«Il se passe quelque chose de spécial actuellement» – Robert Gauvin

Robert Gauvin a fait fi des traditions politiques, vendredi. Plutôt que de se ranger derrière son premier ministre, Blaine Higgs, dans la réforme de la santé qui soulève énormément de controverse depuis une semaine, il a «choisi son coeur». Et son coeur, en ce jour de la Saint-Valentin, lui a dit de désormais siéger à titre de député indépendant dans Shippagan-Lamèque-Miscou.

«Dans mon coeur, si je sens que le premier ministre ne protège pas les citoyens, je dois faire quelque chose et ça s’est concrétisé jeudi. La pression était forte. Mais le plus important, c’est que tous les gens qui m’aiment et qui me respectent m’ont tous dit la même chose. Le premier ministre peut décider de mon rôle au sein du gouvernement, mais il ne peut pas décider de mon statut de député», a-t-il lancé dans ce qui a été probablement la conférence de presse la plus attendue et la plus suivie depuis plusieurs années, au Centre des congrès de la Péninsule acadienne à Shippagan.

Accueilli par une salve d’applaudissements et visiblement ému, Robert Gauvin renonce en même temps à ses fonctions de vice-premier ministre, de ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture ainsi que de ministre responsable de la Francophonie et des Sports au sein du gouvernement progressiste-conservateur minoritaire de Blaine Higgs.

Un gouvernement d’ailleurs qui ne tient plus que par un fil.

Dans un long préambule, l’homme de l’heure au Nouveau-Brunswick, parfois la gorge nouée, parfois comique, a dénoncé les manoeuvres d’intimidation et les commentaires désobligeants provenant de certains membres de son désormais ancien parti politique face au plan d’action de la santé, dont le point majeur est de fermer l’urgence de nuit dans six hôpitaux en région rurale, dont trois francophones (Grand-Sault, Sainte-Anne-de-Kent et Caraquet).

«Je suis un gars qui ne lâche pas. Je suis allé au bout de mes rêves. J’avais des ambitions aussi en politique. Mais présentement, je ne peux pas les accomplir. Jeudi, j’ai été intimidé par mon propre parti. Tous ceux qui m’ont appelé, et ils ont été nombreux, avait le même message: je travaille pour Shippagan, pourquoi je travaille pour Caraquet?», a-t-il expliqué, en demandant à la communauté de se réveiller et «d’arrêter de se regarder le nombril».

Cependant, plusieurs autres communications d’appui ont pu contrebalancer les sentiments ambivalents du député. Nombreux lui ont demandé de ne pas les laisser tomber dans ce dossier.

«Il se passe quelque chose de spécial actuellement. La dernière campagne électorale a divisé la province. Depuis, je cherche un projet rassembleur. Nous avons la chance de rallier le Nord et le Sud parce que ce sont les milieux ruraux qui ont été attaqués avec cette réforme», a-t-il déclaré, en notant entre autres le fait que la Municipalité régionale de Tracadie ait appuyé la Ville de Caraquet.

L’idée de devenir un simple député d’arrière-ban, sans voix, au sein du gouvernement Higgs n’était pas une option pour cet homme depuis qu’il a ouvertement critiqué le nouveau plan d’action en santé, en rappelant qu’il n’y avait pas de vote sur ce sujet à l’Assemblée législative.

«En sortant publiquement contre la réforme, je savais que je n’avais plus d’avenir dans le cabinet. En étant un député d’arrière-ban et être juste là, j’aurais eu beaucoup moins de poids de négociation qu’en étant indépendant avec la balance du pouvoir. Là, j’ai un pouvoir de marchander. Il ne reste plus que 27 jours et le temps presse», a-t-il jugé.

S’il respecte le geste de son collègue Bruce Northrup, qui a choisi de rester dans le parti malgré son opposition à la réforme, Robert Gauvin croit que cela ne va rien donner «de se battre de l’intérieur».

Pas question non plus de traverser le parquet de l’Assemblée législative pour aller rejoindre les libéraux ou encore les verts.

Et quand on lui a demandé s’il ne joue pas le jeu du gouvernement Higgs qui cherche par tous les moyens possibles de retourner en élections, Gauvin a été clair.

«Je ne joue jamais de jeu. Quand je fais quelque chose, je le fais avec mon coeur. Les spectacles, c’était avant. Là, c’est la vraie vie», a-t-il conclu.