Frontières: des laissez-passer pour les résidents de la Première nation de Listuguj

Une dizaine de résidents de la Première nation autochtone de Listuguj peuvent chaque jour traverser la frontière avec le Nouveau-Brunswick afin de pouvoir effectuer leur magasinage dans les commerces d’Atholville et Campbellton.

Ce système de laissez-passer a été négocié entre la Première nation de Listuguj et le ministère des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick.

Selon ce qu’a partagé le conseil de bande de Listuguj à sa population, chaque laissez-passer est valide pour une période de deux heures au cours desquelles son détenteur peut traverser le pont interprovincial pour accéder aux magasins de Campbellton et Atholville uniquement.

Une seule personne par véhicule est tolérée. Le document doit être bien visible en tout temps dans le pare-brise de son détenteur. On encourage par ailleurs les utilisateurs de faire des provisions pour au moins une semaine et de porter un masque couvrant leur bouche et leur nez durant leur séjour au Nouveau-Brunswick. L’entrée dans la province est conditionnelle au questionnaire médical posé par la Santé publique.

Le choix des bénéficiaires de ce laissez-passer revient au conseil de bande. Selon les informations recueillies, contrairement aux mesures mises en place par la Sécurité publique du Québec, les détenteurs de ce laissez-passer n’ont pas à se soumettre à une période de quarantaines de 14 jours après leur retour dans leur province.

Ce laissez-passer ne s’adresse toutefois qu’à la population autochtone ce qui, on peut aisément l’imaginer, suscite son lot de critiques auprès de la population gaspésienne non autochtone.

«J’ai reçu beaucoup de coups de fil et de messages à ce propos. Les gens ne sont pas contents. Ils se demandent pourquoi les gens de Listuguj et pas nous? Quand tu accordes un privilège à un groupe et pas à un autre, ça ne peut faire autrement que de créer une certaine frustration», souligne le maire de Pointe-à-la-Croix, Pascal Bujold, qui a dû gérer le mécontentement de plusieurs de ses citoyens. Celui-ci avoue par contre qu’il ne recherche pas tant ce type d’entente pour sa propre population. «C’est toute une logistique de gérer cette distribution de carte et nous fonctionnons justement avec des effectifs réduits à la municipalité», ajoute-t-il.

Celui-ci croit qu’il existe un moyen beaucoup plus simple et efficace de faire les choses, soit en ouvrant les frontières pour une partie de la population gaspésienne.

«Dans mon esprit – et c’est ce que je dis depuis le tout début de cette crise lorsque les frontières ont été fermées –, toutes les personnes se trouvant entre Matapédia-Les-Plateaux et Escuminac/Nouvelle devraient pouvoir avoir accès au Nouveau-Brunswick, car c’est notre zone de déplacement naturelle. C’est là que les gens achètent plusieurs de leurs produits essentiels, qu’ils vont à l’hôpital. Notre territoire, à preuve du contraire, est d’ailleurs toujours une zone froide, donc sans cas de COVID-19 ou très peu. Je serais beaucoup plus intéressé par cette flexibilité que par un système de carte qui demande beaucoup de gestion», exprime M. Bujold.

Sa voisine, la mairesse de la ville de Campbellton, Stéphanie Anglehart-Paulin, ne serait d’ailleurs pas opposée à une telle option.

«Nous sommes leur zone de service et je ne verrais pas de problème à permettre aux citoyens de la Gaspésie près de notre frontière (Avignon-Ouest) de continuer à venir. On comprend très bien le rôle que nous jouons au niveau des services et produits essentiels, et combien ça leur cause des inconvénients depuis la fermeture de la frontière. Ce serait délicat, mais je crois qu’on pourrait arriver à un compromis acceptable pour tout le monde», estime-t-elle.

À noter que le journal a tenté d’obtenir une confirmation ainsi que des détails sur cette entente de la part du gouvernement du Nouveau-Brunswick. Des démarches ont notamment été entreprises auprès du ministère des Affaires autochtones du Nouveau-Brunswick ainsi qu’auprès de l’équipe de communications responsable de questions liées au coronavirus. Personne n’a donné suite à nos questions ni même retourné nos appels et courriels.