Changements d’heure… et d’humeur?

À l’instar de la plupart des Canadiens, les Néo-Brunswickois devront avancer montres et horloges d’une heure, dimanche.

Même si cela peut sembler banal à première vue, plusieurs études tendent à démontrer que le simple geste peut parfois mener à des dérèglements passagers chez certaines personnes.

À l’origine, l’idée du changement d’heure devait principalement permettre des économies d’énergie grâce à la réduction de l’éclairage nécessaire en soirée, des bénéfices considérés aujourd’hui comme étant assez marginaux.

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui voient comme seule utilité de l’exercice de permettre le changement de piles dans les détecteurs de fumée.

Pour certains qui prennent la chose plus au sérieux, l’avènement de l’heure avancée peut se traduire par la perte de sommeil et avoir une incidence directe sur la santé physique et mentale des personnes.

«C’est une période l’année où les gens s’intéressent le plus au sommeil, qui représente une problématique de santé publique extrêmement sévère au Canada», a indiqué d’entrée de jeu la Dre Julie Carrier, qui est la directrice scientifique de Dormez là-dessus, la campagne canadienne de santé publique sur le sommeil.

«Le changement d’heure du printemps implique une demande à notre horloge biologique de s’adapter à un décalage d’environ une heure, de se lever plus tôt et de perdre une heure de sommeil si l’on ne se prépare pas un peu à l’avance», explique celle qui est aussi professeure titulaire au département de psychologie de l’Université de Montréal.

La spécialiste accorde de la crédibilité à plusieurs études qui ont de quoi surprendre.

L’une de celles-ci, réalisée en 2001, faisait état d’un nombre plus élevé d’accidents de la route les jours suivants le changement d’heure.

Une autre témoigne d’une baisse de productivité des employés au travail durant la même période.

Une autre étude d’une université américaine, plus récente celle-là, témoignait d’un risque accru de 25% d’être victime d’un malaise cardiaque le jour suivant le changement d’heure.

«Il y a plusieurs hypothèses pour expliquer tout ça. Une fois au travail lundi matin, l’horloge biologique du corps indiquera 8 heures, même s’il est en fait 9 heures… Le changement de luminosité aux heures de pointe peut aussi faire partie de l’explication», a affirmé la Dre Carrier.

À l’instar de plusieurs spécialistes du sommeil, cette dernière estime qu’un changement d’heure n’est pas souhaitable.

«D’un point de vue biologique, je dirais que ce n’est pas nécessaire de devoir s’adapter deux fois par année à une heure différente, même si ce n’est pas le pire problème de santé publique.»

«Le vrai problème, c’est que les gens ne réalisent pas que le sommeil est primordial pour la santé physique, émotionnelle et cognitive et qu’ils sont nombreux à s’en priver», estime Julie Carrier.

Selon elle, pas moins de 25% des Canadiens éprouvent un quelconque problème de sommeil.

«On connaît les solutions à ces problèmes, même si ce n’est pas toujours facile de trouver ces solutions pour tout le monde et d’avoir des services d’aide.»

La spécialiste estime que le manque de sommeil doit être considéré comme étant un important problème de santé, au même titre que peuvent l’être l’obésité, le tabagisme ou le diabète.

«Il faudrait convaincre la population que le sommeil est aussi important que l’activité physique et d’avoir une bonne alimentation», estime la Dre Carrier.

Heureusement, ce changement à l’heure d’été qui doit se faire la nuit de dimanche à 2 heures intervient à un moment de l’année où l’indice de bien-être tend à vouloir généralement prendre un peu de mieux.

Ainsi, le nombre d’heures d’ensoleillement continu à grimper au quotidien au moment où les blues de l’hiver et les périodes de grand froid sont choses du passé.

«Il y a une certaine privation de sommeil qui va survenir, mais la bonne nouvelle est que notre horloge biologique s’adapte à ce changement par la lumière. Il faut s’exposer à la lumière dès le réveil, les effets directs pour la santé sont là», précise la spécialiste du sommeil.