Journal d’un confiné: «Il va falloir du temps pour retrouver notre insouciance»

NDLR: Jusqu’au 4 mai, l’Acadie Nouvelle met ses lecteurs en vedette. Nos journalistes vous présentent des individus ou des familles des régions acadiennes qui vivent le confinement de façon inspirante, amusante ou intéressante.

L’homme est un animal social. Pour certains d’entre nous, l’enfermement physique peut décupler le sentiment de solitude et réveiller des angoisses. Sébastien Lord-Émard, lui, voit plutôt cette période de confinement forcé comme une occasion de prendre du temps pour soi, de se ressourcer et s’attaquer aux tâches ignorées pendant trop longtemps.

Ce passionné de littérature a accumulé dans son repaire plus de 1300 ouvrages au fil des ans. Au cours des derniers jours, il s’est finalement lancé dans un grand chantier: un tri de sa monumentale collection.

«J’avais entreposé une quarantaine de boîtes pleines de livres et de papiers. Ça m’a donné le courage d’affronter le rangement. Sans le confinement j’aurais probablement continué à procrastiner», s’amuse-t-il.

Pour Sébastien Lord-Émard, cette période de confinement aura été l’occasion d’un grand ménage de printemps. – Photo tirée de Facebook

Malgré un climat général un peu anxiogène, son moral au beau fixe depuis qu’il est enfermé chez lui. En congé de maladie depuis plusieurs mois, Sébastien n’a pas vu ses journées chamboulées par la crise sanitaire.

«Je me sens privilégié, je réussis à rester philosophe face à tout ça, confie-t-il. J’étais déjà dans une petite bulle à la maison ça n’a pas bouleversé mon quotidien. C’est un rythme différent, mais je ne trouve pas ça désagréable. C’est certain que c’est difficile de ne pas pouvoir aller dans les cafés de Moncton pour me changer les idées et rencontrer des gens.»

Lui et son partenaire ont ralenti leur rythme de vie, et se sont mis à moins consommer. Leurs journées sont organisées différemment, mais pour l’instant, ils y trouvent leur compte et réussissent à maintenir une routine.

Sébastien, employé des éditions Bouton d’or Acadie, cultive son amour des mots, la lecture a pris une grande place dans son horaire pour son plus grand bonheur.

Il profite aussi de son temps libre pour participer aux présentations virtuelles du festival Frye ou visiter l’exposition en ligne de la Galerie Sans Nom. «Ça me connecte avec la communauté, je me sens moins seul, ça donne un sens à ma journée», explique-t-il.

Le résident du quartier Sunny Brae redécouvre surtout le plaisir de préparer ses repas. «Je vois autour de moi que les gens se mettent à faire du pain, à essayer des recettes. Il y a quelque chose de concret et de valorisant dans le faire de se faire à manger!»

Il en est convaincu, cette période troublée laissera des séquelles au sein de la population.

Installé sur son perron, Sébastien Lord-Émard savoure les rayons de soleil venus réchauffer le quartier Sunny Brae, à Moncton. – Acadie Nouvelle: Simon Delattre

«Je pense que beaucoup de personnes réalisent qu’elles n’ont pas besoin de se déplacer aux urgences ou chez le médecin pour tout et n’importe. Je crois aussi qu’on ne verra pas de grands rassemblements avant un moment. Il va falloir du temps pour retrouver notre insouciance.»

Que fera-t-il une fois que la pandémie sera derrière nous? Sébastien répond sans hésiter. «Je veux visiter mes parents et leur faire un grand câlin!»