En temps de crise, les microbrasseries s’accrochent et innovent

Exit les fûts et les salles de dégustation, bonjour les livraisons sans contact. Comme tant d’autres entrepreneurs, les brasseurs ont dû se retourner sur un dix cents face à la COVID-19. Ces entrepreneurs s’adaptent et tentent de s’accrocher en attendant que ça passe.

Serge Basque a la broue dans le toupet par les temps qui courent. Cet entrepreneur de Dieppe, copropriétaire de la microbrasserie CAVOK, trime dur depuis l’éclatement de la crise sanitaire.

«Moi et l’autre Serge (Nadeau, l’autre copropriétaire), on travaille comme on n’a jamais travaillé dans les trois dernières années», dit-il en entrevue téléphonique.

Au cours des dernières semaines, les deux Serge ont dû s’adapter face à l’évolution de la situation et des règles de distanciation.

«C’est une grosse adaptation. Comme propriétaires d’une PME, il a fallu qu’on trouve des façons d’essayer de garder nos employés le plus possible. Pour nous, tout arrêter et envoyer les employés à la maison ne nous plaisait pas bien bien.»

Les changements apportés à leurs opérations sont majeurs. Comme les autres restaurateurs et brasseurs, ils doivent se contenter de faire de la vente à emporter.

Ils ne peuvent donc plus offrir aux amateurs de houblons de venir boire des pintes dans leur grande salle de dégustation, située près de l’aéroport.
Les clients doivent tout d’abord passer leur commande, soit au téléphone ou par courriel. Ils paient leurs achats à distance et peuvent ensuite se pointer chez CAVOK.

«Les clients se garent devant la brasserie, ils appellent pour dire qu’ils sont arrivés et on sort dehors pour déposer leur produit, soit sur une table ou dans le coffre de leur voiture. C’est sans contact», explique-t-il.

Comme plusieurs autres microbrasseries néo-brunswickoises, Serge Basque et ses collègues ont décidé de se lancer dans la livraison pour la première fois. Ce service est offert gratuitement dans un rayon de 25 kilomètres pour les commandes d’au moins 24 canettes.

Son confrère André Léger, cofondateur des Brasseurs du Petit-Sault d’Edmundston, est dans le même bateau. Il a fait une croix sur sa salle de dégustation et lancé de nouveaux services.

«On a été capable de se revirer de bord. Quand on avait eu un peu la confirmation qu’on allait pouvoir rester ouvert, la première chose que j’ai faite c’est d’ouvrir une boutique en ligne.»

La microbrasserie livre ses produits gratuitement dans les limites de la ville d’Edmundston. André Léger explique que le jeu en a valu la chandelle. De nombreux clients locaux se font livrer de la bière.

«Je pense que ç’a été un game changer pour nous. Il y a beaucoup de gens qui essaient d’éviter de se rendre dans les magasins quand ils le peuvent. (…) Le phénomène de distanciation rend peut-être l’expérience du client moins intéressante.»

Les commandes à emporter sans contact sont aussi offertes dans la «Brouetique» de l’entreprise, située dans le centre d’Edmundston.

André Léger croit d’ailleurs que les Brasseurs du Petit-Sault vont continuer à offrir le service local de livraison lorsque la COVID-19 passera son chemin.
Ce service est devenu «incontournable», selon lui.

Un marché pour les fûts quasiment inexistant

La déclaration de l’état d’urgence au Nouveau-Brunswick, le 19 mars, a changé la donne pour les microbrasseries de la province.

Elles ont entre autres dû fermer leurs salles de dégustation. Dans certains cas, on parle de grands bars pouvant accueillir plusieurs dizaines de clients et où elles écoulent une partie de leur production.

Ajoutez à cela le fait que les bars ont fermé et que les restaurants ne peuvent que vendre des plats à emporter, la demande pour les fûts – une importante source de revenus pour les brasseurs – a chuté dramatiquement.

«Habituellement, la moitié d’un fermenteur va en fûts et l’autre moitié en canettes. Là, c’est presque 100% en canettes. C’est un gros changement, une grosse adaptation», explique le copropriétaire de la microbrasserie dieppoise CAVOK, Serge Basque.

Jusqu’à maintenant, la vente de canettes permet à CAVOK de tenir le coup, dit-il. Les consommateurs du Grand Moncton sont au rendez-vous, ce qui aide énormément. Serge Basque espère que cette marque de confiance ne sera pas que passagère.

«On a été chanceux jusqu’astheure avec la vente de canettes. (…) On peut compter sur l’appui de la population de Dieppe, Moncton et Riverview, qui achète quand même pas mal. Nos ventes ont diminué, mais pas tant que ça.»

André Léger, des Brasseurs du Petit-Sault d’Edmundston, a lui aussi rajusté le tir très rapidement pour ne pas se retrouver avec un énorme stock de tonneaux. À l’instar de CAVOK, enfûte à peu près à peu près la moitié de sa production.

«On a été vite là-dessus. J’ai vu qu’aux États-Unis, les brasseries ont des gros stocks de fûts. Nous, on a été chanceux de faire le switch assez rapidement.»

Des commandes à la baisse dans certaines succursales d’Alcool NB

Ces deux brasseurs néo-brunswickois rapportent que les commandes passées par les succursales d’Alcool NB fluctuent depuis le début de la crise.

«Il y a certains magasins qui ne commandent pas tous les produits parce qu’ils ont un peu peur de ce qui va se passer, ils ne sont pas trop certains si les gens vont les acheter, s’ils vont continuer à être ouverts. (…) Il y a certaines places qui commandent, d’autres qui commandent beaucoup moins», affirme Serge Basque.

André Léger abonde dans le même sens. «C’est quelque chose qui m’a vraiment surpris. J’en parle beaucoup avec mes collègues (ailleurs dans la province), pour voir leur niveau de commande. C’est vraiment différent pour chaque magasin», dit-il.

Il explique qu’il envoie beaucoup moins de bière qu’à l’habitude dans certaines régions, notamment à Fredericton. Il s’agit de l’un des plus importants marchés pour son entreprise.

«À Edmundston, les commandes ont continué à entrer comme avant. À Saint-Jean, dans les autres marchés ça continue un peu comme avant. À Fredericton, il y a eu un gros impact.»

Il se demande ce qui se passe au juste. Il espère d’ailleurs qu’Alcool NB et le gouvernement du Nouveau-Brunswick profiteront de la pandémie pour faire davantage la promotion de l’alcool artisanal du Nouveau-Brunswick.

«Nous, on ne demande pas la charité, mais ça aiderait s’ils assuraient une meilleure présence sur les étagères et qu’ils favorisaient davantage les produits locaux.»