Des maires utilisent les nouvelles technologies pour se rapprocher des citoyens

Faire passer son message est aussi crucial que difficile pour les municipalités en cette période de pandémie.

Le changement est fortement motivé par nos réactions en période de crise. Les municipalités du Nouveau-Brunswick en sont un bon exemple alors qu’elles ont dû s’adapter considérablement en quelques semaines à peine afin de maintenir le contact avec leur population. Du coup, si certaines étaient frileuses à utiliser les nouvelles technologies, elles ont dû s’y résigner.

Depuis le début de la crise au Nouveau-Brunswick, la mairesse de Campbellton est particulièrement active sur les médias sociaux, effectuant quotidiennement des mises à jour de l’évolution de la situation. Quelques fois, ce sont des notes, d’autres des points de presse en direct.

«J’estime que ça prend ça. On est tous dans le même bateau et c’est mon devoir de tenir à jour et de rassurer ma population. Je pourrais laisser tout ça entre les mains du gouvernement, mais on s’adresse ici à nos amis, nos familles, nos citoyens. Ça mérite d’être fait en personne», relate Stéphanie Anglehart-Paulin.

Elle estime que ces petites capsules et bribes d’infos permettent de maintenir un contact entre le citoyen et sa municipalité. L’essentiel de son message est souvent de la même nature que celui du gouvernement, soit un rappel des consignes d’isolement, de l’importance de ne sortir qu’en cas de strictes nécessités.

Il s’agit également d’une façon instantanée de remettre certaines pendules à l’heure, de faire taire les rumeurs. Car la désinformation se répand excessivement rapidement en ligne.

Plus encore, ce contact se fait avec les citoyens qui sont souvent moins bien informés, moins intéressés par les informations et la politique, mais qui demeurent pourtant concernés par le message. Et ces interventions de la mairesse sont écoutées. À titre d’exemple, son point de presse diffusé vendredi a été partagé à plus de 1500 fois et vue à 50 000 reprises.

Ces vidéos en direct ont également comme objectifs de permettre à la Ville de passer tous ses messages et non seulement des fragments.

«Souvent lorsque l’on passe par un média traditionnel, c’est pour un sujet bien précis et même là, on fait face à des limites de temps ou d’espace, et c’est compréhensible. Mais quand on se retrouve dans une situation de crise comme celle-ci, on a souvent beaucoup plus de choses à dire», indique la mairesse.

Informer

Mme Anglehart-Paulin est loin d’être la seule à s’être tournée de la sorte vers les médias sociaux pour garder le contact avec ses citoyens. Pratiquement tous les maires du Restigouche – sinon de la province – ont fait de même.

Toujours au Restigouche, mais plus à l’ouest, la mairesse de Saint-Quentin, Nicole Somers, s’est aussi adressée à ses citoyens par le biais d’une vidéo publiée sur les médias sociaux. Elle promet d’ailleurs de récidiver.

«Je suis sortie de ma zone de confort», confie-t-elle, avouant avoir un certain malaise devant la caméra.

Mme Somers ne le cache pas, en terme de communications, sa municipalité n’était pas préparée à faire face à une telle situation. Et selon elle, de nombreuses municipalités de la province vivent le même défi.

«Informer notre population de la sorte, c’est nouveau pour notre équipe. Et on ne fait d’ailleurs pas que les informer, on essaye de la réconforter, de les rassurer», explique-t-elle.

La mairesse de la communauté voisine de Kedgwick, Janice Savoie, invite elle aussi sa population à un rendez-vous virtuel hebdomadaire sur les médias sociaux.

«C’est une question de transparence d’abord. Et c’est d’autant plus important dans cette période-ci de démontrer que nous, le conseil, nous sommes toujours là pour notre population», indique-t-elle.

La municipalité a d’ailleurs été un pas plus loin jusqu’ici. Depuis le début de la pandémie, elle a tenu des rencontres municipales en direct sur Facebook, question de conserver le lien avec la population. Mme Savoie sait que tout n’est pas parfait, ni l’image et ni le son. «Mais l’objectif de transparence, lui, demeure atteint», ajoute-t-elle.

Prêt pas prêt… il faut plonger

Directeur général de l’Association des municipalités francophones du Nouveau-Brunswick, Frédérick Dion confirme les dires de la mairesse de Saint-Quentin comme quoi que la vaste majorité des municipalités n’étaient pas préparées – au chapitre des communications – à composer avec une crise de cette ampleur.

Le DG n’hésite toutefois pas à souligner l’effort des conseils municipaux qui relayent régulièrement des informations et comptes rendus de leurs crus ou en provenance des instances gouvernementales et sanitaires.

«En temps de crise, les citoyens se tournent vers des sources crédibles et fiables. Il y a les médias traditionnels, mais les élus municipaux entrent également dans cette catégorie dite digne de confiance. Et c’est important, à mon avis, que les élus se saisissent de ce rôle de leaders», estime M. Dion.

Selon lui, ce n’est pas la première fois que les municipalités de la province sont confrontées à des situations d’urgence au cours des dernières années, citant notamment la crise du verglas dans la Péninsule acadienne ou encore les inondations dans le sud et le nord-ouest de la province.

«Plusieurs municipalités ont ainsi développé un réflexe face aux urgences, elles savent quoi faire et comment communiquer avec la population. Mais ce n’était pas nécessairement le cas pour chacune. La particularité de cette pandémie, c’est qu’elle frappe tout le monde, toutes les municipalités. Elle ouvrira donc les yeux à plusieurs élus sur certaines lacunes en matière d’informations aux citoyens, et ça ne pourra qu’être bénéfique pour l’avenir», croit-il, ajoutant qu’il s’agira fort probablement d’une des retombées positives de cette crise.

Des réunions «virtuelles»?

Ce qui risque d’être intéressant, c’est de voir ce qu’il restera de cet apprentissage des nouvelles technologies par les conseils municipaux une fois la pandémie terminée.

À Saint-Quentin, on testera sous peu les vertus d’un logiciel qui aurait la capacité de diffuser les séances du conseil virtuellement.

«Est-ce que ça pourrait rester après la pandémie? Ça pourrait être intéressant. Il faudra voir quel est l’intérêt des gens envers ça, si ça en vaut la peine. Mais cette possibilité est intéressante», indique Mme Somers.

À Campbellton, cette situation fait réfléchir. Déjà, on jonglait avec la possibilité de diffuser d’une manière ou d’une autre les séances du conseil sur le web, question d’ajouter encore plus de transparence au processus démocratique.

«Ça fait déjà un moment qu’on y pense, et ce qui arrive actuellement est l’exemple parfait pour illustrer le besoin. Nous ne sommes pas encore rendus à pouvoir diffuser en direct nos rencontres, mais c’est l’un de nos objectifs», indique Mme Anglehart-Paulin.

Le test de la diffusion en direct est par ailleurs déjà suffisamment concluant pour perdurer à Kedgwick. En fait, une fois que l’épisode de la COVID-19 sera terminé, Mme Savoie entend convaincre son conseil d’investir dans l’achat d’équipements mieux adaptés.

«Moi, je trouve que c’est un concept merveilleux, je l’adore et j’y tiens. C’est tellement difficile de nos jours de faire sortir les gens de leur maison en raison du rythme quotidien de la vie, alors il faut s’adapter nous aussi et aller vers eux», dit-elle.