Le N.-B. referme encore un peu plus ses frontières

Depuis mardi, il est encore plus difficile de franchir les ponts interprovinciaux qui séparent le Restigouche et la Gaspésie.

En ces temps de crise, on penserait que le gouvernement provincial ferait des pieds et des mains afin de diffuser le plus rapidement possible toute l’information pertinente aux médias, aux communautés ainsi qu’aux provinces avoisinantes affectées par les restrictions frontalières. Mais ce n’est visiblement pas le cas, et des citoyens de la Gaspésie l’ont appris à leurs dépens.

C’est en effet en catimini que le gouvernement du Nouveau-Brunswick a resserré, mardi, ses critères d’entrée à ses postes frontaliers interprovinciaux. Depuis la semaine dernière, l’accès à la province était déjà limité aux travailleurs, pour les services essentiels (pharmacies, quincailleries, épiceries) et les urgences et rendez-vous médicaux.

Ces mesures ont été renforcées mardi sans annonce officielle de la part du gouvernement Higgs. La teneur et la mise en application de ces nouvelles restrictions ont néanmoins été confirmées par les forces de l’ordre.

Dorénavant, l’accès est limité au personnel essentiel (ex.: travailleurs de soins de santé) et aux urgences médicales. Du coup, les citoyens de la Gaspésie – habitués à utiliser la région du Restigouche comme centre de services et de santé – ne pourront plus traverser pour effectuer leurs emplettes dans les épiceries, les pharmacies ou les quincailleries néo-brunswickoises.

Le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold, a appris cette nouvelle directive en milieu d’après-midi mardi, après sa mise en place. Sans s’en prendre au resserrement des critères comme tels, il déplore que personne au sein du gouvernement de la province voisine n’ait jugé bon l’aviser de ces changements.

«Beaucoup de citoyens m’ont contacté pour me dire ce qui se passait. C’est comme ça que je l’ai appris. Pas de communiqué (du gouvernement du N.-B), pas de discussions, pas de note… rien. On ne sait pas trop ce qui se passe, on est laissé dans le noir depuis le début et c’est frustrant», estime le maire.

Sans aller jusqu’à traiter le gouvernement du Nouveau-Brunswick de «mauvais voisins», M. Bujold estime que ce dernier manque certainement de tact.

«C’est vraiment plate de ne rien savoir, parce que ce sont des décisions qui ont des impacts importants sur notre population. Je comprends que le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas à nous consulter avant de prendre ce type de décision et ce n’est pas ce que l’on demande. Mais j’estime primordial qu’on nous avertisse par contre», dit-il.

La mairesse de Campbellton, Stéphanie Anglehart-Paulin, a également appris l’arrivée de ces nouvelles mesures «par la bande», soit par le biais de citoyens sur les médias sociaux.

Elle aussi déplore le manque d’information et de transparence de Fredericton alors que personne à la Ville n’a reçu de note au sujet d’un éventuel renforcement.

«Il me semble qu’on n’aurait pu nous prévenir», souligne-t-elle.

L’Acadie Nouvelle a tenté de se faire authentifier ces nouvelles mesures par l’équipe de communication du gouvernement provincial en milieu d’après-midi mardi. La province a mis plus de 24h à peaufiner sa réponse. Dans son courriel, la porte-parole de la Sécurité publique soutient que «l’orientation demeure la même et est conforme à l’arrêté révisé du 25 mars dernier sur l’état d’urgence qui interdit tout voyage inutile au Nouveau-Brunswick». On ne spécifie cependant pas si les critères pour lesdits «voyages inutiles» ont été resserrés, comme cela semble être le cas selon plusieurs témoignages.