Higgs demande aux chômeurs de remplacer les travailleurs étrangers dans les champs

Le premier ministre Blaine Higgs compte sur les étudiants et les chômeurs pour remplacer les travailleurs étrangers temporaires qui sont interdits de séjour dans la province en raison de la COVID-19.

M. Higgs est d’avis que le Nouveau-Brunswick possède suffisamment de main-d’oeuvre locale pour éviter les conséquences négatives de l’absence de travailleurs étrangers dans les fermes et les usines de transformation de fruits de mer.

Le premier ministre a réagi mercredi aux critiques concernant sa décision annoncée la veille de refuser l’entrée aux participants du Programme des travailleurs étrangers temporaires afin d’éviter la propagation du nouveau coronavirus.

«Tout au long de cette pandémie, notre gouvernement a agi avec prudence et cette stratégie nous a permis d’avoir de meilleurs résultats que d’autres administrations où il n’y a pas eu autant de mesures restrictives », a-t-il déclaré lors de son point de presse quotidien.

«Nous devons continuer à faire preuve de prudence. Sinon, nous serons tous à risque de contracter la COVID-19.»

M. Higgs a notamment décidé que la période d’isolement de 14 jours à laquelle les travailleurs étrangers auraient dû se soumettre à leur arrivée dans la province n’était pas une mesure suffisante pour assurer la sécurité des Néo-Brunswickois.

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires est une initiative du gouvernement fédéral qui permet à des employeurs qui n’arrivent pas à combler leurs besoins en main-d’oeuvre localement d’accueillir des travailleurs d’un autre pays pour un temps limité.

Les secteurs de l’agriculture et de la transformation des produits de la mer comptent notamment sur ce programme.

Selon Blaine Higgs, les employeurs néo-brunswickois s’attendaient à accueillir environ 600 travailleurs étrangers durant les prochaines semaines.

Il a promis mercredi d’aider les entreprises à pourvoir ces postes en faisant appel aux étudiants postsecondaires, aux récents diplômés de l’école secondaire et aux travailleurs au chômage en raison de la pandémie.

«C’est simple, si on inclut les étudiants sans travail, nous avons au total 70 000 personnes sans emploi dans la province et nous en avons besoin de 600 pour venir en aide à nos fermiers et nos propriétaires d’usines», a indiqué M. Higgs.

Fredericton pourrait aussi redéployer certains de ses travailleurs saisonniers ou à temps partiel vers les fermes et les usines, a avancé le premier ministre.

«Le ministère de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail est bien placé pour aider les employeurs qui ont généralement recours à des travailleurs étrangers temporaires. De plus amples informations seront annoncées à ce sujet (jeudi) ou vendredi.»

Les travailleurs étrangers temporaires qui étaient déjà au Nouveau-Brunswick avant le début de la crise, environ 1500, sont autorisés à demeurer dans la province.

Plusieurs d’entre eux ont perdu leur emploi en raison de la pandémie, mais Fredericton espère les jumeler avec des employeurs des secteurs de l’agriculture et des produits de la mer.

La porte-parole de l’opposition officielle en matière d’agriculture, d’aquaculture et de pêches, Isabelle Thériault, espère que Blaine Higgs passera rapidement de la parole aux actes pour aider les entrepreneurs de ces industries.

«Le premier ministre a indiqué que les besoins en main-d’œuvre pourraient être comblés avec notre main-d’œuvre existante. Il a pris cet engagement et il lui incombe alors de veiller à ce que ces industries disposent des ressources humaines dont elles ont besoin», a déclaré la députée libérale.

«La santé et la sécurité des Néo-Brunswickois demeurent la priorité et nous sommes tout à fait d’accord avec cela, mais n’oublions pas que ces entreprises ont été identifiées comme étant essentielles par la province. Nous devons répondre aux préoccupations des personnes qui dirigent ces entreprises et des travailleurs qui les font fonctionner.»

Travailleurs étrangers: l’interdiction complique la tâche des usines de transformation

L’interdiction d’entrée imposées aux travailleurs étrangers temporaires contrarie les plans des usines de transformation des produits de la mer, à deux semaine du lancement de la pêche printanière au homard dans le sud du golfe du Saint-Laurent.

À Cap-Pelé, le nouveau règlement du gouvernement provincial a pris de court la direction de Cape Bald Packers.

«Nous avons appris la nouvelle quelques minutes après qu’un vol nolisé quittait Toronto pour faire venir des travailleurs originaires du Mexique», rapporte le directive des affaires corporatives, Nat Richard.

L’entreprise avait engagé des frais importants pour trouver un logement temporaire et organiser des vols pour faire venir ces travailleurs, qui devaient observer une quarantaine de 14 jours, explique-t-il. Certains d’entre-eux travailleront finalement pour des usines de la Nouvelle-Écosse.

«Cela va se traduire par une réduction de la capacité de transformation dans le Sud-Est du Nouveau-Brunswick. L’industrie néo-brunswickoise se retrouve en désavantage concurrentiel face aux provinces voisines et à l’État du Maine.»

Nat Richard estime que la province aurait pu choisir d’organiser un dépistage systématique de ces travailleurs.

«Nous sommes très conscients des risques, nous avons dépensé des fortunes pour revoir nos opérations et faire l’achat d’équipements de protection. Nous pensons qu’il aurait été préférable de trouver un accommodement.»

De son côté, l’Union des pêcheurs des Maritimes a déjà commencé à plaider la cause de l’industrie auprès du gouvernement provincial.

«Nous sommes surpris et déçus de l’annonce, nous aurions souhaité être consultés», déclare le directeur général, Martin Mallet.

«Cela accroît nos craintes, les pêcheurs ont déjà beaucoup d’incertitude quant aux marchés, aux prix, aux débouchés. On s’interroge désormais sur la capacité de transformation de nos usines minuit moins le quart avant le début de la pêche.»

 

Avec la collaboration du journaliste Simon Delattre