Coronavirus: le rôle potentiel de la chauve-souris est élucidé

Le système immunitaire des chauves-souris est si efficace que les virus qui infectent l’animal n’ont d’autre choix que de se reproduire à pleine vapeur pour essayer de survivre, ont constaté des chercheurs de l’Université de la Californie à Berkeley.

Cette réponse immunitaire féroce empêche les chauves-souris d’être malades, mais elle prépare aussi les virus à causer des ravages s’ils sautent à une espèce – comme l’humain – dont le système immunitaire n’est pas aussi performant, ajoutent-ils dans le journal scientifique eLife. Cela pourrait expliquer pourquoi des problèmes de santé comme le syndrome respiratoire aigu sévère, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient, l’Ebola, la maladie de Marburg et maintenant le Covid-19 semblent souvent passer par la chauve-souris avant d’arriver à l’humain.

« Depuis un certain temps, on s’est rendu compte que la chauve-souris a comme une résistance naturelle pour plusieurs infections virales, a expliqué Carl Gagnon, un spécialiste des maladies virales animales qui enseigne à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal. C’est (…) une espèce animale qui peut héberger plusieurs virus sans nécessairement qu’elle en soit infectée. »

En présence d’un envahisseur, le système immunitaire des chauves-souris produit presque instantanément de l’interféron alpha, une molécule qui prévient toutes les cellules de se préparer au combat avant qu’elles ne soient envahies par un virus.

Lors d’expériences en laboratoire, cette alerte rapide a permis à certaines cellules de chauve-souris de se prémunir contre une infection par le terrifiant virus de l’Ebola. L’effet pervers de cette protection est qu’elle permet au virus de persister dans l’organisme de la chauve-souris, et donc de continuer à se reproduire, sans la tuer.

« Dans l’étude, ils semblent dire que la chauve-souris est comme une superchampionne pour produire de l’interféron, a précisé M. Gagnon. Si on compare entre les différentes espèces, ça peut expliquer pourquoi elle est capable de combattre de façon plus agressive les infections virales.

« Mais l’interféron c’est une molécule que tous les mammifères ont. Peut-être que celle de la chauve-souris est synthétisée plus rapidement, en plus grandes quantités, mais elle peut être aussi beaucoup plus efficace, donc c’est sûr que ça a un impact dans la réponse antivirale. »

Environnement envahi

Les chercheurs américains ont constaté que les chauves-souris dont l’environnement est envahi sont plus stressées et commencent à rejeter plus de virus dans leur salive et leurs excréments, multipliant les risques de transmission à une autre espèce.

M. Gagnon et son collègue Jean-Pierre Vaillancourt _ le directeur adjoint de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal et lui aussi professeur à la faculté de médecine vétérinaire _ s’entendent d’ailleurs pour dire qu’il ne faut pas sous-estimer l’impact d’une plus grande proximité entre humains et animaux.

« L’émergence de pathogènes infectieux provenant de la faune, ce n’est pas un phénomène nouveau, mais c’est un phénomène qui semble être en croissance, a dit M. Vaillancourt. Mais tout est en croissance: la population mondiale est en croissance, la population animale est immense, on aboutit dans les territoires où on n’allait pas avant, entre autres avec les changements climatiques. Soit volontairement ou involontairement, on va aller envahir des écosystèmes qu’on laissait tranquilles avant. »

M. Vaillancourt estime aussi qu’il n’est « pas surprenant » que de telles éclosions se produisent en Chine, puisque « dans (la) culture chinoise, entre autres ils ont beaucoup de marchés d’animaux vivants, alors ça joue un rôle important, des grandes densités animales et des densités humaines spectaculaires ».

Environ 60 % des quelque 1500 maladies infectieuses que l’on retrouve chez l’humain sont des zoonoses, a rappelé M. Vaillancourt,

à savoir des maladies que se partagent les animaux et l’être humain. De plus, dit-il, depuis quelques décennies, environ 75 % des nouvelles maladies émergentes affectant l’humain sont d’origine animale.

« Le fait qu’on ait une émergence de cas qui proviendraient de la chauve-souris _ on n’a pas eu seulement le coronavirus, on a eu des éclosions d’autres types de virus _ c’est en fait la proximité qu’on a de plus en plus avec les chauves-souris, de façon directe ou indirecte, a renchéri M. Gagnon. Faut regarder l’écosystème dans son ensemble. Je ne pense pas que les virus n’étaient pas là avant. C’est juste que là on a plus de risques d’être en contact. »

La population mondiale, en 2020, est non seulement vieillissante en raison des progrès de la médecine, mais aussi plus fragile, plus mobile et plus en contact avec la nature, rappelle M. Vaillancourt, ce qui « créé des opportunités (…) pour des des pathogènes comme ça de s’exprimer ».

La crise actuelle du coronavirus pourrait donc n’être qu’un aperçu de ce qui nous attend.

« Le H5N1 ne s’est jamais exprimé au niveau pandémique parce qu’il (le virus) n’a pas encore trouvé le moyen d’être facilement transmis entre êtres humains, ce qui est différent du coronavirus, a-t-il prévenu. S’il avait fallu que ce virus-là, ce qui est encore possible, se transforme et devienne facile de transmission entre êtres humains, ben là ça peut être spectaculaire. »