Une semaine «horrible» pour Robert Gauvin et son épouse

La dernière semaine a été pénible pour Robert Gauvin, désormais député indépendant dans Shippagan-Lamèque-Miscou, et sa famille.

Mais l’annonce de vendredi a libéré un énorme poids sur les épaules du politicien. Une annonce qui se veut aussi un cadeau de Saint-Valentin à sa femme, Émilie Labranche.

«La dernière semaine a été vraiment difficile. Ça n’a pas été une belle semaine. On a eu de grosses discussions, mais ç’a été la chose à faire. Je suis extrêmement fier de Robert. On en a parlé beaucoup et la dernière semaine a été horrible. Mais pas juste la dernière semaine; depuis deux ans, je vois Robert qui se démène et qui travaille fort sans obtenir les résultats qu’il souhaitait. Cette fois-ci, il n’avait pas le choix», a-t-elle accepté de commenter après une conférence de presse très émotive.

«Jamais il n’a été question qu’il démissionne de son poste de député. Jamais. Robert est député de Shippagan-Lamèque-Miscou et cela n’a jamais été abordé. Un gros poids qui vient de s’enlever de sur nos épaules? Je ne dirai pas non. Nous avons pris cette décision et nous irons jusqu’au bout», a-t-elle ajouté.

Robert assure que la dernière semaine s’est bien passée en famille. Lui et Émilie ont eu de nombreuses discussions franches et le couple a pu épargner les enfants de tout ce brouhaha. Et il a moins pleuré qu’il ne l’aurait pensé, a-t-il concédé.

«On les a peut-être laissés jouer aux jeux vidéo un peu plus qu’à l’habitude, admet-il en rigolant. Ç’a été extrêmement dur, on ne se le cachera pas. Mais je ne pouvais plus me regarder dans le miroir», a-t-il avoué.

Lorsqu’il a été élu, Robert a pensé avec émotion à son défunt père, Jean Gauvin, ancien ministre sous le gouvernement Hatfield. Vendredi, il a senti sa présence.

«Il serait vraiment heureux de mon geste. Il ne se reconnaîtrait plus dans ce parti. Ce n’est plus le parti de mon père.»

Un appui unanime

Courageux. Colossal. Héroïque. Historique. Ces qualificatifs sont constamment revenus de la bouche de différents intervenants de la scène acadienne, vendredi, à la suite de la décision de Robert Gauvin de siéger dorénavant à titre de député indépendant dans Shippagan-Lamèque-Miscou.

Le maire de Caraquet, Kevin Haché, s’est dit très ému du geste de l’ancien vice-premier ministre.

«C’est un geste colossal. On s’est battu ensemble aux dernières élections et il a eu la chance d’être élu. Il veut défendre les gens, il veut défendre le Nouveau-Brunswick et aujourd’hui il a pris la décision de défendre le Nouveau-Brunswick rural. Il faut maintenant mettre les bouchées doubles pour renverser ce gouvernement avant le 11 mars. Ce parti n’a pas écouté la population et aujourd’hui, ce n’est plus mon parti. Je ne peux pas demander la démission du premier ministre, mais il y aura bientôt une élection et les gens décideront», a-t-il souligné, en étant convaincu que ce geste va changer la donne face à la réforme de la santé.

La conseillère municipale de Caraquet, Marie-Soleil Landry, a été une des premières à appeler Robert Gauvin à l’aide. Elle n’a pas été déçue.

«Il n’a pas seulement sauvé Caraquet, il a sauvé des vies grâce au geste qu’il vient de poser, croit-elle. Je ne savais pas ce qui allait se passer aujourd’hui. Pour une fois, les gens et la santé ont été mis à l’avant-plan dans sa décision.»

La mairesse de Shippagan, Anita Savoie Robichaud, a trouvé dommage que son député en soit rendu là, mais elle appuie totalement sa décision, tout comme les citoyens de la circonscription.

«Ça m’a paru purement réfléchi, convient-elle. Je crois qu’il aura plus de pouvoir maintenant. Cela aura assurément un effet sur la suite des choses, surtout avec les rumeurs d’élections. Ça va probablement faire reculer notre projet de nouveau pont. Mais cela a pris un grand courage politique de sa part.»

Robert Melanson, président de la Société acadienne du Nouveau-Brunswick, a levé son chapeau au député nouvellement indépendant.

«Il a fait ce pour quoi les gens l’ont élu. Il a agi pour son monde, comme tous les députés devraient faire. C’est un geste politique très courageux, qui démontre ce qu’il y a dans la personne. Il s’est fait élire pour défendre la population, pas le pouvoir des puissants», a-t-il apprécié.

Les députés libéraux Isabelle Thériault et Denis Landry ont salué le grand courage de leur confrère.

«C’est un geste d’un grand courage. Il a pris position pour l’hôpital de Caraquet et je le remercie pour ça. Il a certainement eu une semaine difficile et une année difficile au sein d’un gouvernement qui ne lui ressemblait pas et un chef qui ne l’écoutait probablement pas», a stipulé Mme Thériault.

«C’est un geste héroïque pour la région et pour la prochaine, a enchaîné Denis Landry. Ce gouvernement attaque la ruralité du N.-B. Ce que Robert a fait aujourd’hui va passer à l’histoire. Ça va changer le jeu et on espère que Robert saura évoluer dans ce nouveau monde. Je ne sais pas s’il a été approché par notre parti, mais je serais certainement capable de travailler avec lui. Il a risqué son avenir et ça prend beaucoup de courage.»

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arsenault, a honoré la position de son ami.

«Je n’aurais pas voulu être dans ses souliers, révèle-t-il. Mais je vois un homme heureux, sincère et serein avec sa décision. Je ne pourrais être plus content pour lui. Il faut que la politique change et partir de la population. C’est une journée historique et révolutionnaire, car ce message commence à faire son chemin. J’espère que c’est le début d’une nouvelle culture politique.»