Le programme de prévention de la tordeuse fonctionne, mais le combat est loin d’être terminé

Les efforts préventifs mis de l’avant pour contrer la propagation de la tordeuse du bourgeon de l’épinette au Nouveau-Brunswick connaissent un succès indéniable. Mais la vigilance demeure de mise alors que l’épidémie est toujours virulente dans l’est du Québec.

La propagation de la tordeuse est contenue pour le moment derrière la frontière du nord de la province, mais le risque de nouveaux épisodes de dispersions de masse est bien réel. De là l’importance de rester sur le qui-vive, donc de poursuivre les efforts de monitorage et d’éradication de la menace. Car depuis 2013-14, dates des premières infestations au Nouveau-Brunswick, ces efforts ont prouvé leur efficacité.

C’est du moins le message des scientifiques du Centre de foresterie de l’Atlantique, une division de Ressources naturelles Canada. Ceux-ci ont tenu des sessions publiques d’informations à Campbellton et à Edmundston dernièrement afin de faire le point sur l’épidémie de cet insecte ravageur dans la province.

Ainsi, cette année, on prévoit poursuivre la pulvérisation des insecticides biologiques qui s’attaquent à ces larves destructrices qui se nourrissent des bourgeons d’épinettes et causent leur défoliation.

L’an dernier, seulement 10 000 hectares de forêt ont été traités. Pour 2020, on parle d’une légère augmentation, soit 30 000 hectares. On est loin des 220 000 hectares traités en 2017, année suivant la première dispersion de masse d’importance.

«Il y a deux ans, nous avions environ 110 hotspots, donc des zones où l’on observe sept larves et plus (de tordeuse) par branche. L’an dernier, ce nombre est descendu à seulement dix, et 17 ont été identifiés pour 2020. On est donc très loin de la situation de 2017-2018. On semble avoir atteint une stabilité. On ne voit pas énormément de mortalité au niveau des arbres. C’est très encourageant et on serait vraiment content si ça pouvait demeurer comme ça», explique Rob Johns, écologiste des insectes forestier au ministère des Ressources naturelles du Canada et de l’organisme Partenaire pour une forêt en santé.

La crainte des scientifiques, c’est l’arrivée d’une autre vague importante de papillon sur le territoire (épisode de dispersions de masse) comme cela s’est produit dans le Restigouche en 2016 et 2017.

Car le Nord est définitivement la zone la plus à risque de la province pour le moment, et ce, en raison de sa proximité avec le Québec où l’épidémie atteint 9,6 millions d’hectares de terres forestières. Ce territoire infesté est plus vaste que la province du Nouveau-Brunswick en entier.

Cette année, les opérations devraient avoir lieu notamment dans le territoire situé à l’arrière de Balmoral, la région de Belledune ainsi qu’au Nord-Ouest (près de la frontière avec le Québec).

«L’idée c’est vraiment de contenir la menace afin d’éviter que le plus possible les impacts négatifs sur le territoire touché, mais aussi pour réduire les risques que ça se propage au reste de la province. On ne voit pas beaucoup de mortalité d’arbres ici, mais on n’a pas besoin d’aller bien loin pour en voir. Tout juste de l’autre côté de la frontière, à Nouvelle et à Causapscal, on le voit très bien», explique-t-il.

Selon lui, cette réalité est la preuve que l’intervention précoce fonctionne, mais aussi que la province doit être sur ses gardes, l’infestation étant encore très intense dans la Belle province, notamment dans le Bas-Saint-Laurent, la Côte-Nord et la Gaspésie.

Cela dit, loin de lui l’idée de blâmer la province voisine.

«Le Québec n’est plus dans la même phase que nous, et ce, depuis longtemps. Par endroit, ils peuvent retrouver entre 100 et 200 larves par branche, ce qui est immense. Et c’est pour cela que la défoliation est importante», indique M. Johns.

L’infestation ayant atteint ce stade, l’épandage d’insecticides n’aurait pas la même efficacité qu’au Nouveau-Brunswick selon le scientifique.

«Ils ne restent toutefois pas les bras croisés. Ils ont des stratégies qu’ils mettent de l’avant pour contenir la propagation, mais c’est tellement dense que ça prend plus de temps à faire effet», dit-il.

Scientifiques recherchés

Emily Owens est responsable du programme de surveillance de la tordeuse, programme qui demande la participation du grand public.

Quelque 150 «scientifiques amateurs» dispersés un peu partout dans la province collectent ainsi des échantillons de papillons de la tordeuse. L’objectif est de se tenir au courant des populations, si celles-ci sont à la hausse ou à la baisse, stables ou en migration. Plus il y a de papillons récoltés, plus les chances d’observer des larves et des défoliations sont grandes l’année suivante.

«Les gens posent des pièges dans leur cours, leur chalet, leurs camps en forêt. Une fois par semaine, ils vérifient leurs trappes et nous avisent. De cette façon, on a une bonne idée de ce qui se passe selon les régions», indique Mme Owens.

Celle-ci recherche d’ailleurs de nouveaux participants au programme, notamment d’Edmundston jusqu’à Dalhousie.

«La première ligne de défense lorsque l’on fait face à une infestation, c’est de savoir où se situe les agents propagateurs, de sorte à pouvoir mieux choisir et cibler les actions. Et le programme de vigilance citoyenne aide énormément à cela. Celui-ci en est à sa cinquième année et ce qu’il nous a fourni comme données est extrêmement important dans notre dans notre lutte, voire même nous permettre d’identifier des zones plus sensibles», ajoute-t-elle.