Accident de motoneige: controverse autour de l’intervention des ambulanciers

«Pourquoi les ambulanciers ont-ils refusé de se rendre sur les lieux de l’accident?»

C’est la question que pose le conseiller municipal de Dalhousie, Kevin Lavigne à Ambulance NB en lien avec un accident de motoneige survenue dans cette municipalité et qui s’est soldé par la mort d’un jeune homme âgé de 21 ans. Mardi soir, il a tenu à dénoncer cet incident, et ce, en pleine réunion publique de conseil.

L’incident s’est produit le 17 janvier dans un sentier derrière la rue Cameron. Le conducteur de l’engin s’adonnait à faire du hors-piste lorsque son engin est resté coincé. En essayant de le déprendre, une défaillance mécanique lui a infligé une blessure qui s’est avérée mortelle.

Ce sont les pompiers qui sont arrivés sur les lieux en premier.

«Nous avons reçu l’appel du 911 comme quoi Ambulance NB requérait notre assistance pour un possible cas d’extraction (d’un corps) en forêt. Bizarrement, pourtant, à notre arrivée, l’ambulance n’était pas sur place. Ce sont donc nos pompiers qui sont allés sur la scène et qui ont prodigué les premiers soins à la jeune victime», a raconté au journal M. Lavigne, lui-même pompier volontaire au sein de la brigade de Dalhousie.

Il était d’ailleurs présent au moment des faits.

L’ambulance est finalement arrivée quelques minutes plus tard. Les deux ambulanciers à bord auraient toutefois, selon M. Lavigne, refusé de se rendre sur la scène prétextant ne pas avoir les habits d’hiver adéquats pour intervenir à l’extérieur par grand froid, ceux-ci étant restés à la base de Campbellton.

Selon les témoins, il faisait environ -30 degrés cette journée. Les ambulanciers auraient aussi refusé des vêtements chauds offerts par les pompiers ainsi qu’un transport par traîneau et motoneige jusqu’au lieu de l’accident, disant craindre pour leur propre sécurité.

«On ne voudrait pas que ça nous arrive à nous également, avoir un accident. C’est ce qu’ils nous ont dit, et c’est inacceptable», explique le conseiller Lavigne.

M. Lavigne concède qu’en raison de la gravité des blessures de la jeune victime, même une intervention rapide des ambulanciers n’aurait probablement rien changé à l’issue de la tragédie.

Mais cela n’excuse en rien selon lui le comportement des paramédicaux d’Ambulance NB. Il déplore ce qu’il qualifie de grand manque de professionnalisme.

«Ils auraient dû se rendre sur place, analyser la situation eux-mêmes, prodiguer les premiers soins. Mais ils n’ont pas levé le petit doigt. Mais les pompiers ne sont pas des paramédicaux, ce n’est pas notre travail», dit-il.

M. Lavigne a lui-même été un employé paramédical pendant quinze ans. Il confie que jamais il n’a refusé de se rendre sur la scène d’un accident.

«Je n’aurais pas été capable de vivre avec ça sur la conscience, sachant que quelqu’un était en détresse en forêt et que j’ai refusé de faire mon travail, d’aller l’aider», ajoute-t-il.

Plainte

M. Lavigne dit avoir voulu attendre que la poussière retombe et que les funérailles du jeune homme soient chose du passées avant de revenir sur les coulisses de ce drame. Aujourd’hui, le conseil municipal de Dalhousie entend porter plainte contre Ambulance NB.

Pour le maire Normand Pelletier, cet épisode ne vient que rajouter aux propos de la Ville qui dénonce depuis un moment déjà les lacunes du service ambulancier dans sa communauté, voire dans la région entière du Restigouche-Est et Centre.

«On n’a pas un service adéquat. On le répète depuis longtemps maintenant et ça, ce n’est qu’une autre preuve de cette réalité», estime le maire, comparant cette situation à celle de pompiers qui refuseraient de se rendre sur les lieux d’un incendie.

«Cette situation n’est pas acceptable et on ne va pas en rester là. Ce n’est pas à nos pompiers bénévoles de faire le travail des ambulanciers. Ils sont là en appui, pas pour faire le travail à leur place», persiste et signe le maire.

L’ironie dans tout cela, c’est que la brigade de Dalhousie a déjà reçu un coup de fil d’Ambulance NB… pour se plaindre de leur intervention.

«Il y avait beaucoup d’émotion cette journée et un de nos gars qui a pratiqué les manœuvres de réanimation sur la victime n’a pas digéré de voir les paramédicaux bien au chaud dans notre camion plutôt que sur le terrain, aux côtés de la victime. Il n’a pas été tendre envers ceux-ci et à vrai dire, je ne le blâme pas. Mais de recevoir un coup de fil comme ça d’Ambulance NB, remettant en cause notre professionnalisme, c’est incroyable», souligne M. Lavigne.

Ambulance NB se défend

Ambulance NB a réagit à ces allégations en défendant vigoureusement l’intervention de son équipe. Selon Jean-Pierre Savoie, vice-président de l’organisation, cet événement est marqué par une série de malentendus soutenus et amplifiés par une forte charge émotive.

Selon lui, les travailleurs paramédicaux ont dû faire face à une situation chaotique, se retrouvant en présence des premiers intervenants et des amis de la victime visiblement bouleversés.

Il soutient que les premières informations reçues laissaient entendre que le patient se trouvait à proximité de la route. En réalité, c’était davantage un kilomètre.

«Il s’agissait d’une situation de sauvetage en endroit éloigné nécessitant un équipement spécialisé. La GRC a été appelée à intervenir sur les lieux pour tenter d’obtenir l’équipement de sauvetage approprié», note M. Savoie.

Ce dernier souligne que l’un des principes d’Ambulance NB consiste à veiller non seulement à la sécurité de la victime, mais aussi à celle de l’ensemble des individus présents dans le but d’éviter la multiplication des patients.

«Ce soir-là, l’émotion était à son comble et il a été décidé que les travailleurs paramédicaux ne pouvaient intervenir sans risques», indique-t-il.

Il ajoute que ses employés sont demeurés sur place afin d’évaluer un patient en proie à une détresse émotionnelle.

«L’élément central de cette discussion demeure toutefois le décès d’un jeune homme et la souffrance éprouvée par une famille et une communauté en deuil», exprime M. Savoie, profitant de l’occasion pour exprimer ses condoléances à la famille.