai dit hier que je ne voulais pas prendre de décision impulsive et ça s’applique certainement à ce que vivent M. Northrup et M. Gauvin.»

M. Higgs admet toutefois que la barre de la solidarité ministérielle est plus haute pour le ministre Gauvin que pour un député d’arrière-ban.

«Oui, c’est différent» pour «un ministre, un vice-premier ministre en plus, quelqu’un qui fait partie du cabinet et qui est très proche de toutes les prises de décisions», a-t-il confié.

Puisque la fermeture partielle des six urgences et les autres changements annoncés par les réseaux de la santé ne sont pas de nature législative, aucun vote des députés n’est nécessaire.

Le Parti libéral a cependant laissé entendre qu’il pourrait déposer une motion de censure contre le gouvernement en guise de protestation.

Bruce Northrup n’a pas complètement écarté jeudi la possibilité de voter pour une motion de ce genre.

«Il y a beaucoup de “si” là-dedans, alors je traverserai ce pont quand je serai rendu là.»

Selon le chef du Parti libéral, Kevin Vickers, un vote pour cette motion serait le seul moyen à la portée de M. Northrup pour sauver l’urgence de sa communauté.

«Nous sommes encouragés par ses commentaires selon lesquels il pourrait être prêt à soutenir une motion de défiance contre le gouvernement Higgs à l’Assemblée. Il semble que ce soit la seule façon d’infirmer cette très mauvaise décision», a déclaré M. Vickers dans un communiqué de presse.

Le chef libéral a promis de faire tout en son pouvoir pour faire tomber le gouvernement et annuler la fermeture des urgences.

Avec deux députés opposés à la réforme, la situation du gouvernement minoritaire est «précaire», admet Blaine Higgs.

Le premier ministre n’a toutefois pas l’intention de rebrousser chemin, quitte à se retrouver devant les urnes.

«Nous sommes en mission pour sauver la province et pour sauver le système de santé», a-t-il dit.

«Si en fin de compte il n’y a pas d’autre voie que d’aller en élection, tant pis.»