Mandat de la SANB: quelle école de pensée doit primer?

Le débat sur le champ d’action de la SANB a une fois de plus été relancé la semaine dernière. Qu’en pensent les deux candidats à la présidence de l’organisme? L’Acadie Nouvelle leur a posé la question.

La Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick a récemment obtenu une subvention de 434 725$ de Patrimoine canadien pour développer un portail de vérification des faits sur la COVID-19.

Cette situation inusitée, mise en lumière la semaine dernière par l’Acadie Nouvelle, a surpris plusieurs personnes dans la communauté acadienne.

C’est que la SANB n’est pas un média d’information et n’a pas la moindre expertise en épidémiologie, en médecine ou en vulgarisation scientifique. Elle a cependant déjà piloté un projet de lutte contre la désinformation sur le bilinguisme.

Il n’en fallait pas plus pour que remonte à la surface – notamment grâce aux commentaires de membres de la société civile acadienne dans les réseaux sociaux – le débat sur le champ d’action de l’organisme.

D’un côté, on retrouve ceux qui sont d’avis qu’il doit se concentrer sur les enjeux linguistiques et culturels. De l’autre se trouvent les gens qui interprètent plus librement son mandat et qui ne voient pas de problème à ce qu’il ratisse plus large.

La SANB devait-elle se lancer dans un projet sur la COVID-19?

L’Acadie Nouvelle a profité de la reprise du débat pour tâter le pouls des deux candidats à la présidence de la SANB, Mathieu G. Caissie et Alexandre Cédric Doucet.

Le vote en ligne se déroulera du 24 mai au 13 juin. En raison de la pandémie, l’assemblée générale aura elle aussi lieu en ligne, le 23 juin prochain.

Nous voulions savoir ce qu’ils pensent de la subvention de Patrimoine canadien liée à la pandémie et, plus largement, du champ d’action de l’organisme.

En entrevue téléphonique, Mathieu G. Caissie affirme qu’il ne croit pas que la vérification des faits sur la COVID-19 tombe dans le mandat de l’organisme.

«A priori, ce projet approuvé par Patrimoine canadien me semble assez éloigné de la mission de base de la SANB, qui est surtout la promotion du fait français et la culture acadienne.»

Il précise qu’il n’est pas membre du conseil d’administration de la SANB et qu’il n’a pas pris part aux discussions qui ont précédé la demande de financement.

Son opposant, Alexandre Cédric Doucet, ne peut pas en dire autant puisqu’il occupe la vice-présidence.

«J’ai posé quelques questions, j’ai parlé de ma préoccupation que ce n’était pas dans le champ d’expertise de la SANB. Mais le conseil d’administration a voté oui.»

Lorsque le conseil d’administration a fait son choix, il s’est rangé derrière ses collègues par solidarité. Cela ne l’empêche pas d’avoir un avis sur le dossier.

«Lorsque l’on regarde les règlements généraux, la désinformation n’est pas du mandat de la SANB. D’après moi, le mandat de la SANB est plus large que la question linguistique. Mais de là à aller à la question de la désinformation, je ne suis pas certain.»

«C’est de trouver un juste milieu entre ces deux philosophies-là»

Au-delà de la question de ce projet sur la COVID-19, nous avons demandé aux deux candidats comment ils voient le mandat de la SANB.

Cette dernière devrait-elle se concentrer sur les questions linguistiques ou élargir son champ d’action?

«C’est de trouver un juste milieu entre ces deux philosophies-là. Je crois que la SANB se doit de travailler sur les questions linguistiques. Elle doit redevenir la chienne de garde des droits linguistiques. Elle doit aussi contribuer au développement des dossiers des organismes sectoriels», répond Alexandre Cédric Doucet.

Mathieu G. Caissie croit pour sa part qu’elle doit bien cibler ses interventions.

«Il faut que la SANB – comme organisme de représentation politique de l’Acadie du Nouveau-Brunswick – priorise et choisisse les dossiers qui découlent de sa mission de base, qui est le fait français, les droits linguistiques. (…) La SANB a un rôle très important. Et si elle ne joue pas son rôle, qui va le jouer?»