Des espoirs d’un monde plus vert après la pandémie COVID-19

Confinés chez eux, certains travailleurs se prennent à rêver en vert. Des écologistes, un sociologue et un économiste imaginent les formes que l’économie pourrait prendre pour être plus juste et plus respectueuse de l’environnement après la pandémie de COVID-19.

Privés de rassemblements culturels, d’activités sociales et parfois de travail, les citoyens souffrent des mesures prises pour atténuer la pandémie de COVID-19. L’artiste Paul Bossé est néanmoins convaincu que cette pause forcée est l’occasion d’une remise en question.

«Ce qui me donne le plus espoir, c’est de voir à quelle vitesse on peut arrêter une société», se réjouit le membre du mouvement écologiste Extinction Rebellion.

Le poète milite pour la décroissance, selon le principe qu’une «croissance infinie dans un monde fini» est impossible. Autrement dit, il plaide pour une diminution de la production de richesses par la société.

«Il faudrait emprunter des éléments au communisme: planifier l’économie et contrôler les marchés, qui tuent la planète lorsqu’ils sont trop libres», lâche-t-il.

M. Bossé espère d’autant plus fort qu’il constate l’aspect international de la crise provoquée par la COVID-19.

«Je souhaite que ça provoque une solidarité entre les humains, car c’est tous ensemble que nous pourrons améliorer la situation écologique», soutient-il.

Le député provincial du Parti vert, Kevin Arseneau insiste sur les difficultés immédiates et concrètes des gens qui perdent leur salaire à cause du chômage.

«Une réflexion doit quand même avoir lieu», tranche celui qui plaide pour la relocalisation d’une partie de l’économie du Nouveau-Brunswick (notamment le secteur de la production de nourriture, effectuée à 97% hors de ses frontières).

L’élu de Kent-Nord se réjouit des questionnements de plusieurs citoyens obligés de continuer à se rendre en usine ou en magasin malgré la crise sanitaire.

«Ils m’ont demandé pour quoi et pour qui leur emploi était essentiel, raconte-t-il. Ils étaient conscients que leur activité était nécessaire à la survie de l’économie telle qu’on la connaît, mais pas à la survie de l’humanité. Je trouve ça vraiment intéressant.»

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins souligne que les chercheurs sont divisés sur la nécessité de réduire la production de richesse mondiale pour relever les défis environnementaux.

«Une décroissance provoquerait une diminution des ressources, alors que des millions de personnes souffrent de la pauvreté, rappelle le professeur de l’Université de Moncton (U de M). Peut-être devrait-on mieux partager les richesses pour éviter de les contraindre à se satisfaire de leur sort. Mais alors, l’Amérique du Nord devrait s’appauvrir. Et nous parlons de la classe moyenne! Il est faux d’affirmer qu’il y a assez de milliardaires pour sauver le monde.»

Croissance consensuelle

M. Desjardins prévient que des millions de Canadiens en difficulté pourraient voir leur situation s’empirer si la croissance ne revient pas. Il affirme que la solution à ce constat fait consensus: un «effort de guerre».

Le premier ministre Justin Trudeau l’a annoncé sous la forme d’un plan de 107 milliards $ visant à stabiliser l’économie canadienne en maintenant la consommation.

S’il adhère à cette logique capitaliste, l’économiste la considère en revanche comme une occasion d’investir dans des programmes de développement durable (le transport en commun par exemple).

«Ça pose la question de l’économie que nous voulons, résume le sociologue à l’Institut d’études acadiennes de l’Université de Moncton, Mathieu Wade. C’est une chance pour tous ceux qui pensent que l’économie doit servir la société et non l’inverse.»

Le chercheur se souvient des mouvements de contestation apparus à la suite de la crise financière de 2008, comme Les Indignés ou Occupy. Leurs membres demandaient notamment des politiques sociales aux États, qui avaient aidé massivement les banques dont les pratiques avaient provoqué un krach boursier.

Mouvements sociaux possibles

«Le terreau idéologique est prêt pour une mobilisation populaire, croit M. Wade traçant un parallèle entre le début des années 2010 et les lendemains possibles de la catastrophe actuelle. Il y a des discours relativement cohérents. Ça va dépendre de la durée de la crise.»

«Nous avons plus de questions que de réponses», reconnaît la coprésidente de l’organisme sans but lucratif Imaginons la Péninsule Acadienne Autrement (IPAA), Nancy Juneau.

Elle constate en tout cas avec soulagement les effets environnementaux positifs du ralentissement récent de l’activité humaine, comme la réduction de la pollution atmosphérique et des émissions de gaz à effet de serre.

«Pourra-t-on se doter d’un nouveau fonctionnement ou va-t-on s’empresser de compenser l’arrêt de l’économie?», se demande-t-elle.

Rien n’empêche en attendant la réponse, comme la Terre, de respirer.