Le ministre Gauvin démissionne et siègera comme indépendant

Le député de Shippagan-Lamèque-Miscou, Robert Gauvin, confirme qu’il siégera désormais comme indépendant à l’Assemblée législative à Fredericton. Il en a fait l’annonce entouré de sa famille, vendredi matin, lors d’une conférence de presse très courue, au Centre des congrès de la Péninsule acadienne à Shippagan.

Il renonce en même temps à ses fonctions de vice-premier ministre, de ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture ainsi que de ministre responsable de la Francophonie et des Sports au sein du gouvernement progressiste-conservateur minoritaire de Blaine Higgs.

Il a déclaré que s’il était resté dans le caucus progressiste-conservateur, il aurait de toute de façon perdu ses fonctions ministérielles pour devenir un «simple» député d’arrière-banc. «Je n’aurais plus eu de voix».

Cette décision – qui compromet la survie du gouvernement de Blaine Higgs – survient moins de 72 heures après qu’il se soit opposé au plan d’action des deux réseaux de santé qui va notamment fermer l’urgence de nuit dans six hôpitaux en région rurale, dont trois francophones (Grand-Sault, Sainte-Anne-de-Kent et Caraquet).

«Hier, j’ai été intimidé par mon propre parti», a-t-il mentionné en référence aux militants conservateurs qui ont tenté de l’influencer en lui disant que les gens de sa circonscription ne seraient pas directement affectés.

«Il faut arrêter de se regarder le nombril. Cette décision est une attaque sur la ruralité», a-t-il dit sous les applaudissements, tout en se réjouissant de la solidarité des municipalités de la Péninsule dans ce dossier. Les villes de Tracadie et Shippagan, entre autres, ont donné leur appui à Caraquet dans sa lutte.

Le député a relaté plusieurs conversations téléphoniques qu’il a eues avec des gens d’affaires, des médecins et des personnalités politiques des six régions touchées qui l’ont imploré de ne pas les laisser tomber.

«Le Parti conservateur n’est plus le parti de mon père», a-t-il lancé en référence à Jean Gauvin, qui fut lui aussi ministre dans les années 1980.

Le poids du Nord

Blaine Higgs a réagit au départ de M. Gauvin lors d’un point de presse à Fredericton. Il était accompagné de son épouse et de quatre ministres.

Le premier ministre a confié ne pas savoir qui sont ceux qui auraient «intimidé» M. Gauvin pour le convaincre de rester dans le caucus progressiste-conservateur.

«Je sais que Robert sentait le poids d’être le seul représentant francophone dans notre gouvernement. Il sentait le poids d’une région entière et ça n’a pas été facile. Je reconnais ça. Lui et moi en avons déjà parlé dans le passé. Il avait le poids du nord de la province sur ses épaules.»

M. Higgs a nié avoir montré la porte à son vice-premier ministre lors de leur conversation jeudi soir.

«Je ne l’ai pas fait, mais c’est ce qu’il voulait que je le fasse pour lui donner une façon facile de s’en sortir. »

Il a affirmé avoir offert à M. Gauvin la possibilité de faire entendre ses doléances, mais en soulignant toutefois qu’il ne pouvait pas avoir la même liberté au sein du cabinet qu’un simple député d’arrière-ban.

«Je lui ai dit que le processus pour moi, c’était de trouver une voie vers l’avant parce que ne rien faire n’est pas une option. Nous devons régler ça.»

Blaine Higgs n’a pas décidé qui remplacera Robert Gauvin à titre de ministre du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture.

Un autre député conservateur, Bruce Northrup, s’est lui aussi prononcé contre cette mesure qui vise à atténuer la pénurie de main-d’oeuvre. Mais il a décidé de rester dans les rangs du parti.

Gouvernement en danger

Le départ de Robert Gauvin porte un dur coup au gouvernement minoritaire du premier ministre Blaine Higgs. Le retrait du député devenu indépendant place désormais libéraux et conservateurs à égalité avec 20 députés à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick.

De plus, comme le président de l’assemblée est libéral, celui-ci pourrait renoncer à sa fonction pour rejoindre son parti et forcer un progressiste-conservateur à prendre sa place. Cette manoeuvre donnerait aux libéraux un avantage de 20 à 19 en chambre.

Jusqu’ici, le gouvernement minoritaire se maintenait au pouvoir grâce au soutien des trois députés de l’Alliance des gens, mais son chef Kris Austin a fait savoir vendredi qu’il n’excluait pas la possibilité de retirer sa confiance.

« C’est au premier ministre de prendre la décision, a déclaré M. Austin. Fermer les urgences aura un impact important sur les gens en secteurs ruraux. Quel est le plan de rechange? »