La saison de pêche repoussée d’un mois dans le sud du N.-B.

Le lancement de la saison de pêche au homard qui devait avoir lieu mardi dans les zones 36 et 37 (dans la région du nord de la baie de Fundy) est reporté d’un mois.

Dans un avis publié en ligne vendredi, Pêches et Océans Canada indique que «la pêche du homard dans les eaux de la zone de pêche du homard 36 et 37 restera interdit jusqu’à 7h le 30 avril 2020».

C’est à la demande des pêcheurs de la région que le début de la pêche a été reporté, a confirmé Krista Petersen, porte-parole du MPO, à l’Acadie Nouvelle.

«En Nouvelle-Écosse, la Fundy North Fishermen’s Association, qui représente une grande partie des pêcheurs de la ZPH 36, a demandé un délai d’ouverture de 30 jours dans les ZPH 36 et 37.»

Pour le moment, cette région est la seule dont les activités sont perturbées par la pandémie de COVID-19.

Dans le nord de la province, les saisons de pêche au crabe des neiges et au homard doivent toujours débuter aux dates prévues.

Les associations de pêcheurs et le gouvernement fédéral répètent toutefois depuis le début de la crise qu’ils suivent l’évolution de la situation de jour en jour et qu’ils procéderont à des ajustements si nécessaires.

La situation dans le Nord est particulièrement complexe en raison des efforts d’Ottawa pour protéger les baleines noires, une espèce en voie de disparition.

Advenant un report du lancement des saisons de crabe et de homard, les pêcheurs pourraient avoir à cohabiter dans les eaux de la baie des Chaleurs avec les cétacés dès juin, ce qui aurait pour conséquences de multiplier les risques de collision.

Vendredi dernier, la ministre Bernadette Jordan s’est entretenue avec ses homologues provinciaux pour discuter des impacts de la crise sur l’industrie des pêches.

«L’importance des dates d’ouverture a été longuement discutée et nous avons convenu que ces décisions doivent être prises en consultation avec les partenaires touchés et selon de solides approches scientifiques», peut-on lire dans un communiqué publié suite à cette rencontre.

L’Union des pêcheurs des Maritimes n’a pas donné suite à notre demande d’entrevue lundi. La directrice adjointe Annie Chiasson explique par courriel que l’UPM se prépare à tous les scénarios, et que la santé de ses membres et de leurs familles demeure la priorité.

«Nous travaillons à l’élaboration des plans d’atténuation basés sur les différents scénarios qui se présentent à nous, qui comprennent une saison différée avec des débarquements et un prix réduit ou une saison annulée. Nous sommes en discussion avec le MPO, en collaboration avec d’autres associations de pêcheurs, cependant, aucune décision n’a été prise pour le moment.»

Beaucoup de pêcheurs sont anxieux face à cette situation, et les opinions sont partagées. Pour eux, il s’agit ni plus ni moins de faire un calcul mental entre la survie de leur gagne-pain et leur propre sécurité, tout cela avec une bonne dose d’incertitude sur le plan financier.

«C’est une situation qu’on n’a jamais vue. Il y en a qui veulent y aller, et il y en a qui ne veulent pas y aller», dit Patrick Landry, pêcheur du coin de Cap-Pelé.

Le ministère des Pêches et Océans devra éventuellement prendre une décision, mais Patrick Landry ne sait pas quelle éventualité il préfère.

Il se croise les doigts pour que tout se règle rapidement, mais il sait qu’il est possible que la crise perdure jusqu’au mois d’août, lorsque les pêcheurs de homard du Sud-Est prennent normalement la mer.

En temps normal, il explique qu’il aurait aimé que des associations de pêcheurs organisent des réunions avec tous leurs membres pour faire le point sur la situation, une chose qui est pratiquement impossible en situation de pandémie.

Eugène Robichaud, de Richibucto, pêche le crabe et le homard. Il se dit inquiet pour l’industrie. Même si la pêche reprend comme d’habitude, une bonne partie du système demeure paralysé, ce qui pourrait affecter les prix des fruits de mer.

«Il n’y a pas de restaurants ouverts, il n’y a rien qui va, donc comment ils vont se débarrasser de cette marchandise-là? Ça m’inquiète pour sûr, mais qu’est-ce que je peux faire? On ne peut pas pêcher pour rien.»

Il croit pour sa part que la pêche devrait être fermée jusqu’à nouvel ordre, par mesure de sécurité.