Sans l’urgence la nuit, «mon père ne serait plus parmi nous»

En apprenant que les urgences de six hôpitaux seront fermées la nuit, Éric Belliveau a songé tout de suite au terrible incendie qui a ravagé la maison de ses parents. Sans les soins reçu à l’Hôpital Stella-Maris de Sainte-Anne-de-Kent, son père n’aurait pas survécu, dit-il.

La communauté de Bouctouche a été ébranlée par l’incendie qui a ravagé la maison de Jean «Dixie» Belliveau. Les flammes ont illuminé le ciel du voisinage dans la nuit du 6 au 7 septembre 2015.

M. Belliveau et son épouse Nicole ont survécu au brasier, mais un couple d’amis est resté coincé à l’intérieur de la demeure. Ils ont malheureusement péri.

Éric Belliveau, le fils de Jean, explique que son père a bravé les flammes pour tenter de sauver ses amis. Lorsqu’il est ressorti, lui et son épouse ont été transportés à l’Hôpital Stella-Maris en ambulance, un trajet de 13 kilomètres qui prend habituellement 14 minutes en voiture.

Dès son arrivée à l’urgence de la petite communauté du comté de Kent, des médecins ont introduit un tube dans la trachée de l’homme pour faciliter sa respiration. Ils l’ont ensuite transféré au CHU Dr-Georges-L.-Dumont, à Moncton.

Les médecins de Sainte-Anne ont demandé à Éric Belliveau de se rendre à Moncton pour y accueillir son père.

«Ils avaient besoin d’un membre de la famille pour l’attendre. Quand je suis arrivé à Georges-Dumont, ils l’ont installé dans une chambre.»

Jean Belliveau est resté dans cet hôpital pendant 10 jours, dans un coma artificiel.

Peu après son admission, un pneumologue a rencontré son fils.

«Il m’a dit que mon père avait été très chanceux. S’il n’avait pas reçu des soins rapides et si l’ambulance n’avait pas été à Sainte-Anne, il avait à peu près 25 minutes à vivre, et il ne se serait pas rendu à Moncton», relate Éric Belliveau.

Le jeune homme croit que le maintien des services d’urgence la nuit dans les régions rurales est essentiel.

Depuis que la nouvelle des fermetures s’est répandue, Éric Belliveau dit avoir reçu plusieurs messages d’amis médecins qui l’ont encouragé à parler ouvertement de l’histoire de son père. Ces médecins ont les mains liées, selon lui.

«Ils me disent que ça prend du monde dans la communauté pour pousser cecitte. Ils disent “nous, on n’a pas de contrôle là-dessus, ce n’est pas correct”. Si ça peut sauver une vie, le gouvernement ne devrait pas jouer avec ça. Il joue avec le feu. Je ne comprends pas.»