Les transformateurs de homard demandent que la saison soit reportée

Les transformateurs de homard des Maritimes craignent que la pandémie de la COVID-19 soit davantage dommageable que l’impact combiné de la crise économique de 2008 et de la saison de surabondance de 2012. C’est pourquoi leur association exige de Pêches et Océans Canada un report minimal de deux semaines de la pêche printanière. «Ce serait le comble de l’irresponsabilité de mettre des vies en danger afin de maintenir les opérations», souligne leur porte-parole Jerry Amirault.

Si Ottawa accepte cette demande, cela voudra dire que tous les homardiers de la zone 23, un territoire allant de Campbellton à Escuminac, devront garder leurs navires à quai lorsque viendrait le moment de mouiller la flottille pour la saison 2020, le 30 avril.

«La pandémie COVID-19 que nous affrontons crée une crise sanitaire et économique inédite et affecte profondément nos marchés d’exportation aux États-Unis, en Europe et en Asie.  Présentement, les indications de marché sont troublantes», a laissé entendre M. Amirault, de l’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, dans une lettre acheminée au MPO en début de semaine.

Sa demande touche également la suspension immédiate de la pêche dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

M. Amirault fait part que les mouvements de produits de homard surgelés ont été brusquement interrompus et que le marché du homard vivant s’est effondré et ne fait que montrer des signes très timides de reprise en Asie. Les acheteurs sont aussi incapables d’indiquer un prix de marché pour le homard vivant sous prétexte que l’offre dépasse la demande existante, poursuit-il.

Le responsable prétend également que le secteur de la restauration, fermé partout en Amérique du Nord, prévoit des pertes de ventes d’environ 225 milliards $ au cours des prochains trois mois, et la perte de plus de 7 millions d’emplois. Le tiers de la main-d’œuvre de la restauration américaine – la base des ventes de produits de homard canadiens – a déjà été mise à pied, donne-t-il comme preuve.
Sans oublier que 95% des casinos américains sont fermés depuis vendredi et que le secteur des croisières a été décimé, que le prix payé aux pêcheurs dans les ZPH 33 et 34 a dégringolé de 8$ à 4$ la livre depuis deux semaines, que plusieurs de millions de livres de homard entreposé sont bloqués et de piètre qualité et que toutes les usines seront en arrêt de production la semaine prochaine.

«Les experts prévoient un scénario probable de deux mois de conditions économiques paralysantes et nos principaux clients ne sont pas en mesure de nous informer sur les perspectives de marchés à moyen et long terme, énonce M. Amirault dans sa lettre. Dans l’éventualité où le produit fini ne pourrait être vendu au printemps, nous aurons des problèmes aigus de trésorerie. Pour aggraver le problème, on nous rapporte que les capacités de stockage frigorifique sont déjà limitées et que plusieurs entrepôts avec qui nous faisons affaire dans la région nous indiquent qu’ils sont déjà à pleine capacité.»

L’association calcule que les usines travaillent d’arrache-pied pour accélérer la préparation à la pandémie, en collaboration avec les autorités locales, provinciales et fédérales.

«Nous n’épargnerons aucun effort à cet égard et nous reconnaissons tous que la sécurité de nos travailleurs et des communautés locales est primordiale. Cela dit, nous devons être réalistes en reconnaissant que notre main-d’œuvre est susceptible d’être fortement touchée par l’absentéisme, les congés de maladie, ainsi que les contraintes dictées par des considérations de santé publique et les quarantaines potentielles», avertit-il, en ajoutant que ce report minimiserait aussi les chevauchements avec la saison de crabe des neiges, qui doit débuter vers la mi-avril sauf avis contraire et qui ne peut être déplacée en raison des enjeux en lien avec la présence des baleines noires dans le golfe du Saint-Laurent.

À l’Union des pêcheurs des Maritimes, on dit surveiller la situation des dernières semaines de très près. Les dirigeants sont d’ailleurs constamment en réunion d’échanges d’information, a indiqué la directrice adjointe Annie Chiasson.

«L’UPM suit l’évolution de la COVID-19 sur les marchés depuis plusieurs semaines, en collaboration avec les parties prenantes. Nous sommes conscients de la demande de L’Association des transformateurs de homard du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse et comprenons leur inquiétude face à ce bouleversement dans l’industrie. Pour l’ensemble des pêcheurs et des communautés côtières concernés, l’UPM doit évaluer toutes les options en lien avec la pêche en Nouvelle-Écosse et la pêche printanière», a-t-elle mentionné.