Un géant de la politique municipale rend l’âme

Un personnage emblématique de la politique municipale au Restigouche, l’ancien maire d’Atholville, Raymond Lagacé, est décédé le 23 mars à l’âge de 81 ans.

Le politicien aura marqué la politique de sa communauté comme celle de l’ensemble du Restigouche. Il faut dire que M. Lagacé – un enseignant de formation – a eu le temps de faire cette marque. En tout, il aura œuvré pendant 43 ans à la municipalité, dont 41 ans comme maire.

À ce jour, il demeure le politicien néo-brunswickois ayant servi le plus longtemps au poste de maire d’une municipalité.

En fait, c’est beaucoup lui qui a contribué à façonner la municipalité d’Atholville telle qu’on l’a connaît aujourd’hui, c’est-à-dire un moteur industriel et le principal centre de services (commerces) du Restigouche, et même du sud de la Gaspésie.

La carrière de M. Lagacé en politique municipale a débuté en 1969 alors qu’il décrocha un poste de conseiller. Il a par la suite tenté sa chance à la mairie en 1971, un siège qu’il ne quittera pas durant plus de quarante ans.

Celui-ci a pris sa retraite de la vie municipale en 2012 à l’âge de 73 ans. Il avait alors pris la décision de ne pas se représenter à la mairie.

«Il vient un temps où il faut faire place au changement et penser à soi. Je veux jouir de la vie», avait-il confié au journal lorsqu’il avait annoncé sa décision, prenant soin de bien remercier ses concitoyens pour ces 43 années de confiance.

Véritable monument de la politique municipale au Nouveau-Brunswick, M. Lagacé aura inspiré plusieurs politiciens, à commencer par son successeur, le maire actuel d’Atholville, Michel Soucy.

Ce dernier a eu la chance de côtoyer M. Lagacé pendant treize années sur le conseil municipal, comme conseiller puis comme maire adjoint. Il a même tenté – sans succès, et deux fois plutôt qu’une – de se présenter contre lui à la mairie.

«C’est une bien triste nouvelle pour notre communauté. M. Lagacé a été une personne qui s’est dévouée corps et âme pour Atholville. Il avait une vision pour sa municipalité, a fait beaucoup pour elle et n’a jamais compté les heures passées à s’assurer qu’elle se développe», indique M. Soucy.

Celui-ci considère d’ailleurs l’ancien maire comme une sorte de mentor.

«Il m’a permis de grandir énormément comme politicien municipal et pour ça, je lui dois beaucoup. Pour le reste, on essaye de suivre ses pas et œuvrer de notre mieux pour faire avancer notre communauté», ajoute-t-il.

Au cours des dernières années, la santé de M. Lagacé était très chancelante.

La municipalité d’Atholville a déjà rendu hommage à son ancien maire en nommant, entre autres, la bibliothèque publique locale en son honneur. Il est également détenteur de l’Ordre du Nouveau-Brunswick.

Un bâtisseur

La nouvelle du décès de M. Lagacé a trouvé écho au sein de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick. Son directeur, Frédérick Dion, a bien connu le défunt.

«C’était un politicien de haut calibre qui entre sans aucun doute dans la catégorie de ce que l’on pourrait appeler des bâtisseurs. La communauté d’Atholville lui doit beaucoup», exprime M. Dion.

Selon ce dernier, le fait que M. Lagacé soit le détenteur du record néo-brunswickois de longévité à la barre d’une municipalité (41 ans) et un fait certes anecdotique, mais loin d’être anodin.

«On s’entend que c’est une réalisation exceptionnelle en soi, mais il faut préciser qu’il ne se contentait pas de remplir un siège. Il travaillait fort pour sa communauté, était engagé. Et pour ça, les gens l’appréciaient et le lui démontraient en le reportant au pouvoir année après année. C’est tout le monde municipal du Nouveau-Brunswick qui est en deuil aujourd’hui», ajoute M. Dion.

L’AFMNB a rendu hommage à M. Lagacé un an après sa retraite – en 2013 – en lui remettant le prix Louis J. Robichaud, soit la plus haute distinction honorifique décernée par cette association. Elle vise à souligner le travail et la contribution d’un élu à la politique municipale néo-brunswickoise.