Industrie des pêches: un «service essentiel», selon Blaine Higgs

À l’instar du Québec, le Nouveau-Brunswick est prêt à considérer la transformation alimentaire, y compris les fruits de mer, comme un service essentiel, à condition de respecter les lignes directrices en matière de santé publique.

Alors que les crabiers du sud du golfe du Sainte-Laurent espèrent prendre la mer dans quelques semaines, la COVID-19 crée de l’incertitude partout où elle passe. Des voix s’élèvent notamment chez les travailleurs saisonniers, qui sont inquiets que les mesures mises en place pour limiter la propagation de la COVID-19 aient des conséquences néfastes sur la saison.

«La transformation alimentaire est un service essentiel. Je suppose qu’il faudra voir si nous pouvons le faire selon les lignes directrices de la santé publique, les pratiques de distanciation sociale et le port d’équipement approprié. Mon but en ce moment est de trouver un moyen d’aider les entreprises à entamer leurs activités saisonnières comme à l’habitude tout en sécurité», a dit le premier ministre Blaine Higgs.

La ministre des Pêches et des Océans du Canada, Bernadette Jordan, et le député d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, se font également rassurants.

«Soyez assurés que Pêches et Océans Canada continuera de s’acquitter de son mandat. Les pêches continueront d’être gérées. Des permis continueront d’être délivrés. Nos agents de Conservation et Protection continueront de faire appliquer la Loi sur les pêches. La Garde côtière canadienne sera toujours prête à aider les marins, à assurer la sécurité maritime ainsi que le mouvement efficace des navires dans les eaux canadiennes. Le déglaçage et tous les services essentiels de la Garde côtière se poursuivront», écrit la ministre Jordan dans un communiqué de presse publié le vendredi 20 mars.

Mme Jordan s’engage aussi à s’assurer que les secteurs de la pêche et de l’aquaculture continuent de recevoir l’appui nécessaire durant et après la crise.

«Je suis en contact régulier avec de nombreux pêcheurs, transformateurs de produits de la mer, et groupes représentatifs pour être à l’écoute de leurs préoccupations et pour comprendre les défis économiques que pose cette pandémie.»

«Toutefois, je suis convaincue que l’industrie peut s’adapter et surmonter les pressions exercées. Bien que d’importants événements internationaux en matière de commerce et promotionnels aient été reportés, je sais que certaines entreprises continuent de conclure des marchés à distance et que les chaînes d’approvisionnement continuent de fonctionner.»

Mardi, dans un courriel, le député d’Acadie-Bathurst, Serge Cormier, a indiqué qu’aucun changement n’a été apporté aux dates d’ouverture et de fermeture des pêches au Nouveau-Brunswick.

«Nous continuerons de consulter les partenaires de l’industrie et d’évaluer la situation de jour en jour. Nous savons que de nombreuses industries, dont celle de la pêche, sont confrontées à un grave déclin des exportations. Toutefois, il existe toujours une demande de produits canadiens et nous travaillons avec les États-Unis pour garantir la poursuite des échanges avec notre principal partenaire», a-t-il écrit.

Un ancien ministre propose d’annuler la saison

L’ancien ministre provincial des Pêches sous le gouvernement libéral de Frank McKenna, Bernard Thériault a jeté un immense pavé dans la mare, lundi soir. Il a suggéré sur sa page Facebook que, dans les circonstances entourant la crise de la COVID-19, il verrait mal comment on pourrait lancer les bateaux en mer dans quelques semaines.

«Personne n’en parle, mais la possibilité que la saison de pêche au crabe des neiges et celle du homard soient annulées est réelle. Devant l’effondrement des marchés chinois pour le homard et devant l’incertitude de la demande sur le marché américain, je vois mal comment on pourrait entreprendre une saison de pêche», a-t-il commencé par élaborer.

En suivant une certaine logique selon ses dires, il ajoute que ce sera «impossible de faire travailler des milliers d’employés (d’usines de transformation) dans des conditions où la propagation des germes est à son maximum et où la distanciation est impossible, de trouver des marchés pour ces produits quand tous les restaurants de la terre sont fermés et de transformer (les prises) devant l’incertitude d’un éventuel retour à la normale».

Devant ses constats, M. Thériault propose que «la saison (de pêche) devrait au mieux être reporté à l’automne, et au pire remise à l’an prochain».

Appelé à commenter ces propos, le président de l’Association des crabiers acadiens, Joël Gionet, n’a pas voulu répondre. Il a simplement indiqué qu’il reste encore de cinq à six semaines avant de voir un premier crabier prendre le large. Ce délai va donner le temps à toute l’industrie à bien évaluer la situation, estime-t-il.

«Nous suivons les lois et les lois ne nous interdisent pas de travailler sur les bateaux présentement, pourvu que nous soyons moins de 10 personnes. Nous respectons les mesures d’hygiène à la lettre. Nous avons toujours confiance que nous aurons une saison de pêche ce printemps. Il va encore couler beaucoup d’eau sous les ponts dans les six prochaines semaines», a-t-il déclaré.

De son côté, le directeur général la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP), s’est tourné la langue sept fois pour ne pas dire des choses qu’il aurait pu regretter.

«Aller dire qu’il n’y aura pas de pêche? Wo! Wo! Wo! Nous ne sommes pas du tout d’accord. Je ne sais pas où il a pris ses informations, mais c’est très négatif.»

En fait, le porte-parole de la FRAPP a multiplié les exemples qui sembleraient confirmer que l’on se dirige vers une saison de pêche à peu près normale ce printemps. Plusieurs bateaux ont été mis à l’eau ou sont en voie de l’être. Des usines de transformation ont apporté des modifications dans leur environnement de travail afin que les employés soient à distance conforme pour éviter une éventuelle propagation.

Les totaux admissibles de capture pour le crabe des neiges et la crevette ont été émises par Pêches et Océans Canada en début de semaine, alors que les crabiers de la zone 17, au large de Sept-Îles, ont pris la mer en début de semaine.

Tous ces signes sont clairs, de l’avis de M. Lanteigne. Il y aura bel et bien une saison de pêche ce printemps. Au pire des cas, elle serait décalée d’une couple de semaines.

«Est-ce que nous avons du produit à placer sur les marchés demain matin? Non. À vendre? Non plus. Nous avons du temps devant nous pour, premièrement, aller à la pêche, et deuxièmement, permettre aux usines de transformer», a-t-il répliqué.

  • Avec la collaboration du journaliste Réal Fradette.