Agression d’infirmières: la défense pourrait demander l’arrêt du procès

L’avocat qui défend l’homme d’Acadieville accusé d’avoir agressé deux infirmières au CHU Dumont pourrait demander la tenue d’un nouveau procès en raison d’une apparence de conflit d’intérêts chez la juge Yvette Finn.

La Dre Manon Leroux, médecin de famille d’une infirmière agressée par Bruce Randolph «Randy» Van Horlick, allait témoigner sous serment jeudi matin. Elle devait décrire l’état de santé de l’infirmière Natasha Poirier après l’agression subie le 11 mars 2019.

On a toutefois appris que la juge Yvette Finn aurait été l’avocate de la Dre Manon Leroux, il y a une vingtaine d’années, pour l’écriture d’un contrat de mariage. La procureure de la Couronne, Marie-Andrée Mallet, aurait oublié d’en aviser la défense jeudi matin.

Selon l’avocat qui défend M. Van Horlick, Nathan Gorham, cela place la juge dans une situation de conflit d’intérêts «intenable» puisqu’elle devrait alors juger de la crédibilité du témoignage d’une ancienne cliente.

La juge dit ne pas se souvenir de ces événements.

Me Gorham a soulevé la possibilité de demander l’avortement du procès. Il a dit qu’il devait y réfléchir, mais qu’il serait prêt à continuer le procès si la procureure acceptait d’omettre le témoignage de Dre Leroux.

Le 19 août, M. Van Horlick a plaidé non coupable à des accusations de voies de fait causant des lésions corporelles.

Le témoignage de la Dre Leroux servirait à prouver que Natasha Poirier a subi une commotion cérébrale, ce qui servirait à appuyer la notion de «lésions corporelles» mentionnée dans l’accusation.

Les accusations de voies de fait causant des lésions corporelles sont passibles d’une peine maximale de 10 ans d’emprisonnement.

D’autres preuves à l’appui ont été admises, soit des photos de blessures subies par Natasha Poirier, que l’avocat de la défense a qualifiées d’«ecchymoses légères».

Lors du premier jour du procès le 3 février, la défense a fait savoir qu’elle ne nierait pas le fait que M. Van Horlick est l’auteur de l’agression envers deux infirmières au CHU Dumont. Nathan Gorham tentera plutôt de prouver que son client n’est pas coupable de voies de fait en expliquant qu’il était en état dissociatif et qu’il n’était pas conscient de ses actes pendant l’agression.

La juge Yvette Finn a ajourné le procès jusqu’au 13 mars.

De vives réactions

Bruce Randolph Van Horlick et son avocat ont refusé de commenter en sortant du palais de justice.

L’infirmière Natasha Poirier n’a pas non plus voulu s’adresser aux médias, mais son frère Sébastien Poirier – aussi un infirmier – n’a pas mâché ses mots.

«La défense tente d’annuler le procès. Il (l’avocat) tente de dire que la juge est en conflit d’intérêt, ce qui est une tactique dégueulasse.»

Natasha Poirier n’a pas eu à remonter sur le banc des témoins aujourd’hui, et son témoignage est terminé. Mais Sébastien Poirier redoute que sa soeur puisse être appelée à témoigner à nouveau si le procès est annulé. Ce fut un moment éprouvant pour elle, selon lui.

La mère de Natasha Poirier, Norma Melanson, explique que le procès est une étape difficile pour sa fille.

«C’est assez lourd pour elle au niveau émotionnel. Elle a perdu du poids dans les dernières semaines.»

Si le procès est déclaré nul, le nouveau procès serait alors présidé par un autre juge.

La deuxième plaignante dans cette affaire, une infirmière du nom de Teresa Thibeault, avait tenté d’aider Natasha Poirier lors de l’agression et aurait aussi subi des blessures.