COVID-19: l’unilinguisme nuit à la communication de Blaine Higgs

Des francophones du Nouveau-Brunswick se plaignent de l’incapacité de Blaine Higgs à s’exprimer en français au sujet de la COVID-19.

La présidente du Club Notre-Dame-des-Neiges pour aînés de Campbellton, Colette Loire est francophone unilingue.

«Hélas!», soupire la septuagénaire.

Elle aimerait pouvoir comprendre facilement le premier ministre de sa province lorsqu’il prend la parole à propos de la COVID-19.

«Quand on a la chance d’entendre parler d’autre chose que du Québec à la télévision et qu’il s’exprime, les sous-titres passent tellement vite que j’ai du mal à les suivre, déplore-t-elle. Quand on suit les actualités autrement et qu’on est lettré, on arrive à le comprendre globalement, mais c’est dommage.»

Le directeur de l’association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick (AFANB), Jean-Luc Bélanger trouve également la situation regrettable.

Les personnes âgées sont particulièrement vulnérables face à la COVID-19.

«Nous nous trouvons dans un contexte où le message devrait être clair pour toute la population, plaide M. Bélanger. J’ai 78 ans et mes enfants font mon épicerie, mais d’autres aînés ne respectent pas encore les consignes.»

Le jeu des comparaisons

Mme Loire prend Justin Trudeau en exemple.

«Il parle français et anglais, apprécie-t-elle. M. Higgs devrait faire pareil ou avoir un francophone à côté de lui.»

M. Bélanger regarde plutôt le premier ministre du Québec, François Legault.

«Il ressort parmi les autres dirigeants du Canada, surtout par ses façons de faire respecter les directives», estime-t-il, à propos des règles permettant de freiner la propagation du coronavirus.

Son adjointe administrative, Jacinthe Godin est également sensible à l’élu.

«Je ne suis pas parfaitement bilingue et je suis proche du Québec alors j’écoute François Legault, confie-t-elle. Il est sympathique, il met les gens en confiance. Il est extraordinaire!»

Plusieurs médias de la Belle Province ont aussi souligné les compétences en gestion de crise que démontre le fondateur de la Coalition Avenir Québec (CAQ).

La stratège en communication, Pascale Paulin pense que l’unilinguisme et le manque de charisme du premier ministre nuisent à la clarté de son discours et à son charisme.

«Le premier ministre du Nouveau-Brunswick souffre grandement de la comparaison entre les conférences de presse de François Legault et les siennes, où il donne difficilement un mot français, ajoute-t-elle. Il y aura des questions à se poser après la crise sur son incapacité à communiquer avec le tiers de sa population dans des temps difficiles.»

Elle remarque que le gouvernement a choisi de réduire au maximum son nombre d’intervenants au sujet de la COVID-19, ce qu’elle estime être une stratégie excellente en temps normal.

«Ça permet de livrer le même message à chaque fois et de ne pas déraper, explique-t-elle. Sans bilinguisme, ça pose en revanche problème.»

Elle souligne qu’un porte-parole qui s’adresse directement au public évite les intermédiaires et donc les possibilités de déformation et de mésinterprétation de ses propos.

«Les francophones du Nouveau-Brunswick ne sentent pas le leadership qui doit émaner du message d’un dirigeant, car ils ne le reçoivent pas directement», ajoute-t-elle.

«C’est une difficulté avec laquelle on apprend à composer», assure la vice-présidente de l’AFANB, Samia Awad.

Elle affirme que son association transmet les messages nécessaires à ses membres au sujet de la COVID-19. La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB) tient le même discours.

«D’ailleurs, la SANB tient à remercier nos travailleurs et travailleuses du secteur langagier (traductrices, communicateurs, etc.), qui travaillent d’arrache-pied pour assurer la dissémination d’informations de qualité dans les deux langues officielles du pays», précise l’organisme dans un courriel.

Des plaintes

La commissaire aux langues officielles du Nouveau-Brunswick, Shirley C. MacLean note avoir reçu quelques plaintes de citoyens au sujet des interventions de Blaine Higgs sur le coronavirus.

«Ils aimeraient entendre un discours en français, indique-t-elle. La loi sur les langues officielles s’applique toutefois aux institutions et non aux élus.»

Mme MacLean souligne que les conférences de presse du gouvernement sont traduites simultanément et que la médecin-hygiéniste en chef, Jennifer Russell est bilingue.

«J’encourage le gouvernement à continuer ainsi. C’est très important de s’adresser à tout le monde, déclare-t-elle. M. Higgs a essayé plusieurs fois de s’exprimer en français, par quelques mots, quelques phrases, et je l’en félicite.»

Le gouvernement fédéral critiqué aussi

Le commissaire aux langues officielles fédéral, Raymond Théberge a indiqué par communiqué avoir reçu des plaintes liées aux communications du gouvernement canadien durant la pandémie de COVID-19.

Il a rappelé que la population s’attend à recevoir des instructions et des renseignements en français comme en anglais dans le contexte actuel.

«Les Canadiens doivent être en mesure de comprendre les messages de toutes les institutions fédérales qui leur sont destinés, a-t-il déclaré. Au-delà de la Loi sur les langues officielles, c’est une question de respect et de sécurité.»