Masques non médicaux: des artisans n’arrivent pas à suffire à la demande

Dani Juha n’a pas attendu que les autorités sanitaires recommandent le port de masques non médicaux pour passer à l’action.

Ce couturier originaire de Damas en Syrie s’est installé à Moncton en octobre 2018.

Depuis jeudi dernier, il consacre une bonne partie de ses journées à la fabrication de masques en coton pour pallier la pénurie actuelle. Il les distribue ensuite gratuitement à quiconque en fait la demande.

«J’ai reçu une dizaine de commandes dès le premier jour, mon objectif est de coudre puis de donner jusqu’à mille masques. Je me suis mis au défi de travailler le plus possible pour répondre aux besoins», explique Dani Juha.

Dani Juha présente par vidéo-conférence les modèles de masques qu’il confectionne depuis son domicile. – Capture d’écran

Habitué à créer des robes ou des uniformes sur mesure, l’artisan styliste s’est reconverti en un clin d’oeil.

«Je n’avais jamais fait de masques auparavant, il a fallu expérimenter plusieurs patrons. J’en fabrique de plusieurs tailles pour convenir à n’importe qui.»

Privé de travail faute de pouvoir rencontrer sa clientèle habituelle, il consacre jusqu’à 10 heures par jours à son activité bénévole. L’entrepreneur affirme ne pas vouloir «profiter» de la crise sanitaire pour s’enrichir.

Dani Juha estime disposer de suffisamment de matériel pour continuer la production pendant une semaine, et espère recevoir des dons de tissu par la suite.

Il n’est pas le seul à faire chauffer sa machine à coudre. Aux quatre coins de la province, le commerce de masques faits maison fait déjà recette.

Couturiers et couturières se mobilisent

Nathalie Doiron, propriétaire de Stitch R Up, vend les siens de six à huit dollars. Son atelier de couture est débordé.

«Je reçois de cinquante à soixante-dix messages par jour, je suis vraiment bombardée de commandes!» La couturière de Moncton estime avoir vendu plus de 500 masques, expédiés jusqu’au Québec, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse.

Depuis quelques jours, Nathalie Doiron s’est mise à coudre des masques à plein temps. – Gracieuseté

«Je reçois des demandes de foyers pour personnes âgées, de salons funéraires, de personnes malades… Je n’ai jamais été autant occupée, je passe 10 à 12 heures à coudre. J’espère que ça va se calmer avant qu’on manque de matériel!»

Les masques de Christelle Paulin Leblanc, propriétaire de la boutique Felix & Clementine, se vendent eux aussi comme des pains chauds. Après avoir posté une annonce lundi midi, elle a reçu une centaine de demandes en quelques heures. Impossible pour elle de suivre la cadence.

«Je ne prends plus de commandes pour l’instant, souffle cette championne du tricot basée à Riverview. C’est un peu stressant, il y a tellement de gens qui en veulent… Je veux aider autant que je peux, mais je ne suis pas une machine!»

Le même jour, l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, Theresa Tam, a déclaré que le port d’un masque en public était recommandé, surtout dans les situations où on ne peut pas s’empêcher de s’approcher des autres, comme dans le transport en commun ou dans les épiceries.

Christelle Paulin LeBlanc avait anticipé le phénomène: elle a multiplié les créations de prototypes au cours des derniers jours. Après de nombreuses recherches, elle s’est orientée vers un modèle comprenant trois couches de tissu. Pour les attaches, il a fallu trouver des matériaux de remplacement.

«Les élastiques sont presque impossibles à trouver, tout le monde fabrique des masques en ce moment», observe-t-elle.

Quel modèle artisanal privilégier?

L’Association française de normalisation (AFNOR) a mis à disposition un guide pour faciliter et accélérer la fabrication en série ou artisanale de masques de protection non médicaux.

L’organisme recommande par exemple l’usage de coton ou de polyester issu d’un t-shirt ou d’une taie d’oreiller, car ces tissus seraient les meilleurs pour capter les particules virales tout en permettant de conserver une respiration normale.

Un modèle de masque recommandé par l’Association française de normalisation. – Gracieuseté

L’AFNOR rappelle que le masque doit couvrir le nez, la bouche et le menton pour être efficace, et doit être lavé quotidiennement à 60°C pendant au moins 30 minutes.

Il doit pouvoir être ajusté étroitement sur le nez, les joues et le menton de la personne qui le porte pour assurer une étanchéité suffisante.

Un modèle de masque recommandé par l’Association française de normalisation. – Gracieuseté

Sur Youtube, les tutoriels pour apprendre à coudre son masque de protection sont légion.

Certains s’adressent aux amateurs de couture.

D’autres conseillent ceux qui ne disposeraient que de simples élastiques.

Pour rappel, Santé Publique Canada prévient que ce type de masque n’offre pas une protection complète contre les particules de la taille d’un virus et peut vous inciter à vous toucher plus souvent le visage s’il est mal ajusté. Attention de ne pas toucher l’extérieur du masque quand vous l’enlevez. Enlevez le masque en retirant les élastiques, et mettez-le directement dans un contenant puisqu’il risque d’être couvert de virus.

Son usage ne doit pas se substituer au respect de la distanciation sociale et au lavage régulier des mains.