La fermeture de six services d’urgence la nuit aura des répercussions sur les ambulances

La fermeture de six services d’urgences la nuit aura des répercussions directes sur les travailleurs paramédicaux, estiment certains de ces professionnels. Ils s’attendent à devoir effectuer davantage de transferts, et anticipent des temps d’intervention plus longs.

Tim Staires, registraire adjoint pour l’Association des travailleurs paramédicaux du Nouveau-Brunswick (APNB), se demande si Ambulance NB pourra maintenir le niveau de couverture actuel.

«Chaque appel va nous prendre plus de temps en moyenne, prédit le travailleur paramédical. De plus, si les patients des urgences concernées devront dorénavant être transférés après minuit dans les hôpitaux régionaux, ça nous rajoute du travail et c’est autant de temps qu’on ne passe pas dans la communauté. Nos ressources sont déjà étirées au maximum en ce moment.»

Lors des situations les plus urgentes qui mettent à risque la survie du patient, les ambulances se rendent généralement à l’hôpital le plus proche, assure Tim Staires.

«Pour les urgences de niveau 1, comme un grave accident de la route, on s’arrêterait à Sussex pour stabiliser la victime avant de se rendre à Saint-Jean. On contourne le petit hôpital parfois dans des cas d’accidents vasculaires cérébraux ou d’infarctus, mais pas aussi souvent qu’on le dit», assure le résident de Sussex.

Le professionnel s’interroge également quant à la capacité de certains centres hospitaliers d’absorber de nouveaux patients.

«Il ne faut pas oublier que lorsqu’on parle de cas urgents la nuit dans chacun des services d’urgences ciblés, on ne dit pas qu’il y a aussi entre trente et quarante cas non urgents dont il faut aussi s’occuper.»

Pour autant, Tim Staires est conscient de la nécessité de réformer le système de santé néo-brunswickois.

«Nous reconnaissons l’ensemble des défis auxquels font face les deux régies de santé notamment en ce qui a trait à la pénurie de main-d’œuvre, souligne- t-il. Ces enjeux sont très similaires à ceux qu’éprouve le système paramédical. L’état actuel du système de santé n’est plus soutenable et nous reconnaissons que le système devra subir d’importants changements afin d’en assurer la pérennité.»

M. Mattatall est un travailleur paramédical en soins avancés basé à Moncton, l’un de ces super ambulanciers pouvant faire de «petites chirurgies sur le bord de la route» avant de transporter le patient à l’hôpital. Il craint lui aussi que la réforme force les équipes d’Ambulance NB à faire plus de route.

«Nous allons évidemment connaître des temps de transport plus élevés», avance-t-il.

Est-ce que des vies peuvent être mises à danger par la fermeture des services d’urgence? «C’est difficile à dire, répond Joel Mattatal. Les patients ne sont pas toujours dirigés vers l’hôpital le plus proche, il arrive parfois qu’on se rende directement au plus gros hôpital de la région.»

Les super-ambulanciers à la rescousse?

Contrairement aux autres ambulanciers, ce professionnel de la santé peut notamment pratiquer une trachéotomie en cas de suffocation, c’est-à-dire percer un trou dans la gorge du patient et placer un tube pour lui permettre de respirer.

Actuellement, les travailleurs paramédicaux en soins avancés ne peuvent travailler à leur niveau de compétence qu’à Saint-Jean, Fredericton, Bathurst et Moncton. L’Association des travailleurs paramédicaux du Nouveau-Brunswick, qui représente plus de 1100 ambulanciers, appelle le ministère de la Santé à organiser le déploiement de ces professionnels dans les régions touchées par la réforme.

«Prenons l’exemple d’un cas de traumatisme crânien à Port Elgin. Il est possible qu’on se rende à Sackville pour une intervention critique, illustre Joel Mattatal. Si ce n’est plus possible, il est impératif que le gouvernement déploie davantage de travailleurs paramédicaux avancés pour combler ce manque. Un travailleur paramédical avancé ne remplacera jamais un médecin, mais je crois que c’est la meilleure alternative actuellement pour que la population soit en sécurité.»

Joel Mattatall est un travailleur paramédical en soins avancés basé à Moncton. – Archives

Des 40 travailleurs paramédicaux ayant reçu une formation en soins avancés d’une année supplémentaire, seule une vingtaine ont la possibilité de mettre en application toute leur expertise.

«Actuellement, il peut traiter avec du valium un patient qui aurait une crise d’épilepsie une journée, et le lendemain il ne pourra pas le faire simplement parce qu’il n’est plus dans le même véhicule», déplore Tim Staires.

L’APNB demande est aussi que ces super-ambulanciers soient autorisés à administrer des médicaments thrombolytiques permettant de traiter un infarctus ou un accident vasculaire cérébral (AVC), comme c’est le cas en Nouvelle-Écosse.

Ambulance NB n’a pas été consultée

Le porte-parole de Medavie, Chisholm Pothier, confirme qu’Ambulance NB n’a pas pris part aux discussions entre la province et les deux réseaux de santé.

«Nous avons été prévenus qu’il y aurait une annonce. Il va falloir discuter de certains enjeux», mentionne-t-il.

Il estime cependant qu’il est encore trop tôt pour évaluer les conséquences de cette décision.

«C’est difficile à dire pour l’instant. Mais c’est certain que les personnes qui attendent à l’urgence de l’Hôpital Stella-Maris-de-Kent, par exemple, devront être transférées en soirée à Moncton. Plusieurs ambulances devront être affectées aux transferts», dit-il.

Ambulance NB doit répondre dans un délai maximal de 22 minutes à 90% des appels en milieu rural. «Pour le moment nous y arrivons 92% du temps», affirme Chisholm Pothier.

«Il va falloir gérer les délais de débarquement. Lorsqu’une ambulance arrive à l’urgence, elle y reste jusqu’à ce que l’hôpital puisse accueillir le patient. Il va falloir que tout le monde s’assoit autour de la table pour en discuter.»

Le porte-parole de Medavie souligne que le nombre de patients transportés dans ces six hôpitaux la nuit est assez faible. L’an dernier, les équipes d’Ambulance NB ont conduit 1255 personnes à l’un des établissements concernés entre minuit et 8h le matin.

«L’impact ne sera pas aussi grand qu’on pourrait le croire, déclare-t-il. Il y aura des moments où il y aura moins d’ambulances sur la route, mais nous trouverons le moyen de faire notre travail et de remplir notre obligation d’offrir le service.»