Cette fois, Germain Blanchard ne grimpera pas sur une table en guise de protestation!

La fermeture de nuit de l’urgence à l’hôpital de Caraquet dans moins d’un mois n’est pas sans ramener en avant-plan les moments intenses de la crise de la santé de 2005. Il y a eu la manifestation monstre où plus de 2000 personnes se sont rassemblées dans un froid sibérien, le blocage de routes, l’occupation pendant plusieurs semaines de l’hôpital par le Comité action H, l’injonction contre le gouvernement de Bernard Lord…

Et Germain Blanchard, debout sur une table, pendant que des manifestants perturbent une réunion de la régie de santé Acadie-Bathurst.

Quand on lui rappelle ce «fait d’armes», l’homme se met à rire. C’était il y a 15 ans, à la cafétéria de l’Hôpital régional Chaleur de Bathurst.

D’un côté, le président de la régie, André Morais, le vice-président Gabriel Godin, le DG Aldéoda Losier et les membres du conseil.

De l’autre, une foule tendue qui n’attendait qu’une étincelle pour allumer le feu…

Cette étincelle est venue quand aucun membre n’a appuyé une proposition de Marc Duguay (aujourd’hui directeur général de la Ville de Caraquet) qui voulait assister aux rencontres visant à transformer l’établissement en centre de santé communautaire sans urgence, sans arrêt d’ambulance, sans chirurgie d’un jour et sans obstétrique.

Les huées et les cris scandant «démission» ont forcé M. Godin à demander prématurément la suspension de la réunion.

Germain Blanchard a alors enguirlandé M. Morais, de l’eau a été lancée sur les membres de la régie, quelqu’un a même craché en leur direction et on a saccagé quelques plaques d’identification.

Puis, dans ce tumulte, M. Blanchard a monté sur une table…

Germain Blanchard, derrière le président de la régie de santé Acadie-Bathurst, André Morais, lors de la fameuse réunion tumultueuse du 26 janvier 2005. – Image tirée du documentaire «On a tué l’Enfant-Jésus» de Renée Blanchar

Mercredi, l’homme aujourd’hui âgé de 84 ans est encore aux premières lignes de ce qui s’annonce un nouveau combat contre le plan du Réseau de santé Vitalité.

«Cette soirée-là à Bathurst, nous étions une grosse délégation. Si j’ai bonne mémoire, la régie avait arrêté la réunion, ses membres s’étaient faufilés et nous n’avions eu aucune réponse. Je suis alors monté sur une table. J’ai fait ça d’instinct. C’était tellement révoltant qu’il fallait réagir. Ç’a été ma façon.»

Celui qui a été maire de Caraquet de 1976 à 1992 admet qu’il sera probablement plus sage aujourd’hui dans son opposition. Et cette sagesse lui permet de faire une proposition aux dirigeants du réseau Vitalité afin de ne pas mettre de l’avant son plan d’action.

«Pour moi, il n’y a qu’un seul plan pour notre hôpital et c’est sa prise en charge par la Ville. Ce serait la plus belle affaire qui pourrait nous arriver. Avec ça, on aurait la paix. Caraquet servirait de projet pilote. Et pourquoi ne pas le faire dans les cinq autres hôpitaux affectés? Si le réseau peut fermer l’urgence de nuit dans ces six établissements, il peut aussi nous appuyer dans cette proposition. Ça enlèverait une épine du pied des dirigeants de Vitalité et du ministère de la Santé», est persuadé Germain Blanchard.

Mais on est encore loin de la coupe aux lèvres. Et ce nouveau conflit n’augure rien de bon pour cet ardent défenseur de l’hôpital de Caraquet.

«On n’en est encore qu’au début, analyse-t-il. On vit ça au jour le jour. Si le gouvernement ne bouge pas, nous verrons des manifestations plus grandes. La population est en train de réaliser ce qui lui arrive. On a déjà perdu le laboratoire et là, on ferme l’urgence de nuit. C’est pratiquement la fin de notre hôpital. Il ne faut pas rêver en couleurs», estime-t-il.