Dominic Cardy: il faudrait un «miracle» pour rouvrir les écoles

La réouverture des écoles avant l’été demeure très peu probable, et ce, même si le nombre de cas confirmés de COVID-19 augmente lentement au Nouveau-Brunswick. C’est ce qu’affirme le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Le 2 avril, le ministre Cardy a annoncé que les écoles ne rouvriront pas leurs portes avant la fin de l’année scolaire. Finis les cours, les amis et les récréations; l’apprentissage se fera à la maison jusqu’à nouvel ordre.

Dans le communiqué de presse accompagnant l’annonce se nichait une toute petite issue, juste au cas où. On pouvait lire qu’il n’y aurait pas de retour en arrière…«à moins que la situation ne s’améliore considérablement».

C’était il y a deux semaines à peine. Un rien avant la pandémie, une éternité en ce moment, alors que la plupart des gens sont confinés en attendant que le virus passe son chemin.

Ces derniers jours, les nouvelles sont encourageantes au Nouveau-Brunswick. Le nombre de nouveaux cas confirmés rapportés quotidiennement par la médecin-hygiéniste en chef est bas. Un seul mercredi, aucun la veille.

Cela est-il assez pour que Dominic Cardy songe à rouvrir les écoles avant l’automne? «Pas du tout», répond-il sans hésiter en entrevue téléphonique.

«On ne gagne pas un prix du virus parce qu’on n’a pas de cas pour quelques jours. La raison pour laquelle on n’a pas un grand nombre de cas ces jours-ci est parce qu’on a mis en oeuvre des mesures assez sévères, des mesures qui ont été fortement critiquées lorsqu’elles ont été mises en oeuvre.»

Dominic Cardy rappelle qu’aucun vaccin pour la COVID-19 n’a été développé. De plus, le Nouveau-Brunswick n’a pas encore la capacité de faire des tests de dépistage à grande échelle, ce qui permettrait de mieux freiner la propagation du virus.

Le ministre de l’Éducation et de la Petite enfance, Dominic Cardy. – Gracieuseté: GNB

Il note aussi que le nombre de cas confirmés demeure pas mal plus élevé dans les régions limitrophes, notamment au Québec, en Nouvelle-Écosse et dans l’État du Maine.

«J’espère que l’on pourra rouvrir (les écoles) de manière très ciblée dans les mois à venir. Mais ça dépendra du virus et du montant de tests qu’on peut mettre en place dans la province», affirme-t-il.

Bref, même s’il n’a pas complètement fermé la porte (lors de l’annonce du 2 avril) à un retour en classe avant la fin de l’année scolaire, il n’est pas sur le point de revenir sur sa décision. D’autant plus que le temps file.

«Si Bill Gates arrive avec un vaccin demain, avec 800 000 doses à partager avec les Néo-Brunswickois et Néo-Brunswickoises, super. Mais je ne pense pas qu’il y ait de grandes chances que ça arrive. Et chaque semaine qui passe, ça va être encore plus difficile de retourner en classe. À moins qu’il y ait un miracle, l’année est déjà terminée.»

Pas question donc, du moins pour l’instant d’imiter le Danemark, où le système scolaire se remet déjà en marche. Ou la France et l’Allemagne, où les écoles vont rouvrir progressivement le mois prochain.

Rentrée 2020: une décision avant la fin juillet 

Si l’on a appris quelque chose lors des dernières semaines, avec l’arrivée de la pandémie, c’est bien que l’on ne peut rien tenir pour acquis. Les choses changent vite et pas à peu près.

Il est donc particulièrement difficile de prédire si les écoles néo-brunswickoises rouvriront leurs portes en septembre et, si c’est bel et bien le cas, ce qui changera dans le système scolaire.

Une chose est cependant claire; le ministre n’a pas l’intention d’annoncer sa décision à la dernière minute.

«Les enseignants sont dans les écoles longtemps avant l’arrivée des élèves. Et il faudra nettoyer les écoles. Tout ça nécessite la prise d’une décision en juillet, au plus tard,», dit-il.

Dominic Cardy sait d’ailleurs que lorsque sa décision sera prise et annoncée à la population, son plan pourrait prendre le bord très rapidement.

«Même si nous sommes chanceux dans la province et que nous avons manqué la première vague de la COVID-19, on va être frappés par les autres vagues. Même si l’on peut rouvrir un peu la province, il y a toujours la possibilité que cela change complètement du jour au lendemain et que l’on soit contraint de revenir à un niveau de confinement assez rigide et sévère.»

M. Cardy indique que son équipe planche sur des mesures afin de minimiser les impacts d’éventuelles fermetures périodiques des écoles et de faciliter l’enseignement à distance.

Parce qu’en ce moment, certains élèves n’ont pas accès à l’internet ou à des appareils connectés.

«C’est quelque chose qui est primordial. On ne peut pas laisser les conditions socio-économiques ou familiales avoir une influence négative sur la formation des jeunes.»

Une annonce à ce sujet sera d’ailleurs faite au cours des prochains jours, dit-il.

«J’espère qu’en fin de compte, on aura une population étudiante qui sera complètement branchée.»

Qui sait, l’une des conséquences indirectes de la pandémie sera peut-être de clore une fois pour toutes un débat qui retient l’attention chaque hiver au Nouveau-Brunswick.

«Ça peut réduire l’influence des désastres comme les pandémies, comme les grandes tempêtes, les orages à l’avenir. On pourra peut-être finalement régler le problème des jours des tempêtes. (…) Ce serait super», dit Dominic Cardy.