Deux membres du c.a. de Vitalité confirment ne pas avoir voté sur la réforme des urgences

La démission de Norma McGraw comme membre élu au sein du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité a trouvé un écho de sympathie chez certains de ses collègues autour de la table.

Deux membres du conseil ont corroboré jeudi les allégations de la conseillère démissionnaire, soit Jean-Marie Nadeau de la sous-région 2 (Moncton) et Sonia Roy de la sous-région 6 (Restigouche-Est).

Pour un, Jean-Marie Nadeau salue le courage de la représentante de la Péninsule acadienne. Mais le militant entend néanmoins demeurer à l’intérieur du système, car il veut gagner la bataille contre la fermeture des urgences de nuit dans trois hôpitaux francophones en région rurale.

M. Nadeau a validé les informations rendues publiques par l’ancienne vice-présidente du c.a. de Vitalité, mercredi, dans une conférence de presse donnée à Caraquet.

Le militant acadien Jean-Marie Nadeau – Archives

Elle a notamment affirmé qu’il n’y a pas eu de vote sur l’adoption du controversé plan de santé qui a ensuite été annulé par le premier ministre Blaine Higgs, en plus de dévoiler un climat de travail où elle s’est dite intimidée et dans lequel sa crédibilité a été remise en question.

Cette réforme proposait notamment la fermeture de nuit de six urgences d’hôpitaux en milieu rural, dont trois en région francophone: Grand-Sault, Caraquet et Sainte-Anne-de-Kent.

M. Nadeau affirme que plusieurs autres membres de l’organisation de santé avec qui il a échangé depuis mercredi sympathisent avec la démissionnaire.

«Elle a crevé un abcès, mais cela ne guérira pas la plaie. Nous sommes tous affectés par le climat que Norma a dénoncé. C’est clair qu’il y a encore de la grogne et que nous sommes plusieurs sur le qui-vive», a indiqué M. Nadeau, pleinement conscient que ses propos vont aller à l’encontre de la politique interne du réseau qui demande aux membres de ne pas commenter les sujets débattus en réunion, spécialement ceux à huis clos.

De son côté, Mme Roy confirme à son tour les dires de Mme McGraw.

Sonia Roy – Archives

«J’ai appris la mesure par l’entremise du journal. Mais nous (le conseil) n’avons jamais tenu un vote sur une résolution en bonne et due forme ni eu de discussions sur le sujet des urgences», souligne-t-elle.

Elle avoue que toute cette situation n’est pas sans la perturber.

La conseillère dit avoir voulu sortir publiquement afin de soutenir sa consœur montée seule jusqu’ici au front.

«Je ne voulais pas que Norma passe au travers tout cela en pensant qu’elle était seule. Je tenais à ce qu’elle sache qu’elle a des appuis au sein du conseil, des gens qui confirment sa version», explique-t-elle.

Pas de démission

En dépit de leur sortie publique en appui à Mme McGraw, M. Nadeau et Mme Roy n’entendent pas  imiter son geste.

«Du moins, pas avant la prochaine réunion prévue le 7 avril», précise M. Nadeau.

À ce moment, il amènera sur la table de discussion une demande d’enlever la clause concernant la fermeture de nuit des urgences touchées par la réforme.

«Je crois que la meilleure façon de gagner est de rester et de se battre. C’est pourquoi je ferai cette demande formelle au conseil d’administration. Le gouvernement a retiré la réforme et promet de consulter la population, mais théoriquement, fermer les urgences de nuit fait toujours partie de ses plans. Si le projet de les fermer reste en place, alors là je démissionnerai», explique Jean-Marie Nadeau, qui entend défendre les droits de la population acadienne jusqu’au bout dans cet épineux dossier.

D’ici là, le représentant de la grande région de Moncton au sein du c.a. de Vitalité veut convoquer une réunion spéciale avec uniquement ses collègues, chose qui lui aurait apparemment été refusée.

La turbulence actuelle dans laquelle est plongé le c.a. de Vitalité amène pour sa part Mme Roy à reconsidérer son avenir au sein de celui-ci.

L’ancienne mairesse de Charlo avait jusqu’ici confirmé sa candidature pour un troisième mandat consécutif. À la lumière des récents évènements, rien n’est moins certain.

«Je vais terminer mon terme actuel, car je crois que ma présence est beaucoup plus pertinente et utile en ce moment que ma démission. Mais pour la suite des choses, on verra», dit-elle.

Elle avoue traverser une crise de confiance envers le réseau.

«Jusqu’à un certain point, je me demande vraiment à quoi l’on (le conseil d’administration) sert, si l’on est ici seulement comme parure», ajoute-t-elle.

À ce stade-ci, Mme Roy n’entend pas imiter non plus les nombreuses municipalités qui exigent la démission du PDG du réseau, Gilles Lanteigne.

À noter que l’Acadie Nouvelle a joint deux autres membres du c.a., Emeril Haché d’Inkerman et Pauline Bourque de Grande-Digue. Ils n’ont pas voulu commenter les récents événements, en raison de l’entente de confidentialité établie par le réseau Vitalité.

La présidente insiste: une résolution a été adoptée

La sortie publique de Norma McGraw continue de faire jaser. Au point où la présidente du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité, Michelyne Paulin, a senti le besoin de «remettre les pendules à l’heure», jeudi.

Dans un communiqué, Mme Paulin «désire rassurer la population, de même que les membres du Comité permanent des comptes publics», à l’effet qu’une résolution appuyant la réforme des soins de santé a bel et bien été adoptée par le conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité lors d’une séance tenue à huis clos le 10 décembre 2019.

«Je désire remettre les pendules à l’heure et réitérer qu’une résolution portant sur la réforme des soins de santé a bel et bien été présentée, débattue et adoptée par le conseil. Bien que ce fait soit l’objet d’un débat médiatique houleux, je confirme que ladite résolution a été transmise au ministère de la Santé dès le 12 décembre 2019. Nous avons ensuite reçu un accusé de réception nous remerciant de notre appui dans ce dossier», a déclaré Mme Paulin.

La porte-parole poursuit en constatant une «contradiction» dans certains des commentaires publics de Norma McGraw.

«Elle déclare une journée qu’elle n’était qu’un membre avec un seul vote en avançant toutefois, la semaine suivante, qu’il n’y aurait eu aucun vote de fait. Le sujet a été pleinement discuté lors de plusieurs rencontres où les membres du conseil avaient l’occasion de s’exprimer librement», assure la présidente du c.a. de Vitalité.

«Cette réforme a été abordée à quatre reprises lors de nos réunions ou rencontres de travail, et ce, entre avril et décembre 2019. Comment Mme McGraw peut-elle démentir ce fait alors qu’elle a participé à chacune de ces réunions? Je suis sincèrement médusée qu’elle ait pu émettre de tels propos et je m’interroge sur les véritables objectifs qu’elle poursuit», de soutenir Mme Paulin dans le communiqué, en rappelant l’importance que «les gens comprennent que le rôle et le mandat du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité sont de travailler pour le bien-être et la santé des communautés».

 

Journalistes

Réal Fradette

Jean-François Boisvert