Garder la tête froide malgré la pandémie: le point de vue d’un infirmier

Bien qu’il partage l’inquiétude d’une bonne part de la population, Norbert Robichaud, infirmier au CHU Dumont de Moncton et représentant syndical, préfère s’attarder sur les points positifs de la lutte que mène la province contre la pandémie COVID-19.

Forgé par ses 36 années d’expérience en tant qu’infirmier, Norbert Robichaud n’échappe pourtant pas aux inquiétudes que ressentent les gens face au nouveau coronavirus.

En plus de cela, il fait face au même risque que courent tous les travailleurs du système de santé: celui de transmettre le virus à sa famille après un quart de travail.

«C’est normal d’avoir peur, il ne faut pas s’imaginer qu’on est surhumains. On est des gens qui retournent chez nous avec nos familles, donc ça a un impact sur notre vie personnelle aussi. La crainte d’amener (le virus) chez soi, elle est réelle, mais on prend des précautions.»

De façon générale, il trouve que la tension a monté d’un cran alors que le système se prépare à accueillir un nombre très élevé de patients atteints de la COVID-19, comme c’est déjà le cas ailleurs au Canada et aux États-Unis.

Le secret pour garder la tête froide dans tout cela, c’est de se rappeler les bons coups, selon Norbert Robichaud.

Il souligne donc que cette crise totalement nouvelle a eu pour effet d’améliorer la communication au sein du système, à tous les niveaux. L’entraide est de mise par les temps qui courent, et l’esprit d’équipe s’en retrouve renforcé, selon lui.

«Il faut aller chercher ces aspects positifs-là, parce que quand on est dans les murs de l’hôpital, c’est tranquille, mais on sent cette angoisse-là, quand même. C’est sur toutes les lèvres, alors on en parle.»

Il estime aussi que les mesures de sécurité – comme le dépistage à l’entrée des hôpitaux – sont «sécurisantes» pour le personnel hospitalier.

De plus, il salue la rapidité à laquelle le gouvernement a imposé des restrictions pour ralentir la transmission du virus. Cela allège la tension sur le personnel des hôpitaux.

«C’est certain qu’il y a du stress, mais on avance moins vite dans le nombre de cas que d’autres pays.Très tôt dans le processus, on a pris des mesures pour limiter la propagation de ce virus. Ça nous donne du temps pour se préparer, du temps que d’autres pays n’ont pas eu.»

Malgré les inquiétudes de Justin Trudeau face à de possibles détournements d’équipement médical et une éventuelle pénurie d’équipement de protection personnel – comme des masques et des gants – Norbert Robichaud fait confiance aux deux régies de santé.

«À court terme, je n’ai pas d’inquiétudes pour le moment. Il y a eu une prise en charge importante de ce volet-là par Vitalité et Horizon, et je pense que c’est rassurant. On voit qu’il y a du sérieux par rapport à cet équipement-là», estime-t-il.

Si la situation est calme pour le moment, tout pourrait changer dans les mois qui vont venir, alors que la courbe des infections arrive à son zénith.

Norbert Robichaud explique que le personnel infirmier n’a pas encore eu à faire trop d’heures supplémentaires pour l’instant, mais qu’il faut s’y attendre.

«Je n’ai pas de boule de cristal, mais c’est plausible qu’il y aura une augmentation du travail.  Mais le fait que certains secteurs seront moins touchés – comme les chirurgies électives non-urgentes – ça libère un certain nombre de gens, qui peuvent être déployés ailleurs. Ça va alléger le besoin de surtemps, mais il faut quand même être réaliste», dit-il.

La société sous l’emprise de la COVID-19 est une nouvelle réalité pour tout le monde, mais cette réalité est beaucoup plus tangible pour ceux qui travaillent sur la ligne de front.

L’infirmier expérimenté tente donc de rassurer ceux et celles qui viennent de se lancer dans le métier.

«Ce qui se passe présentement, c’est l’exception, ce n’est pas la norme», rappelle-t-il.