Quatre ans plus tard, «Phénix brûle toujours»

C’est un triste anniversaire que sont venus souligner plusieurs dizaines de fonctionnaires fédéraux vendredi devant le Centre des services de paie de la fonction publique à Miramichi. Voilà quatre ans que le fiasco du système de paie Phénix plonge des dizaines de milliers d’employés dans l’insécurité financière.

Les manifestants sont venus de Fredericton, Shediac et Moncton pour exprimer leur ras-le-bol des déboires de ce système lancé en 2016.

Ces membres de l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) demandent un dédommagement équitable, et réclament plus de personnel et de ressources pour régler les problèmes de paie et stabiliser le système le plus rapidement possible.

Absence de paie, erreurs sur les montants versés, trop-perçus récupérés sans avertissement, cafouillages lors de congés de maternité, de paternité ou de maladie, ou lors d’une promotion, d’une mutation ou d’un intérim: le système continue de causer d’énormes maux de tête aux fonctionnaires fédéraux.

Selon le dernier questionnaire transmis par le Conseil du trésor fédéral pour l’année 2019, auquel 182 000 employés ont répondu, 74% d’entre eux ont rapporté avoir éprouvé des problèmes de paie avec le système Phénix, à un moment ou à un autre. C’est donc dire qu’environ 134 500 d’entre eux disent avoir été touchés.

«C’est atroce. Je connais une femme de 60 ans de Lunenburg, en Nouvelle-Écosse, qui a perdu son auto puis sa maison parce qu’elle n’a pas été payée pendant sept mois», raconte Mike LeBlanc, employé du Centre des pensions de Shediac.

Mike LeBlanc ne reçoit jamais deux payes identiques et ignore s’il devra rembourser de l’argent au gouvernement. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

Cet ancien fonctionnaire de Parc Canada confie n’avoir jamais reçu deux payes identiques depuis que le système Phénix a été mis en place.

«Mon transfert n’a pas été fait. Je ne peux pas savoir combien il me reste de congés de maladies, de vacances. Je vais peut-être devoir de l’argent… Le système est brisé, la confusion est totale!»

«Phénix brûle toujours», peut-on lire sur la tuque de Colleen Coffey, vice-présidente en Atlantique de l’AFPC. La manifestation se veut un geste de soutien aux fonctionnaires du Centre des services de paie de la fonction publique à Miramichi durement éprouvés par cette crise, explique-t-elle.

La syndicaliste Colleen Coffey réclame que davantage de ressources soient allouées pour stabiliser le système de paie. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«Les employés responsables du système de paie font tout ce qu’ils peuvent, ils n’en sont pas responsables mais ça occasionne une énorme quantité de stress.»

Plus tôt ce mois-ci le secrétariat du Conseil du Trésor a lancé un processus de réclamation qui permettra aux employés, actuels et anciens, de demander une indemnisation pour les coûts financiers importants et la perte de revenus de placement.

Cependant le principal syndicat de la fonction publique fédérale, l’AFPC, a rejeté l’offre d’indemnisation du gouvernement. Les négociations entre Ottawa et le syndicat concernant l’indemnisation des victimes de Phénix ont maintenant été intégrées aux négociations actuelles sur le renouvellement des conventions collectives.

«Nous voulons que le gouvernement retourne à la table», insiste Collen Coffey.

Les ratés du système Phénix ont effrayé ou rendu méfiants tellement de fonctionnaires que nombreux sont ceux qui se sont abstenus de solliciter une promotion ou un changement de poste, de crainte que cela n’occasionne des changements à leur paie, donc d’autres ennuis.

«On voit des personnes qui ont travaillé 10 ou 15 dans la fonction publique partir au privé», déplore Shany Doucet, qui attend toujours que lui soient versées certaines heures impayées.

Shany Doucet attend toujours que lui soient versées certaines heures impayées. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«Il y a des cas de divorce, des gens qui ont perdu leur cote de crédit, des couples qui ont renoncé à avoir des enfants», ajoute-t-elle.

D’après un rapport du Directeur parlementaire du budget, réparer les dégâts causés par Phénix coûtera 2,6 milliards $ et pourrait prendre jusqu’à cinq ans. Au printemps dernier, Ottawa avait invité trois entreprises soumissionnaires, Ceridian, SAP et Workday, à participer à l’appel de propositions pour entrer dans une troisième phase de développement d’un nouveau système de gestion des ressources humaines et des paies.