Rencontre avec quatre femmes qui ont choisi les sciences

À chaque année depuis 2015, une journée du mois de février (le 11) est dédiée aux femmes et aux filles qui oeuvrent dans les domaines scientifiques. À cette occasion, le journal a discuté avec quatre professionnelles qui s’intéressent à l’entomologie, à l’ingénierie, à la science biomédicale et à l’agroalimentaire.

Elles ont grandi en s’inspirant de femmes fortes qui ont brisé le moule, mais aujourd’hui ce sont elles les modèles.

Jessica Vickruck, Rachelle Smith, Nicole Landry et Emma-Maude Paulin nous racontent pourquoi elles ont choisi de poursuivre une carrière en sciences et ce que signifie pour elles la journée internationale qui leur est dédiée.

Plus de responsabilités pour les femmes

À l’âge de 23 ans, Rachelle Smith est devenue la première femme à gérer la ferme de la sous-station d’amélioration des pommes de terre, à Benton Ridge, près de Woodstock.

«Je gère une équipe de huit hommes et je supervise les opérations de terrain, ce qui inclut la plantation, la récolte de patates ainsi que tout ce qui a trait à la préparation des champs(…)», a-t-elle expliqué.

Mme Smith est également la plus jeune employée d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) à avoir décroché ce poste.

Elle se dit épanouie dans ce travail qu’elle pratique depuis juillet.

«En grandissant, j’ai toujours eu un intérêt pour la biologie. J’aimais surtout la nature, la façon dont elle est désordonnée, mais aussi très scientifique à la fois. C’est pourquoi j’ai décidé de poursuivre mes études en sciences et en biologie à l’Université Mount Allison.»

Mme Smith note que sa mère détient elle aussi un baccalauréat en sciences.

«Elle a été un grand modèle pour moi», a-t-elle souligné.

De plus, la jeune femme avance que ses collègues masculins chez AAC ont été une source d’inspiration importante.

«Durant mes séjours à la ferme, j’ai fait la connaissance de plusieurs professionnels, dont des biologistes et des techniciens, qui m’ont fait réaliser que c’était possible de réussir dans ce domaine au Canada.»

Mme Smith incite les femmes à ne pas hésiter à s’investir dans leurs champs d’intérêt.

«Même si les sciences ne font pas partie de vos forces, il faudrait encourager les femmes à s’engager si elles le veulent», a-t-elle souligné.

À l’avant-garde d’expertises pointues

Jess Vickruck s’intéresse aux insectes depuis sa tendre enfance.

Aujourd’hui, elle pratique la science de l’entomologie chez AAC à Fredericton où elle étudie les répercussions des insectes nuisibles et bénéfiques aux agroécosystèmes.

«Je pense que la plupart des enfants sont fascinés par les insectes, mais ça devient un peu moins cool pour les filles de s’y intéresser lorsqu’elles grandissent», a-t-elle avancé.

«C’est seulement lorsque j’ai débuté l’université que j’ai redécouvert ma passion.»

Mme Vickruck note que le domaine de l’entomologie est généralement dominé par les hommes, bien qu’un nombre grandissant de femmes se joignent à la profession.

«Je pense que les femmes ont toujours été présentes, mais historiquement, c’était l’homme qui rédigeait la littérature académique, tandis que la conjointe ou partenaire effectuait la recherche sans nécessairement être reconnue.»

Après avoir fait ses études doctorales, la scientifique s’est taillé une place au sein d’une équipe de 14 chercheurs, dont trois sont des femmes.

Un intérêt inné pour les sciences

Depuis juin 2017, Nicole Landry détient un diplôme en science de l’ingénierie chimique de l’Université Dalhousie, à Halifax.

Elle exprime que sa curiosité pour l’ingénierie s’est développée très tôt.

«Depuis que je suis petite, j’ai toujours voulu comprendre comment fonctionnaient les choses et apprendre la base de la science.»

Le père de Mme Landry est aussi ingénieur. La jeune femme relève donc que son appui a influencé son choix de carrière.

«Durant l’été de ma première année universitaire, j’ai travaillé dans un laboratoire de recherche et une de mes collègues a agi comme un modèle formidable pour moi», se souvient-elle.

Lors de son séjour à l’Université Dalhousie, à Halifax, Mme Landry s’est jointe à la Société des femmes en ingénierie (Women In Engineering Society).

La jeune professionnelle estime que le domaine de l’ingénierie se diversifie tranquillement.

De «l’espoir»

Emma-Maude Paulin ne s’est jamais posé de questions; elle a toujours su qu’elle poursuivrait un jour une carrière en science.

Ses études de sciences biomédicales à l’Université d’Ottawa lui ont finalement permis de décrocher un poste au sein de l’entreprise canadienne Biomatcan, à Fredericton.

Chez Biomatcan, Mme Paulin aide à la fabrication des Bioceramiques, une forme d’os synthétique utilisé à des fins dentaires ou orthopédiques. Il s’agit d’une nouvelle technologie pointue.

«Je dirais que mon intérêt pour la science est né en 8e année lorsqu’une de mes enseignantes nous a permis de faire des dissections.»

La jeune femme se souvient encore très bien de ce premier modèle féminin.

«Voir une femme enseigner la biologie et nous pousser d’en apprendre le plus possible à un si jeune âge, c’est quelque chose que je ne réalisais pas vraiment à l’époque, mais que j’admire énormément aujourd’hui.»

Mme Paulin affirme qu’elle a toujours été intriguée par l’aspect de changements et de découvertes en sciences.

«C’est un domaine qui évolue constamment, ce qui fait que les méthodes et les processus que j’utilise en ce moment ne seront plus les mêmes dans 20 ans.»

Sur les bancs universitaires, Mme Paulin a pu constater «de sérieux progrès» en termes de présence féminine.

«Je n’ose pas dire que le progrès est le même dans le monde de recherches et de publications qui, selon moi, sont encore largement dominé par les hommes», a-t-elle cependant précisé.

«Il reste du travail à faire quant à l’égalité des femmes, mais j’ai de l’espoir!»