Des manifestants bloquent une voie ferrée à Moncton

Vendredi après-midi, des drapeaux acadien, micmac et de la première nation Wet’suwet’en flottaient dans le ciel de février, au beau milieu du chemin de fer situé au coin du chemin Caledonia et de l’avenue MacNaughton.

Ils étaient une dizaine, venus rejoindre le mouvement de solidarité à la nation Wet’suwet’en, qui paralyse le réseau ferroviaire canadien depuis plus de deux semaines.

Les manifestants se joignent au mouvement de solidarité à la nation Wet’suwet’en, qui paralyse le réseau ferroviaire canadien depuis plus de deux semaines. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«Pas de pipeline sur des terres non cédées», «Protégeons notre mère la terre», «L’eau c’est la vie», «Je veux qu’on me rende ma terre», tels étaient les slogans inscrits sur les pancartes installées pendant quelques heures.

L’une des organisatrices, Melissa Hébert, dit avoir été rejointe par des résidents d’Elsipogtog, de Moncton et de l’Île-du-Prince-Édouard.

Leurs revendications incluent une révision du processus de consultations lors de projets énergétiques. «Nous sommes ici en soutien à la nation Wet’suwet’en. Nous nous tenons debout pour faire respecter les traités, car les traités non protègent tous.»

Elle ajoute que son groupe a ciblé Moncton car la ville représente un point névralgique pour le transport de marchandises dans les Maritimes.

«Moi je suis venue pour supporter la planète, je ne suis pas ici pour moi, je suis ici pour mes petits-enfants», a souligné une autre manifestante, chaudement emmitouflée, un drapeau acadien entre les mains.

Les participants se sont d’abord dits déterminés à maintenir le campement pendant trois jours. Ils avaient prévu le nécessaire en apportant avec eux de la nourriture, de l’eau et du bois pour alimenter leur feu de camp.

Peu après leur arrivée, le service de police du CN les a informés que le blocage d’une voie ferrée est illégal. Aux alentours de 16h, un shérif accompagné d’agents de la GRC a présenté au groupe une injonction de la cour leur demandant de quitter l’endroit.

Les manifestants se sont finalement exécutés et ont évacué vers 17h.

Leur action se veut un geste de soutien à des membres de la nation Wet’suwet’en qui s’opposent au projet de gazoduc en construction entre Dawson Creek et Kitimat, en Colombie-Britannique.

Ce projet doit permettre de transporter, en vue de son exportation vers l’Asie, du gaz naturel qui serait liquéfié dans une usine située sur la côte Pacifique.

Les chefs héréditaires affirment qu’ils sont les seuls à pouvoir consentir à un gazoduc qui traverse leur territoire ancestral, qui n’a jamais été cédé par traité. De leur côté, 20 conseils de bande, dont 5 conseils de bande Wet’suwet’en ont approuvé le projet et le tracé.

Des manifestations et des blocages à l’échelle du pays ont fait suite à la décision de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de faire appliquer une injonction plus tôt ce mois-ci contre les chefs héréditaires et leurs partisans, qui avaient bloqué une route d’accès à un chantier de Coastal GasLink en Colombie-Britannique; 28 personnes avaient été arrêtées, dont un chef héréditaire.

Au moment où ces lignes étaient écrites, aucune intervention policière n’était en cours ou annoncée. Seul le service de police du CN était présent sur les lieux.

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a déclaré que les blocages qui paralysent le transport ferroviaire au pays doivent cesser immédiatement. Il considère que le fardeau de la résolution de la crise repose désormais sur les épaules des chefs héréditaires wet’suwet’en, car, dit-il, son gouvernement a épuisé toutes les options pour la régler de façon pacifique.

La veille, Blaine Higgs a participé à une conférence téléphonique avec ses homologues provinciaux et le premier ministre Justin Trudeau pour échanger sur l’évolution de la crise.

«La situation s’est détériorée et touche maintenant toutes les provinces», souligne M. Higgs qui espère que les démarches d’Ottawa porteront fruit rapidement. «Aucun d’entre-nous ne veut en arriver à une réponse militaire. Il faut en arriver à une résolution, on ne peut pas mettre à l’arrêt notre économie.»