Saint-Quentin solidaire des régions frappées par la fermeture des urgences

Il n’y a pas si longtemps, les citoyens de Saint-Quentin et de l’ensemble du Restigouche-Ouest se battaient pour le maintien de services à l’intérieur de son hôpital. Aujourd’hui, c’est avec solidarité que l’on soutient les communautés rurales aux prises avec un combat similaire.

Exemple par excellence de la résistance en milieu rurale au cours des dernières années, l’hôpital Hôtel-Dieu-Saint-Joseph de Saint-Quentin est aujourd’hui l’un des rares petits hôpitaux de la province épargnés par le couperet de Fredericton. Ce dernier conservera en effet son urgence 24/7. Mais à l’heure où tant les réseaux de santé Vitalité et Horizon que le gouvernement conservateur se disent prêt à tout mettre sur la table pour augmenter l’efficacité (et diminuer la facture) des soins de santé, on ne dort plus que sur une oreille dans le Restigouche-Ouest.

Jointe au téléphone, la mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers, avoue qu’elle a été surprise de constater que son hôpital ne figurait pas dans le lot des six. En fait, dès qu’elle a entendu la rumeur de compressions au niveau des urgences en milieux ruraux, elle était persuadée que le sien figurait en tête de liste. Elle n’a pas caché également qu’elle aurait préféré demeurer discrète dans tout ce débat.

«Pour une fois que nous ne sommes pas touchés, j’aurais envie de dire: chut, ne parlez pas de nous, on ne fait pas de bruit, ils nous ont oubliés! Mais même si je le voulais, je ne pourrais pas me taire. Car ça me fait mal au cœur de voir tout ce qui arrive. Ça nous replonge dans un cauchemar pas si lointain», affirme-t-elle.

De par leur combat, elle et sa population n’ont aucune difficulté à se mettre dans la peau des gens de Caraquet, Grand-Sault, Saint-Anne-de-Kent, et des autres régions affectées.

En fait, elle sait exactement comment les gens de ces six communautés se sentent. Et lorsqu’elle les voit s’organiser, elle se sent soudainement moins seule.

«On a souvent dit que les gens de notre région descendaient rapidement dans la rue pour manifester, mais quand on s’en prend à quelque chose d’aussi précieux que la santé, on n’a pas le choix de réagir. On l’a fait et c’est en train de se faire maintenant ailleurs. Faire des coupures au détriment des vies, ça ne se fait pas, et ce n’est pas parce que ça n’arrive pas chez nous que c’est plus acceptable, que notre discours va changer», dit-elle.

Mme Somers ne peut néanmoins s’empêcher de se demander pourquoi son urgence n’a pas été touchée.

«Est-ce que le Réseau de santé Vitalité aurait enfin compris notre situation géographique particulière, notre spécificité? C’est certain que je suis contente pour ma communauté, mais je ne peux faire autrement que de me demander ce qui nous attend dans le détour. Aujourd’hui, on demeure sur le pied d’alerte», exprime-t-elle, notant néanmoins qu’il serait difficile de réduire davantage les services à son hôpital, celui-ci fonctionnant déjà au strict minimum.

Selon la mairesse, la mesure touchant les urgences des six hôpitaux est par ailleurs d’autant plus troublante qu’outre de mettre la vie de citoyens en danger, le gouvernement nuit sciemment au développement des régions.

«Au lieu d’encourager les gens à venir travailler en région, on s’attaque constamment aux services. Comment, dans un tel contexte, pouvons-nous espérer attirer ou retenir des gens dans nos régions rurales? Ça ne se fait pas», estime-t-elle.